Breaking
FRRussie : la forteresse de Kostyantynivka revendiquée comme « entièrement sous notre contrôle »FRBaccalauréat : les résultats officiels tombent ce mardi 7 juilletFRIlle-sur-Têt, ville fantôme sous les fumées du feu de TrévillachFRChaos aux frontières de l'UE : les aéroports européens sous tensionFRAffaire des assistants parlementaires : la cour d'appel rend sa décision pour Marine Le PenFRCanicule et incendies : la France et l'Espagne sous haute tensionFRPropos racistes envers Mbappé : la sénatrice paraguayenne persiste et signeFRTrump au Mont Rushmore : « L'identité américaine en péril »FRLe sommet de l'Otan sous l'ombre de Poutine et les attaques de TrumpFRUkraine lance plus de 430 drones vers Moscou, frappes en Russie et dans la région de BelgorodFRRussie : la forteresse de Kostyantynivka revendiquée comme « entièrement sous notre contrôle »FRBaccalauréat : les résultats officiels tombent ce mardi 7 juilletFRIlle-sur-Têt, ville fantôme sous les fumées du feu de TrévillachFRChaos aux frontières de l'UE : les aéroports européens sous tensionFRAffaire des assistants parlementaires : la cour d'appel rend sa décision pour Marine Le PenFRCanicule et incendies : la France et l'Espagne sous haute tensionFRPropos racistes envers Mbappé : la sénatrice paraguayenne persiste et signeFRTrump au Mont Rushmore : « L'identité américaine en péril »FRLe sommet de l'Otan sous l'ombre de Poutine et les attaques de TrumpFRUkraine lance plus de 430 drones vers Moscou, frappes en Russie et dans la région de Belgorod
Newsgather
BackDes propos antisémites et racistes dans une classe préparatoire parisienne
Des propos antisémites et racistes dans une classe préparatoire parisienne
Developing
France Info6/24/2026Education10 min readFrance

Des propos antisémites et racistes dans une classe préparatoire parisienne

Quick Look

  • Une étudiante découvre une feuille aux propos haineux dans une classe préparatoire à Paris.
  • Malgré ses signalements répétés, l'établissement tarde à réagir, prononçant des sanctions légères et organisant une conciliation qui dégénère.
  • D'autres témoignages font état d'un climat propice aux dérives d'extrême droite.

AI-generated summary

Why It Matters

Des étudiantes d'une classe préparatoire parisienne signalent des propos racistes et antisémites tenus par des camarades. L'établissement est critiqué pour sa lenteur à réagir et la gestion jugée inadéquate de la situation.

Font size

C'est tous des Juifs de merde, des Maghrébins, des barbares, des PD". Le 2 février 2026, Alba*, étudiante en classe préparatoire littéraire à l'École normale catholique (ENC) Blomet (sous contrat d'association avec l'Etat), dans le 15e arrondissement de Paris, découvre cette phrase inscrite sur une feuille rédigée par l'un de ses camarades.

Deux autres élèves, installés autour de la table sur laquelle est posé le document au centre de documentation et d'information (CDI), rient aux éclats.

Le document est rédigé à la main en caractères Fraktur, une typographie gothique prisée des mouvances d'extrême droite. Une étoile de David y a également été dessinée par un des élèves. "J'ai immédiatement pris une photo et envoyé le cliché à Éric Barbier, directeur des classes préparatoires" de cet établissement réputé, où a enseigné jusqu'en 2019 François-Xavier Bellamy, aujourd'hui vice-président des Républicains, et dont est issu Marc de Cacqueray-Valménier, figure de l'ultradroite radicale.

Une semaine plus tard, le 9 février, l'étudiante est reçue : "Eric Barbier m'a dit que les faits étaient graves, mais qu'il ne pouvait pas s'en occuper pour le moment, à cause des journées portes ouvertes. Il m'a aussi expliqué qu'il souhaitait régler ça en interne". Le lendemain, la mère d'Alba tente de contacter le directeur, par téléphone puis par mail. "Je n'ai jamais eu aucune réponse. Je pensais qu'on allait me rappeler tout de suite, mais petit à petit j'ai compris que le sujet avait sans doute été mis de côté pour ne pas faire de vague ".

Les jours passent, puis les semaines, et les mois. Le 16 avril, Alba échange avec Esther (le prénom a également été modifié), une autre étudiante de sa promotion, de confession juive. Rapidement, les deux jeunes femmes dressent le même constat : "Cette feuille remplie d'incitations à la haine n'était pas une situation isolée. En classe ou dans les couloirs, nous entendons en permanence des propos racistes, antisémites, sexistes", assure Esther. "Par exemple, quand les professeurs évoquent la Shoah en classe, de nombreux étudiants échangent des regards et des sourires entendus. Mi-avril, pendant un cours consacré à Nietzsche, un enseignant a rappelé l'opposition du philosophe au racisme et à l'antisémitisme, et l'un des élèves qui riait au CDI a lancé à voix basse, de façon que le professeur n'entende pas : ‘Dommage, je l'aimais bien avant ça.'"

Des autocollants de mouvements néonazis

Au-delà des propos entendus, les deux étudiantes décrivent également la présence récurrente de symboles associés à l'extrême droite radicale ou à l'imaginaire néonazi. Sur l'agenda de l'un des élèves qui participait aux échanges autour de la feuille, elles remarquent par exemple un autocollant de l'Action française, mouvement nationaliste et royaliste, mais aussi une rune d'Odal, symbole issu d'un ancien alphabet germanique, utilisé pendant la Seconde Guerre mondiale par certaines unités de la Waffen-SS.

Pour Alba et Esther, étudier dans ce contexte devient peu à peu insupportable. Selon elles, au sein des deux classes d'hypokhâgne, qui comptent 80 élèves, "une vingtaine d'étudiants affichent ouvertement leurs idées d'extrême droite radicale et la moitié des étudiants de la promo expriment un soutien plus ou moins explicite, en riant par exemple ouvertement de propos racistes".

Les jeunes femmes décrivent aussi la présence, sur le mobilier urbain qui entoure le lycée "d'autocollants de mouvements néonazis. On voyait aussi ces autocollants sur les sacs des élèves". La cellule investigation de Radio France a en effet pu constater que l'auteur du document rédigé en écriture Fraktur, tout comme l'étudiant qui arborait une rune d'Odal sur son agenda, sont membres sur Instagram de comptes liés à la mouvance néonazie, qui commercialisant ce type d'autocollants.

Le protocole de l'Éducation nationale pas respecté

Face à l'inaction de la direction, Esther décide à son tour de prendre les devants. Le 20 avril, plus de deux mois après le premier signalement d'Alba, elle adresse à son tour un courriel à son professeur principal. Dans ce mail, que nous avons pu consulter, elle évoque des "provocations à la haine récurrentes" et sollicite "l'aide des professeurs". L'enseignant lui répond alors que "la pluralité des problèmes que soulèvent ces comportements explique que la direction prenne son temps".

Il faudra attendre le 19 mai, et la fin de l'année scolaire, pour que des sanctions - deux jours d'exclusion - soient finalement prononcées. Et ce, alors que les recommandations de l'Éducation nationale prévoient, en cas d'injures à caractère raciste ou antisémite, un signalement auprès de l'Education Nationale, et de la justice. À Blomet, la justice n'est pas saisie. Quant au rectorat de Paris, il indique à la cellule investigation de Radio France n'avoir "reçu, à [sa] connaissance, aucun signalement de la part de l'École normale catholique".

Enfin, alors que les procédures officielles déconseillent les conciliations entre élèves en cas d'injures racistes ou antisémites, la direction organise, le 19 mai, une séance d'excuses devant la classe, qui dégénère en règlement de comptes. "À aucun moment, nos deux camarades n'ont reconnu la gravité de leurs propos", assurent Alba et Esther. "Ils se sont contentés de dire qu'ils étaient désolés si leurs paroles ‘maladroites' avaient pu choquer. Pire, une autre élève de la classe est intervenue pour prendre leur défense. Elle nous a reproché d'avoir été ‘lâches' en alertant la direction."

Une confrontation à quatre jours des examens

Pour Esther, c'en est trop. Sous le choc, la jeune femme quitte la salle de cours et sort de l'établissement. "Je me sentais tellement seule". Dans la rue, elle croise l'une de ses enseignantes, Madeleine Bazin de Jessey, ancienne présidente de Sens Commun et soutien de François Fillon à la présidentielle en 2017. Cette dernière lui propose de retourner dans l'établissement pour discuter directement avec les deux élèves mis en cause.

Lors de cet échange, l'étudiant qui avait dessiné une rune d'Odal sur son agenda minimise la portée de ses actes. Selon Alba et Esther, il lance : "quand on dit ‘mort aux Juifs', on ne le pense pas". Les deux jeunes femmes assurent également qu'il explique ne pas connaître la symbolique nazie de la rune d'Odal. Leur professeure, Madeleine Bazin de Jessey demande alors aux deux étudiantes de veiller à ce que l'affaire ne débouche pas sur une "chasse aux sorcières". "C'est la dernière chose que nous avions envie d'entendre, souffle Alba. Nous essayions de signaler des faits graves, pénalement répréhensibles, et nous voilà traitées de lâches, et une professeure nous met en garde contre une prétendue chasse aux sorcières."

Interrogée par la cellule investigation, Madeleine Bazin de Jessey, qui enseigne à Blomet sous le nom de Madame Achard, estime que ses propos ont été "gravement sortis de leur contexte", affirmant avoir "préalablement" consacré "quinze bonnes minutes" à "sermonner vigoureusement" l'élève auteur des propos antisémites "en lui disant que non, son propos n'était pas blessant parce que des élèves s'étaient senties blessées, mais parce qu'il était scandaleux en soi et totalement inadmissible".

Alba affirme être sortie de cette confrontation profondément éprouvée. Placée en arrêt par son médecin, elle ne se sent plus en mesure de passer ses derniers concours blancs. Le 22 mai, elle écrit au directeur des classes préparatoires pour lui faire part de sa situation et regrette l'organisation de la rencontre : "Je ne comprends pas pourquoi vous avez choisi d'organiser cela à quatre jours de nos examens". Le 25 mai, celui-ci lui répond par courriel : "Vous me voyez bien désolé de cette situation. Les excuses demandées avaient pour objectif d'apaiser la situation."

"J'ai accepté d'être exclu pour pouvoir enterrer cette affaire"

Interrogé par la cellule investigation de Radio France, l'auteur présumé de la feuille comportant des insultes racistes indique "ne pas être disponible" pour répondre à nos questions.

Son camarade assure, concernant la rune d'Odal dessinée sur son agenda, qu'il s'agissait d'"une rune viking [qu'il devait] apprendre à dessiner pour un camp scout sur le thème des Vikings." Quant à l'autocollant de l'Action française sur la couverture de son agenda, il assure l'avoir "trouvé dans la rue", et qu'il n'y a "rien d'illégal à cela". Et d'ajouter : "J'ai été exclu deux jours parce que des personnes s'étaient plaintes de choses que je n'avais pas faites. J'ai accepté d'être exclu pour pouvoir enterrer cette affaire."

De son côté, Esther, l'étudiante d'hypokhâgne qui a signalé les faits antisémites, envisage désormais de porter plainte, à la fois contre les étudiants mis en cause et contre l'établissement. Elle est accompagnée dans ses démarches par l'Union des étudiants juifs de France (UEJF). "Nous étudions les voies de recours possibles. Nous pouvons nous constituer partie civile, notamment pour provocation à la haine", indique Yossef Murciano, représentant de l'UEJF. "Il faut comprendre comment des étudiants qui se destinent à intégrer des écoles comme Saint-Cyr, et donc à exercer demain des responsabilités importantes, peuvent tenir de tels propos. Cela soulève des questions inquiétantes sur le climat qui règne dans certaines classes préparatoires réputées d'élite."

De son côté, la direction de l'établissement fait valoir qu'"il n'existe pas de justice expéditive dans un établissement scolaire" et que les sanctions sont le résultat d'une procédure interne "parfois jugée un peu longue par les parties". Selon le directeur de l'Ecole normale catholique, Alexis Molio, "deux étudiants ont fait l'objet d'une procédure" pour "un comportement inapproprié" ainsi que pour avoir "prononcé ou écrit des propos discriminatoires". Il assure par ailleurs qu'il "condamne et sanctionne tout propos discriminatoire, haineux, à l'encontre de la dignité des personnes".

"Des remarques racistes à longueur de cours"

Pourtant, selon les informations recueillies par Radio France, ce n'est pas la première fois que des étudiants et des enseignants alertent sur des propos racistes ou antisémites au sein de cette prépa réputée. En mai 2024, deux étudiantes, déjà, dénoncent par écrit auprès d'un de leurs enseignants des "remarques racistes à longueur de cours" et un "climat anxiogène".

L'une d'elles, d'origine maghrébine, affirme avoir été la cible d'injures tout au long de l'année scolaire : "Quand tu retournes au pays, tu manges avec les mains ?" ou encore "Tu n'es pas vraiment française." Une autre étudiante fait état de remarques visant les Arabes ou les habitants des banlieues : "On sait quelle population vit là-bas, hein", et dénonce la "banalisation des propos d'extrême droite au sein de la prépa".

Alerté à l'époque par ces étudiantes, l'un des enseignants décide d'en référer à sa hiérarchie. Le 15 mai 2024, il transmet par courriel ces témoignages écrits aux responsables de l'établissement, Éric Barbier, Alexis Molio, le directeur de Blomet, et Chantal Quillet, professeure de Lettres et professeur principale de la classe de Khâgne. En pièce jointe de ce mail, que nous avons pu consulter, figurent les récits détaillés des étudiantes. Inquiet de la situation, l'enseignant écrit à la direction : "Je ne peux pas garder sous le coude les courriels d'étudiants [...] au sujet de l'ambiance de classe. Vous saurez quoi faire dans le cadre des obligations légales."

L'enseignant tente ensuite de faire inscrire le sujet à l'ordre du jour du conseil de classe de fin d'année. Un autre professeur de philosophie, présent lors de cette réunion et depuis parti de l'établissement, Denis La Balme, témoigne dans le même sens : "On s'est heurtés à un mur. On était les seuls. On a été confrontés à un mur d'exaspération. L'affaire a été très vite close et est restée sans suite."

Un autre professeur affirme, lui, avoir alerté la direction dès 2015 sur ce qu'il décrit comme des dérives préoccupantes : "Par curiosité, un soir, j'ai assisté à une messe avec l'aumônier de l'établissement. Ce dernier expliquait pendant la messe qu'il fallait reprendre le contrôle de la France face aux Juifs et aux francs-maçons, qu'il disait omniprésents. Et à la sortie de la messe les étudiant tractaient pour l'action française". Un autre épisode l'a marqué : "En 2017, j'ai dû moi-même décrocher un portrait de Franco [dictateur espagnol, au pouvoir entre 1939 et 1975] affiché en salle des élèves." Cet enseignant affirme avoir lui aussi alerté Eric Barbier : "il me répondait systématiquement qu'il ne fallait pas faire de vagues, afin de ne pas mettre en danger l'École normale catholique. Mais qu'est-ce qui est plus dangereux que la fascisation d'un établissement ?"

Interrogé sur ces alertes, et notamment sur les témoignages d'injures racistes transmis à la direction en mai 2024, le directeur de l'établissement affirme qu'à l'époque, aucun étudiant n'avait signalé de propos racistes au professeur principal de la classe de Khâgne. Cette dernière, Chantal Quillet, assure avoir "été seulement mise en copie 15 jours avant la fin de l'année par un collègue d'un mail contenant des témoignages anonymisés d'étudiants, adressé à la direction à qui il est revenu de réagir". La direction ne précise toutefois pas quelles suites concrètes auraient été données à ces signalements.

Contacter la cellule investigation de Radio France

Nous transmettre une information de manière anonyme et sécurisée : alerter.radiofrance.fr

Nos réseaux sociaux :

What to Watch

AI outlook — possibilities, not facts

  • L'UEJF pourrait porter plainte contre l'établissement et les étudiants.

    Likely · Within weeks

  • Des enquêtes internes ou externes pourraient être lancées par l'Éducation Nationale.

    Possible · Within months

Open Questions

  • Quelles suites seront données aux signalements ?
  • Comment l'établissement compte-t-il prévenir de futurs incidents ?
  • Quelle est l'étendue réelle du problème dans les classes préparatoires d'élite ?

Related Topics

This article was originally published by France Info.

Related Stories

More on this topicracisme