
Malgré les annonces du gouvernement, les mouvements de blocage se poursuivent dans les lycées et universités. Trois élèves ont été interpellés à Nantes suite à l'incendie du lycée Nelson Mandela.
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Un incendie a ravagé la façade du lycée Nelson Mandela à Nantes le 1er octobre, provoquant une vive émotion. Parallèlement, des lycéens mènent des mouvements de blocage à travers la France pour protester contre les conditions dans l'éducation.
L’incendie du lycée Nelson Mandela de Nantes, en marge d’un blocus lycéen, avait suscité une émotion immense le 1er octobre. Le jour du drame, de nombreux lycéens dépités avaient regardé la façade de leur établissement, inauguré en 2014, brûler.
Les images spectaculaires de la façade et du hall d’entrée avaient été largement relayées et avaient provoqué une vive émotion dans la France entière. L’hypothèse d’un départ de feu provoqué par des casseurs venus de l’extérieur avait été évoquée. Ce mardi matin, trois personnes suspectées d’être impliqués dans cet incendie ont été interpellées par la division de la criminalité organisée et spécialisée (DCOS) de Nantes, selon une information de Ouest-France que Le Figaro est en mesure de confirmer. Ces trois suspects sont des élèves du lycée.
Des vidéos d’individus cagoulés en train de lancer de mortiers d’artifice avaient été diffusées sur TikTok après les faits. Un feu de poubelle avait également été allumé le matin de ce premier jour du mois d’octobre. La semaine dernière, la Région des Pays de la Loire a annoncé une réouverture des salles de classe le 16 novembre. La facture des réparations, d’abord estimée à deux millions d’euros, s’est alourdie et devrait atteindre finalement les quatre à cinq millions d’euros.
Laurène Trillard, Le Figaro Nantes.
Lundi matin, après deux semaines de vacances de la Toussaint, les lycéens ont repris le chemin de l’école. Certains sont arrivés dès potron-minet devant leur établissement. Non pas pour suivre leurs cours aux aurores, mais pour perpétuer une tradition qui dure depuis plus d’un mois maintenant, à savoir bloquer leur établissement. À l’image de la dizaine d’élèves du lycée Voltaire, dans le 11e arrondissement de Paris, qui sont arrivés à 6 heures pour entasser poubelles et barrières devant les portes de leur établissement. « On a voulu bloquer toutes les entrées, mais la police nous a demandé de laisser passer les collégiens et élèves de prépa », commente Sasha, lycéen, qui maintient quelques obstacles de fortune devant l’une des entrées.
Rapidement rejoints par leurs camarades et quelques professeurs, ils étaient une centaine à s’être réunis sur le trottoir vers 9 heures, dans une ambiance calme et joyeuse. « Voltaire en lutte, du fric pour l’école publique », indiquait une banderole violette arborée par deux jeunes. Daniel*, enseignant au lycée Voltaire et membre du syndicat FO, a rejoint le mouvement avec quelques collègues. « Nous partageons les mêmes revendications que les élèves. Si le gouvernement avait répondu plus tôt aux revendications, on n’en serait pas là. Il ne faudrait pas s’étonner de voir les blocus s’intensifier ces prochains jours », prévient le quinquagénaire.
Invité ce mardi matin sur BFMTV, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a évoqué la réponse pénale suite aux récents mouvements sociaux émaillés de violences ayant eu lieu sur le territoire. Des scènes de guérilla urbaine et de pillages se sont notamment déroulées le samedi 17 octobre.
En tout, Gérald Darmanin a évoqué 4914 gardes à vue, dont 70% de majeurs et 30% de mineurs. Le ministre a dénombré 2290 poursuites par un procureur de la République, 1820 personnes déférées jusqu’au tribunal, 404 mesures d’emprisonnement et 329 personnes actuellement incarcérées. La différence entre les mesures d’emprisonnement prononcées et les personnes effectivement incarcérées réside dans les appels formés par les mis en cause.
Le ministre de la Justice a détaillé le profil des mis en cause : 95% d’hommes, deux tiers ayant entre 18 et 25 ans, 70% de nationalité française, 30% d’étrangers et, enfin, 50% qui n’avaient aucun antécédent judiciaire jusqu’alors.
Dans le 8e arrondissement de Paris, le lycée Chaptal est partiellement bloqué. Les policiers présents permettent aux jeunes qui le souhaitent d’aller étudier. Selon les lycéens sur place, peu de leurs camarades sont entrés. Et si certains le font, ils sont hués.
La centaine de jeunes présents entonnent des chants : «Siamo tutti antifascisti» ; «Macron on est la même si tu ne le veux pas nous on est là.»
L’ENS Ulm (Paris 5e) est aussi bloquée ce mardi. Ici, la mobilisation se fait sur fond de musique techno. Une dizaine d’élèves se tiennent devant des poubelles amassées derrière les grilles à l’intérieur de l’établissement.
Une quinzaine de policiers s’assurent que les personnels de l’institution puissent y accéder. Les militants ont déployé une banderole « solidarité avec les lycéen.n.e.s » à l’entrée.
«Dire ça suffit ne permet pas de faire entrer le dentifrice dans le tube», assure le presque candidat à la présidentielle, Dominique de Villepin, au sujet des blocages lycéens. Face à cette «addition des colères», l’ancien premier ministre appelle sur France Inter à «mettre en place une perspective pour les six mois qui viennent». Et plaide pour des «états généraux de la République», ainsi qu’une «plateforme anticrise».
«Je souhaite que les cours reprennent, les longues semaines se font au détriment de la scolarité de tous les élèves de notre pays», assure encore le septuagénaire, à la tête de son propre parti «La France humaniste». Si l’exécutif a annoncé plusieurs mesures pour répondre à la colère lycéenne la semaine dernière, «elles tardent à venir», selon lui. «Ça implique de mettre les mains à la tâche, d’avoir un calendrier», martèle-t-il.
Le lycée Henri-IV (Paris 5e arr.) est bloqué ce mardi 3 novembre. « Solidarité avec les lycéens du monde entier » et « Acab », scandent les manifestants.
Des lycéens sont arrivés tôt ce matin pour condamner l’entrée principale de l’établissement. Alors que la direction invitait les élèves à rentrer par le portail du collège, les militants se sont repositionnés pour le bloquer à son tour. Ils ont finalement laissé un passage pour permettre aux collégiens de se rendre en cours. La police présente sur place tente d’empêcher les militants d’apporter des poubelles pour renforcer leur dispositif.
«Il faut que la France puisse retrouver un chemin d’apaisement», plaide la députée Renaissance, Prisca Thevenot, sur France 2, au sujet des blocages lycéens. «S’il y a des manifestations, c’est parce qu’il y a des revendications, elles sont légitimes et il faut qu’elles puissent avoir des réponses», réclame l’élue, aussi soutien du candidat à la présidentielle, Gabriel Attal. Dénonçant un «retard à l’allumage du gouvernement», la parlementaire appelle à «revenir» sur les suppressions de postes d’enseignants, prévues dans le budget 2027.
Pour répondre à la colère des lycéens, l’exécutif a annoncé la semaine dernière plusieurs mesures, chiffrées entre 5 à 6 milliards, dont le remplacement de Parcoursup en 2028. «Je demande d’être plus précis, par quoi on peut le remplacer ? […] L’objet n’était pas plutôt de réformer Parcoursup ?», interroge encore l’élue des Hauts-de-Seine.
Au lycée Racine (8e arrondissement de Paris) la situation est similaire, l’établissement est bloqué par un monticule de poubelles. Reste qu’une centaine de lycéens sont dispersés tout au long de la rue du lycée parisien.
Des tags sur les poubelles indiquent : «(le lycée) Racine engagé» ; «1 prof pour 35 élèves. 5 CRS pour 1 élève». Un jeune homme équipé d’un mégaphone a tenté de lancer un chant contre la police, sans succès. Aucun policier n’est sur place pour le moment.
L’ambiance est calme, les jeunes discutent du blocus. «Le blocus m’avait manqué, c’est trop un banger (bien NDLR)», s’exclame l’un d’entre eux. Une autre lycéenne est dans le doute : «Je ne sais pas si je dois rentrer ou rester.»
Le lycée Condorcet (9e arrondissement de Paris) est bloqué par une vingtaine de lycéens ce matin. Une trentaine de poubelles ont été placées devant les portes. Un grand drap où il est écrit «en soutien aux lycées défavorisés» est étendu sur la façade de l’établissement.
L’ambiance est très calme, des parents d’élèves sont postés sur le trottoir d’en face pour veiller au bon déroulement du blocus. «On veille qu’il n’y ait pas de dégradation et que le blocus se déroule dans la bienveillance», souffle l’un d’entre eux.
«Il faut que ça s’arrête», assure Jean-François Copé, maire de Meaux et ancien ministre, à propos de la mobilisation lycéenne. Selon lui, «les lycéens sont en train de perdre leur année» et «le gouvernement ne pourra pas faire mieux». Sur TF1, l’élu local déplore que, dans le sillage des manifestations, soient générées «des violences inacceptables» instrumentalisées par l’extrême gauche.
Il estime que face à «un pouvoir macroniste agonisant, les populistes d’extrême gauche et d’extrême droite sont partis à l’assaut de la France». Le RN et LFI «empêchent toute mesure courageuse à l’Assemblée nationale» et de son côté, le gouvernement «n’a plus aucune marge de manœuvre». Dans la perspective des élections présidentielles, la droite de gouvernement doit «se rassembler» et «arrêter de chercher le général de Gaulle, que nous n’avons pas en stock».
Les ministres de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur ont également promis l’annulation des suppressions de postes prévues dans l’Éducation nationale, la création de 500 postes supplémentaires, un plafonnement à 28 élèves par classe de seconde et 15.000 places supplémentaires dans l’enseignement supérieur.
Selon Matignon, le premier ministre a également demandé au ministre de l’Éducation nationale de veiller à ce qu’une réponse soit apportée aux 200 lycées les plus en difficulté recensés sur la plateforme de concertation. Un «premier pas» jugé insuffisant par les organisations de jeunesse.
D’autres mesures «nécessitent un travail de fond d’ici la fin du mois de décembre», a plaidé lundi le ministre de l’Éducation, citant le chantier du contrôle continu ou celui du temps scolaire.
L’intersyndicale regroupant l’USL, l’Unef, la Fage et l’Union étudiante réclame de son côté un investissement de 10 milliards d’euros dans l’éducation et l’enseignement supérieur ainsi que l’abrogation pure et simple de Parcoursup.
Lycéens et étudiants comptent se joindre jeudi à la journée de mobilisation pour le pouvoir d’achat qui, pour la première fois depuis la rentrée, doit réunir salariés du privé, fonctionnaires et retraités.
Du côté des lycées, la mobilisation reste aussi d’actualité avec le retour lundi de poubelles carbonisées et de blocages devant plusieurs établissements.
«On a voté une semaine noire» et «on sera à la manif du 5 (novembre), on va organiser un cortège lycéen», a expliqué à l’AFP Natie, en première au lycée Rive gauche de Toulouse. Dans son établissement, une centaine de jeunes prévoit d’organiser un blocage toute cette semaine.
Selon le ministère de l’Éducation, 41 établissements étaient bloqués lundi (sur 3700). L’Union syndicale lycéenne (USL) en a recensé quatre fois plus environ.
Le chiffre s’annonce plus élevé mardi, la première journée ayant été davantage, dans les lycées comme dans les facs, plutôt consacrée à l’organisation de la poursuite du mouvement.
Décidées à «ne rien lâcher» face aux annonces du gouvernement jugées insuffisantes, les organisations de jeunesse appellent à des blocages massifs des facs et lycées mardi, avant de rejoindre la mobilisation interprofessionnelle nationale de jeudi sur le pouvoir d’achat.
«Le mouvement ne s’arrête pas : les étudiants continuent de vouloir se mobiliser», affirme à l’AFP Suzanne Nijdam, présidente de la Fage, première organisation étudiante.
«Il faut continuer à montrer, notamment à Matignon, que les facs sont toujours mobilisées, que ça ne s’arrêtera pas si facilement, et qu’il faut maintenant répondre avec du concret», renchérit-elle.
Lundi, au retour des vacances de la Toussaint, environ 15% des établissements de l’enseignement supérieur ont de nouveau connu «des perturbations», variables, selon le gouvernement.
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Participation des lycéens et étudiants à la journée de mobilisation pour le pouvoir d'achat.
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