Les élèves s'inquiètent du retard accumulé alors que le mouvement social s'installe dans la durée
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Depuis plus d'un mois, un mouvement de contestation lycéen, devenu une colère sociale généralisée, perturbe l'agenda scolaire à Marseille. Des barrages filtrants et des blocages pacifiques et intermittents sont mis en place devant les établissements.
Des poubelles entassées à la va-vite devant les grilles des établissements. Quelques cartons griffonnés avec les slogans et leurs revendications. Voilà plus d'un mois que le mouvement de contestation lycéen, depuis étendue en colère sociale généralisée, perturbe l'agenda scolaire.
« Voir les barrages, ça nous donnait envie de manifester et pas de travailler, d'autant que c'est pour la bonne cause », glisse Anis, assis pour déjeuner sur les escaliers d'un porche d'immeuble à deux pas du blocage filtrant de son lycée professionnel. Mais progressivement la crainte de rater son année commence à se faire pressante : « Avant les vacances, il y avait deux trois personnes en cours, maximum. Mais ce matin, on était déjà un peu plus nombreux, une dizaine », observe son collègue Tom, tous deux en première année de BTS technico-commercial au lycée du Rempart, à Marseille. Un regain modeste de présence en classe que le jeune homme analyse aussi comme une lassitude : « Il y en a aussi qui en ont marre de rester chez eux et commencent à s'ennuyer. Et si pour nous les examens sont l'année prochaine, l'apprentissage commence maintenant ».
« On a dépassé la ligne rouge »
Un discours proche de celui de Raphaël, pour sa part en seconde générale dans ce même lycée qui connaît un blocage pacifique et intermittent : « Je commence à m'inquiéter un peu, vraiment. Il y a une partie de mon cerveau qui commence à me dire : "ça va être chaud" de rattraper le retard et la reprise va être d'autant plus dure, toutes les évaluations vont nous tomber dessus », confie l'adolescent qui s'apprête à aller suivre ses cours de physique chimie et de mathématique. « À vrai dire, je pensais que ça allait s'arrêter après les vacances. Mais si l'État ne fait rien, le blocus ne s'arrêtera pas, alors qu'on demande juste des mini-changements, avoir des ventilateurs pour l'été, des tabourets pour tous en physique chimie… », détaille-t-il dans ce lycée loin d'être le plus mal loti de la ville. Même sentiment pour son camarade Alan qui estime n'être jamais vraiment revenu des grandes vacances. « On a à peine fait la rentrée, si bien que j'ai l'impression que cela fait trois mois que je n'ai pas travaillé. Ça commence à faire beaucoup », pense-t-il.
Chez les lycéens les plus militants, l'option « retour en cours » devient aussi une hypothèse. « D'abord, il y a la fatigue des blocages », convient Anne qui a participé ce matin encore à une manifestation spontanée d'une bonne centaine de lycéens. En classe de première, elle s'interroge sur la suite du mouvement : « On réfléchit à d'autres moyens, comme bloquer uniquement les jours de manifestations, pour jeudi par exemple. Je comprends qu'il faille retourner en cours, même si comparé à l'extrême droite et à la répression, l'angoisse du bac est moindre ».
« On peut retourner en cours, mais on n'a toujours pas de prof de philo »
Aussi, les lycéens savent qu'ils pourront compter sur leurs enseignants pour être au niveau. « Les profs soutiennent plutôt le mouvement et nous rassurent en disant que le retard se rattrape et que des cours pourront être ajoutés », disent Inès, Linda et Sam, élèves de terminale au lycée Montgrand, toujours en centre-ville de Marseille. S'ils se disent « légèrement inquiets » par rapport au retard accumulé dans les programmes, Linda est réaliste : « Après on peut rattraper ce qu'on veut, retourner en cours, mais dans ma classe, on n'a toujours pas de prof de philosophie pour dix-sept notions au programme ».
Assises sur la place de la préfecture en attendant de savoir s'il va y avoir cours ou pas, trois élèves expriment leur crainte de voir « l'écart avec les lycées restés ouverts va se creuser après trois semaines de cours sautées ». Et pour cela, elles assurent travailler de leur côté chez elles, avec l'aide de leur professeur, avant de constater : « On s'inquiète, mais si le gouvernement avait écouté, on n'en serait pas là ».

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