EN DIRECT - Colère sociale : des présidents d’universités franciliennes se réunissent pour lancer «un appel à l’action urgente»
Journée de manifestations intersyndicales pour les salaires, accueil houleux de Raphaël Glucksmann à Paris et préparation d'une conférence sociale à Matignon.
Quick Look
- Une vaste mobilisation sociale intersyndicale a rassemblé des centaines de milliers de manifestants en France pour réclamer des hausses de salaires et du pouvoir d'achat.
- Raphaël Glucksmann a été pris à partie à Paris, tandis que le gouvernement prépare une conférence sociale à Matignon.
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Why It Matters
Journée nationale de mobilisation sociale intersyndicale pour les salaires et le pouvoir d'achat.
Ce matin, à 10h30, une quinzaine de présidents d’universités franciliennes se réunissent pour lancer «un appel à l’action urgente».
Ils défileront devant le Sénat, l’Assemblée nationale et l’Hôtel de Matignon pour réclamer un milliard d’euros «pour tenir la promesse républicaine faite à la jeunesse» et demander le déclenchement d’un «plan d’urgence en faveur de l’université dès maintenant et pour l’avenir».
Il y avait forcément un peu d’impatience à retrouver ce jeudi le folklore des cortèges. Peut-être aussi une pointe d’appréhension pour Raphaël Glucksmann, lui qui a été chassé de la rue sous un flot d’insultes il y a deux ans à Saint-Étienne. Alors, pour ne pas revivre ce mauvais film, une armée d’élus socialistes a pris soin d’entourer le candidat, arrivé discrètement sur la place de la République. Il n’a pourtant pas fallu attendre longtemps pour entendre résonner les premiers sifflets dans le défilé parisien. Puis, les premières salves d’invectives lancées par des troupes de militants : «Tout le monde déteste le PS», «Casse-toi !», «Honte à toi !», «Vendu !»… «Raphaël, président !», ont répliqué en chœur les partisans du social-démocrate, amassés derrière une grande banderole.
Mais ces quelques mots de soutien n’ont pas suffi à couvrir les huées qui ont accompagné chacun des pas du candidat social-démocrate. À quelques mètres de lui, une pancarte exhibait son visage incrusté dans une cuvette de toilettes. Tout de noir vêtu, Raphaël Glucksmann, lui, est resté impassible, même lorsqu’un homme a tenté de jeter des tracts Insoumis sur la délégation socialiste. L’eurodéputé continuait même d’arborer un large sourire, comme pour désarçonner ses détracteurs. «Le sujet, c’est la mobilisation des travailleurs. S’il y a des militants politiques qui sont hostiles à notre présence, je m’en fous. Je m’en contrefous !», a-t-il d’ailleurs lâché devant les caméras, avant le départ du mouvement intersyndical. Voilà la preuve, estiment ses proches, que leur champion est victime de harcèlement et même d’intimidation de la part de militants radicaux, qui chercheraient à le faire taire.
GLUCKSMANN MALMENÉ SUR LE TERRAIN SOCIAL
Le vice-président Rassemblement national (RN) de l’Assemblée, Sébastien Chenu, appelle l’exécutif à «anticiper» la gestion des manifestations. La mobilisation d’hier a réuni 575.000 manifestants selon Beauvau et 1,6 million selon la CGT. «Je suis très attaché à la liberté de manifester», a défendu le nationaliste sur LCI. En cas d’accession au pouvoir, l’élu assure qu’avec le RN il y aura «un dialogue constant avec la société civile». «Il ne faut pas attendre qu’ils soient dans la rue pour les rencontrer», avance-t-il encore.
Le premier ministre, Sébastien Lecornu, va recevoir les syndicats lundi à Matignon, pour une «conférence sociale». «Elle est la bienvenue, mais on s’est déjà fait avoir», rétorque le député du parti à la flamme, qui réclame une augmentation des salaires de 10%, «jusqu’à trois fois le smic», accompagnée d’un «gel des cotisations patronales».
Invitée sur RTL, Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, a salué la mobilisation de jeudi. «On a été plus d’un million hier, il faut maintenant des réponses à la hauteur», a-t-elle déclaré, à quelques jours de sa réception à Matignon lundi. Elle confirme également la demande d’une hausse de 100 euros du smic et des «vraies dynamiques salariales» alors que le tassement des grilles fait que «vous pouvez évoluer dans une entreprise et avoir une augmentation très faible».
«Dans le privé et le public, on n’arrive plus à boucler les fins de mois.» Face au refus déjà affiché du patronat, elle dénonce un «réflexe pavlovien» et estime que la balle est dans leur camp. Pareil pour le gouvernement qui «ne peut pas attendre la présidentielle» pour répondre à leurs attentes. Pour elle, il y a aussi la question des aides aux entreprises pour lesquelles il faudrait revoir «la conditionnalité», faute d’«évaluation suffisante» sur leur utilité réelle.
«On n’a pas franchi la ligne d’arrivée, mais on a franchi des étapes importantes» dans les négociations sur les salaires, a assuré le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou sur TF1. Alors que l’exécutif doit réunir une «conférence sociale» lundi, il s’est dit favorable à une hausse anticipée du smic au 1er décembre. «Je trouve que le symbole est important, ça montre qu’on agit.» Le cas échéant, la décision devrait être prise la semaine prochaine pour être appliquée à temps.
Quant au montant, Jean-Pierre Farandou a évoqué «la barre des 1500 euros net», la jugeant «importante», sans pour autant s’engager sur une somme, alors que les syndicats réclament 100 à 150 euros nets de plus. Le smic est aujourd’hui à 1477,93 euros par mois.
Le ministre du Travail veut également «agir vite sur les négociations dans les branches», alors que les hausses successives du smic ont rattrapé les salaires du bas des grilles. Un vœu pieux formulé par le gouvernement depuis plusieurs années, sans aucun effet. Mais cette fois, «on est prêt à agir», promet Jean-Pierre Farandou. «On a un décret qui est prêt, et qui inciterait très fort les branches à relever leurs minima», sous peine de voir leurs charges augmenter.
L’intersyndicale à l’origine de la journée de manifestations de jeudi décidera de la suite de la mobilisation à l’issue de la conférence sociale organisée lundi par Matignon, déplorant l’absence de rendez-vous pour les fonctionnaires et les jeunes, a-t-elle indiqué vendredi.
«Les organisations syndicales le redisent, la seule chose qui arrêtera la mobilisation c’est la réponse aux revendications portées depuis plusieurs semaines par les salariés, les fonctionnaires, les jeunes et les retraités», écrivent la CFDT, la CGT, FO, la CFE-CGC, la CFTC, l’Unsa, la FSU et Solidaires, au lendemain d’une journée nationale de mobilisation sociale pour les salaires.
«L’intersyndicale se retrouvera à nouveau ce lundi à l’issue de la réunion organisée à Matignon et décidera des suites de la mobilisation», écrivent les syndicats dans leur communiqué, prenant également acte du fait que les fonctionnaires et les jeunes, mobilisés en nombre, «n’ont même pas de rendez-vous».
Le communiqué dénonce aussi «les entraves inacceptables à l’exercice du droit de manifester» jeudi, via des «interdictions et modifications de parcours» et «la répression des manifestations de Toulouse et de Lyon».
Apportant «tout leur soutien aux militants et manifestants blessés», les syndicats demandent que la lumière soit faite sur ces événements.
Dans un climat encore sous tension dans les lycées, le principal syndicat des chefs d’établissement, le SNPDEN-Unsa, s’inquiète de voir un nombre inhabituel de proviseurs envisager de quitter leurs fonctions ou demander une mutation. Son secrétaire général, Bruno Bobkiewicz, a évoqué «une cinquantaine de collègues» dans cette situation, au micro de RTL jeudi 5 novembre. Bien que ce chiffre ne soit qu’une estimation établie par le syndicat à partir d’entretiens réalisés avec des chefs d’établissement, il interpelle Olivier Beaufrere, proviseur et secrétaire national éducation et pédagogique de l’organisation. «On n’a jamais vu ça. Jusqu’à présent, les proviseurs restaient en poste lorsqu’ils approchaient de leur fin de carrière. Aujourd’hui, certains sont prêts à redevenir principaux de collèges (où les élèves ne tiennent pas de blocus, NDLR)», constate-t-il tristement.
Cette première évaluation du SNPDEN-Unsa intervient au milieu des «opérations de mouvement pour la rentrée prochaine». Tous les ans, les personnels de direction de l’Éducation nationale doivent déposer leurs vœux de mutation sur une plateforme. Cette année, la date limite est fixée au 8 novembre. Après trois ans passés au même poste, ils peuvent demander une nouvelle affectation dans leur académie ou ailleurs en France. La démarche devient obligatoire au bout de neuf ans d’exercice dans un même établissement, sauf dérogation. Un proviseur peut ainsi demander à prendre la direction d’un autre lycée, mais aussi d’un collège, et l’obtention d’un poste dépend notamment des places disponibles, du profil des candidats et des besoins du service.
CES PROVISEURS «USÉS ET LAMINÉS»
Sébastien Lecornu réunira lundi à Matignon une «conférence sociale» avec les organisations syndicales et patronales, ont annoncé ses services jeudi au terme d’une journée de manifestations et de grèves sur les salaires et le pouvoir d’achat à l’appel des syndicats.
Cette conférence vise à «apporter des réponses aux questions de pouvoir d’achat et de salaires», précise Matignon dans un communiqué.
En attendant, M. Lecornu a demandé au ministre du Travail Jean-Pierre Farandou «de finaliser d’ici dimanche les concertations qu’il mène depuis plusieurs jours» sur ces sujets, pendant que le ministre de l’Action et des Comptes publics David Amiel «poursuit ses échanges avec les représentants des agents de la Fonction publique», selon la même source.
Les responsables de la CFDT et de la CGT ont à nouveau réclamé jeudi une hausse substantielle du smic et, au-delà, des augmentations des salaires dans leur ensemble.
What to Watch
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Conférence sociale à Matignon avec les syndicats
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Open Questions
- Quelles seront les mesures concrètes issues de la conférence sociale de lundi ?
- Quel sera le montant exact de la revalorisation du SMIC ?






