Un dispositif policier exceptionnel a été déployé dans le centre-ville d'Orléans pour encadrer une manifestation contre le congrès du Rassemblement national.
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Le Rassemblement national tient son congrès à Orléans ce week-end. La ville a été placée sous haute sécurité en raison de craintes de débordements violents.
A Orléans,
De nouveau emprisonnée, Jeanne d’Arc a l’air un peu triste. La statue équestre de « la pucelle d’Orléans », qui trône place du Martroi au cœur de la ville, est cerclée d’imposantes barrières métalliques. Autour d’elle, les rues de la préfecture du Loiret se sont aussi barricadées. Des volets de fer ou de massives planches de bois recouvrent les entrées et les vitrines des commerces du centre-ville. A tous les coins de rue, policiers et gendarmes. Les transports sont à l’arrêt. Ce samedi matin, Orléans est une ville-forteresse. « Cela fait cinquante ans que j’habite ici, je n’ai jamais vu ça… », soupire Dominique, médecin à la retraite. Ce dispositif exceptionnel vise à sécuriser la manifestation contre le congrès du Rassemblement national, prévu ce week-end, dans la capitale de la région Centre-Val de Loire.
« C’est un parti fasciste ! »
Une semaine après le fiasco sécuritaire dans plusieurs villes de France, les autorités redoutaient la présence de milliers « d’éléments radicaux » dans la ville et des débordements violents. Près de 3 000 policiers et gendarmes ont donc été déployés, dont 15 unités de forces mobiles et deux véhicules blindés. Mais aux abords du « village antifasciste », installé en contrebas de la cathédrale gothique, l’ambiance est plutôt bon enfant. « L’odeur du graillon dès le matin franchement ils abusent ! », s’amuse une manifestante qui se dirige vers le cortège. Aux alentours de 10 heures, l’odeur de merguez et les tambours accueillent plusieurs milliers de personnes réunies à l’appel d’une cinquantaine d’organisations, syndicats et mouvements politiques de gauche.
Comme Jacquy, dossard rouge de la CGT sur les épaules : « Le RN se veut respectable, avec leur stratégie de dédiabolisation et leurs costards-cravates, mais il reste un parti dangereux, qui ne défend pas une société fraternelle et veut exclure une partie de la population, les immigrés, les binationaux… », soupire l’ex cheminot de 61 ans en fumant sa cigarette. « On est là car on combat les idées du RN, comme la préférence nationale, qui stigmatise une partie de la population », abonde Marianne, militante de la Ligue des droits de l'Homme. « C’est un parti fasciste ! Partout où l’extrême droite arrive au pouvoir, elle menace la démocratie », ajoute Pascal, à ses côtés, drapeau de la LDH en main.
Sur les pancartes, les slogans visent Marine Le Pen et Jordan Bardella. « Jeanne, au secours ! Libère-nous des fachos », dit l’une d’elles. « Bardella, c’est les ténèbres », dit une autre. « On est là pour les combattre. C’est important de manifester contre les idées de racisme et de xénophobie propagées par ce parti, et de montrer qu’on ne se laissera pas faire », avance Lubin, 24 ans, étudiant en histoire. Léa arbore cette pancarte : « Quand j’étais gamine, voter FN/RN, c’était la honte ». Elle s’explique : « Je trouve ça intolérable qu’on ne se soulève pas davantage contre le RN. Il faut rappeler que ce n’est pas un parti comme les autres », soupire la jeune femme, qui travaille dans un hôpital public.
La gauche unie… contre le RN
Plusieurs responsables de gauche sont aussi présents dans le cortège. Le patron du Parti socialiste Olivier Faure est là, comme la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet ou la députée du groupe écologiste, Clémentine Autain. Le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, est acclamé par les jeunes manifestants. « C’est important d’être ici, car le RN est aux portes du pouvoir, et il ne faut jamais banaliser ce parti, qui a pour stratégie de diviser le pays plus que jamais. Il faut mettre un terme à la progression de l’extrême droite », assure l’élu. Au lendemain de l’attaque meurtrière à Trappes, l’insoumis estime d’ailleurs que le RN à sa part de responsabilité. « Il y a un lien direct et étroit entre les discours de haine qui ciblent les musulmans et l’attentat raciste d’hier », dit-il.
Un constat partagé par Aymeric Caron, député REV, affilié à LFI. « Le drame d’hier a été motivé par cette idéologie qui présente l’immigration et l’islam comme un danger. C’est pour ça qu’il est important de descendre dans la rue, pour rappeler ce qu’est l’extrême droite et éviter une bascule historique de notre pays en mai prochain ».
À quelques kilomètres de là, des milliers de sympathisants affluent au Zénith d’Orléans, pour le début du congrès du parti à la flamme. Dans le centre-ville, le retraité Dominique, se montre fataliste en regardant de loin passer les manifestants. « Ce que je regrette, c’est que la France soit autant coupée en deux et qu’on ait aujourd’hui deux France qui ne se parlent plus ».
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