Des chercheurs américains veulent créer un sommeil artificiel pour rester éveillé
Quick Look
- Des chercheurs américains ont réussi à reproduire les bienfaits du sommeil lent sur des souris en stimulant une partie de leur cerveau tout en restant éveillées.
- Cette technique, inspirée par les dauphins et les canards, pourrait potentiellement être testée sur les humains pour améliorer la récupération et la mémoire.
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Why It Matters
Des chercheurs américains ont étudié la possibilité de reproduire les bienfaits du sommeil lent chez des souris en stimulant une partie de leur cerveau, afin d'obtenir un repos tout en restant éveillé.
Puisque les humains passent près d'un tiers de leur vie à dormir, pourquoi ne pas gagner du temps en obtenant les bienfaits du sommeil tout en restant éveillé et, donc, en gardant les yeux ouverts ? Cette hypothèse à dormir debout, digne d'un roman de science-fiction est étudiée très sérieusement. Car si les dauphins et les canards le font déjà naturellement, des chercheurs américains ont réussi à reproduire cette technique sur des souris et envisagent de la tester sur les humains, d'après une étude de la revue Nature Neuroscience publiée lundi 8 juin et repérée par le magazine scientifique The New Scientist.
Les chercheurs se sont intéressés à la phase de sommeil non paradoxal, appelée également sommeil lent. "Ce sont des phases de récupération : tous les systèmes biologiques et physiologiques se mettent au repos", résume Renaud Tamisier, directeur adjoint d'une unité sur l'apnée du sommeil à l'Inserm. Lors de cette phase, le cortex cérébral émet des signaux, alternant entre des périodes de forte et de basse activités des neurones.
"Des ondes lentes pour reproduire du sommeil"
Dans cette expérimentation, une sonde a été implantée dans le cerveau de souris, pour stimuler un hémisphère, reproduire les effets du sommeil lent, et ainsi obtenir la même qualité de repos et de travail de la mémoire, en restant en phase d'éveil. "Ils ont synchronisé les neurones sur des ondes lentes pour reproduire du sommeil. Par une méthode expérimentale, ils arrivent à recréer des fonctions qui ont lieu pendant le sommeil", explique Renaud Tamisier, également professeur de psychologie à l'Université Grenoble Alpes et au CHU Grenoble Alpes.
Les résultats ont montré que l'hémisphère cérébral stimulé par la sonde ne présentait pas de marques d'épuisement lié à un manque de sommeil. "Une petite partie du cerveau a effectué son nettoyage pendant l'éveil et n'a donc plus besoin de sommeil profond supplémentaire", indique à The New Scientist Chiara Cirelli, chercheuse à l'Université du Wisconsin-Madison et co-auteure de cette étude.
Déjà des "micro-sommeils" éveillés chez l'humain
La stimulation de cette partie du cortex durant le sommeil permet le repos, mais peut-elle également améliorer notre mémoire ? Les scientifiques ont testé sur les souris, en les mettant dans une boîte, recouverte à l'intérieur d'une texture identique. Le lendemain, la texture avait changé, seulement d'un côté de la boîte. Puisque les souris sont attirées par la nouveauté, les chercheurs américains ont évalué leur capacité à se souvenir de l'ancienne texture. Seules les souris ayant dormi naturellement, et celles privées de sommeil mais ayant reçu une stimulation, ont passé du temps sur cette nouvelle face de la boîte.
Cette expérimentation, si elle venait à être testée sur les humains, pourrait donc créer une sorte de sommeil artificiel. "On sait faire de la restriction de sommeil, mais on ne sait pas étendre le sommeil", rappelle Renaud Tamisier, qui salue une étude "d'une très grande rigueur scientifique", mais qui reste prudent sur ses bénéfices. "Si on supprime du sommeil à quelqu'un, cela aura des conséquences néfastes pour sa santé. Si je provoque du sommeil, est-ce que ça sera forcément bénéfique ?"
"Si on est capable d'induire du sommeil artificiellement à de courts dormeurs, ou de stabiliser des phases de sommeil instables, on gagnerait quelque chose !"
Renaud Tamisier, directeur adjoint d'une unité sur l'apnée du sommeil à l'Inserm
à franceinfo
Le spécialiste du sommeil rappelle que les êtres humains ont, déjà, "naturellement", des phases de sommeil tout en restant éveillés. "Lorsque vous n'avez pas de vigilance majeure, des zones de votre cerveau ont des micro-sommeils. On peut s'en rendre compte si, à un moment, on vous a dit quelque chose et vous ne l'avez pas intégré. Peut-être qu'une partie de votre cerveau soit pour l'attention, soit pour la mémorisation, n'était pas active", explique Renaud Tamisier.
Comme les dauphins et les canards
Certains animaux, comme les dauphins et les canards, pratiquent déjà le sommeil éveillé. Une moitié du cerveau entre en sommeil paradoxal tandis que l'autre reste alerte et vigilant face aux prédateurs. "Les dauphins vont continuer de nager, mais avec des mouvements amples et lents et les phases de repos correspondent à de longues apnées", des apnées qui peuvent durer jusqu'à une dizaine de minutes, constate Fabienne Delfour, enseignante vacataire à l'école vétérinaire de Toulouse, chercheuse et autrice de La sensibilité du cachalot (Tana éditions). Ainsi, les dauphins qui sont en phase de repos se placent au centre du groupe, pour laisser les autres en alertes sur les côtés.
Le modèle des dauphins a donc inspiré l'expérimentation des chercheurs du Wisconsin. Concrètement, un hémisphère cérébral reste actif. "Pour savoir quel hémisphère cérébral est mis en sommeil, il suffit de regarder l'œil qui est fermé. Si l'œil droit est fermé, c'est l'hémisphère gauche qui est au repos, et vice versa", ajoute Fabienne Delfour, qui regrette le manque de données sur le sommeil des animaux. "Les travaux datent des années 1970 mais les manipulations étaient très intrusives. Je pense qu'il faudrait réfléchir à d'autres protocoles expérimentaux moins intrusifs."
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Tests sur des humains pour évaluer la faisabilité et les bénéfices du sommeil artificiel.
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Open Questions
- Quelles seront les conséquences à long terme sur la santé humaine ?
- Cette technique sera-t-elle réellement applicable et bénéfique pour les humains ?
- Comment assurer un protocole expérimental moins intrusif pour les animaux ?





