
À la veille d'un week-end marqué par le congrès du Rassemblement national à Orléans et de nouvelles manifestations contre la vie chère, commerçants et autorités redoutent de nouveaux débordements.
À la veille du congrès du Rassemblement national à Orléans et de manifestations contre la vie chère, commerçants et autorités redoutent des violences après les pillages du week-end dernier, suscitant un vif débat sur l'interdiction des cortèges.
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Des violences et pillages ont éclaté lors des manifestations du week-end précédent en France, entraînant des mesures sécuritaires renforcées.
À la veille du congrès du Rassemblement national et d’une importante manifestation d’opposants, de nombreux commerçants d’Orléans abordent avec inquiétude le week-end, craignant violences et dégradations, dans une ville peu habituée aux mobilisations de cette ampleur.
«On prévoit de défendre notre commerce. Mais là, au lieu de vendre, je range mes articles. Je travaille pour me protéger. C’est ça qui fait mal», confie Christine, qui tient une boutique de stylos. «Je n’ai pas envie qu’en une seule journée, tout ce que j’ai construit en 20 ans soit anéanti», explique Éric Benchetrit, commerçant et président des Vitrines d’Orléans.
Le congrès du Rassemblement national doit réunir quelque 5.000 participants samedi, puis jusqu’à 10.000 personnes dimanche, lors du lancement officiel de la campagne présidentielle de Marine Le Pen. En parallèle, une manifestation d’opposants pourrait rassembler entre 20.000 et 30.000 personnes, dont 2.000 à 3.000 militants radicaux, selon les autorités.
«À la suite des événements survenus le week-end dernier à Marseille, Jacques Witkowski, préfet des Bouches-du-Rhône, a décidé l’interdiction temporaire des manifestations pour la journée du 24 octobre, déclarées ou non déclarées, dans tout le département», annonce la préfecture dans un communiqué de presse ce vendredi.
«Néanmoins, ce matin, une organisation syndicale a demandé à rencontrer le préfet des Bouches-du-Rhône, afin de pouvoir manifester demain, samedi 24 octobre, à Marseille.»
«À l’issue de ces échanges, parce qu’un parcours a été identifié et partagé et qu’un service d’ordre est mis en place par cette organisation syndicale, le préfet a accepté leur demande. Leur manifestation, qui se déroulera à Marseille, est donc autorisée à titre dérogatoire. Seule cette manifestation sera autorisée sur l’ensemble du département.»
À Bordeaux, alors que la préfecture s’apprête à interdire les manifestations en centre-ville à la demande du maire Thomas Cazenave, l’intersyndicale dénonce «une atteinte grave au droit de manifester». L’échange de l’intersyndical avec la préfète Sophie Brocas, jeudi, a été particulièrement houleux.
«Elle nous a indiqué son souhait que l’on manifeste sur un périmètre très large, éloigné du centre-ville de Bordeaux et des parcours que nous avons toujours utilisés pour manifester. L’intersyndical juge cela inacceptable et dénonce un abus de pouvoir», indique Stéphane Obé, représentant syndical de la CGT Gironde. L’intersyndicale annonce déjà qu’elle attaquera en justice un tel arrêté s’il est pris. Elle craint par ailleurs que ce dernier ne soit publié que ce vendredi soir, tard, pour empêcher un éventuel recours par référé. «Ce serait nous priver de notre droit à la justice et ce n’est absolument pas cela qui va calmer les tensions», déclare Stéphane Obé.
Les syndicats ne s’engagent pas à respecter cette éventuelle interdiction de manifester en centre-ville, samedi, durant le cortège de l’acte II contre la vie chère.
Reçu par le premier ministre, Sébastien Lecornu, jeudi soir en compagnie des maires de Paris et Marseille, Grégory Doucet s’est prononcé contre l’interdiction de manifester le samedi 24 octobre à Lyon, prise par le préfet du Rhône. «Je comprends de mon échange avec le premier ministre que la décision d’interdire les manifestations est encore ouverte. Le premier ministre a dit qu’à Paris, Lyon et Marseille, il lui semblait légitime que des manifestations puissent se tenir», a fait savoir l’élu écologiste lyonnais en sortie de réunion.
«Partir du principe qu’il faille interdire les manifestations ne me semble pas être la bonne option, dans la mesure où les gens ne sont pas contents et qu’il faut pouvoir leur laisser la possibilité de le dire. Il faudra voir comment le droit constitutionnel de manifester puisse être garanti dans les meilleures conditions possibles. Bien évidemment en faisant en sorte qu’il n’y ait pas de débordement», a poursuivi Grégory Doucet.
Le président du réseau des chambres de commerce et d’industrie en France (CCI France) a appelé vendredi les commerçants à «tirer le rideau» et à «laisser faire la police» en prévision des nouvelles manifestations prévues samedi.
Alain Di Crescenzo a précisé vendredi sur Europe 1 qu’au dernier décompte finalisé jeudi soir, CCI France avait visité 2241 commerces «vandalisés» samedi dernier, sans exclure que d’autres aient pu être saccagés «à la marge», pour des dégâts toujours estimés à «des centaines de millions d’euros».
«Pas du tout rassuré» à l’approche des manifestations de samedi, Alain Di Crescenzo, qui «s’attend à voir des casseurs», a lancé un appel au calme. Alors que certains commerçants lui ont fait part de leur «envie d’en découdre après les dégâts et les pillages du week-end dernier», il a invité ceux dont les locaux se situent à proximité des parcours des manifestations à «tirer le rideau samedi» et surtout à «laisser faire la police».
«La liberté de manifester est le fondement d’une démocratie», a déclaré Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, ce vendredi matin sur franceinfo, en réaction à la volonté d’Emmanuel Macron de limiter les manifestations après les violences du week-end dernier. Dénonçant un «gros problème dans la stratégie du maintien de l’ordre», la syndicaliste a appelé le gouvernement à répondre aux revendications sociales pour apaiser les tensions. «Pour nous, le rendez-vous principal, c’est le 5 novembre prochain», a-t-elle annoncé, appelant à «généraliser la grève».
Sur le pouvoir d’achat, Sophie Binet a vivement critiqué les grandes entreprises et leurs dirigeants, qu’elle juge responsables de la stagnation des rémunérations. Alors que Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, réclame une augmentation de 100 euros nets du SMIC, la CGT demande une hausse de 10% des salaires, leur indexation sur l’inflation et un blocage des prix de première nécessité. Sophie Binet doit rencontrer le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou ce vendredi soir pour évoquer ces revendications.
La dirigeante syndicale a également dénoncé un «budget 2027 de récession», critiquant notamment le gel des pensions de retraite, des allocations familiales et des bourses étudiantes. Elle réclame la suppression de cette «année blanche» et défend de nouvelles recettes fiscales, notamment la taxe Zucman, qui rapporterait selon elle 20 milliards d’euros supplémentaires. Enfin, après les dégradations du week-end dernier, condamnées par la CGT, elle a demandé que les salariés des commerces sinistrés puissent bénéficier d’une indemnisation du chômage partiel à 100% de leur salaire, contre 60% actuellement.
L’eurodéputée de La France Insoumise (LFI), Manon Aubry, s’est rendue hier à la réunion organisée par le premier ministre, Sébastien Lecornu, sur le maintien de l’ordre et la sécurisation de la campagne présidentielle. «Les revendications sociales, ce n’est pas l’urgence», aurait déclaré le chef du gouvernement d’après elle, suscitant son ire sur Franceinfo. L’élue voit dans les dernières mesures annoncées par l’exécutif, une «pente autoritaire».
Elle dénonce les interdictions de manifester et les couvre-feux «en pagaille». Et des «services de renseignement instrumentalisés par le pouvoir» selon elle. «C’est extrêmement grave», poursuit la proche de Jean-Luc Mélenchon. Plusieurs interdictions de manifestations ont été décidées, notamment à Marseille, ville particulièrement ciblée le week-end dernier. «En interdisant les manifestations, il va y avoir des manifestations sauvages. Ce sera plus dur à contrôler. C’est à se demander si le gouvernement ne cherche pas le chaos», cingle-t-elle.
Le maire PS de Paris Emmanuel Grégoire a réuni jeudi environ 400 Parisiens pour tenter de rassurer commerçants et riverains choqués par les pillages du week-end dernier, dont il a dit partager le sentiment d’avoir été «abandonnés» par la police.
«On est des habitués des manifs, mais là on a eu très très peur pour nos commerces, et nos vies», a témoigné un commerçant du XIe arrondissement, l’un des épicentres des pillages de samedi et dimanche. Sur le boulevard Magenta, le long du trajet de la manifestation samedi contre la «vie chère», un manifestant a affirmé avoir vu «des policiers inactifs qui ont laissé faire le chaos».
«Moi j’habite au rez-de-chaussée sur le trajet de la manif de samedi (entre Bastille et Nation, NLDR), je fais quoi ?», a demandé Renaud, un habitant du même arrondissement de l’Est parisien. Dimanche, il a vu la porte d’entrée de son immeuble «fracassée» par un groupe de casseurs tentant d’accéder aux toits. «La police nous a dit de nous débrouiller tous seuls pour les chasser», a-t-il rapporté.
«Samedi, vous fermez vos fenêtres», lui a répondu Emmanuel Grégoire devant une assemblée d’environ 400 personnes dans les salons de l’hôtel de ville. En confiant que ces «intrusions à domicile» étaient ce qui «nous fait le plus flipper».
«La question du délai d’intervention est fondamentale. J’ai demandé des garanties en ce sens au préfet de police, et au gouvernement», a affirmé le maire, reçu dans l’après-midi par le premier ministre Sébastien Lecornu aux côtés des maires de Marseille et Lyon, Benoît Payan et Grégory Doucet.
«Qu’on ne puisse pas mettre des policiers devant tous les commerces, chacun le comprend. Mais qu’on soit obligés d’attendre 15-20 minutes pour une intervention, ça n’est pas acceptable», a estimé Emmanuel Grégoire. «L’un des grands problèmes qu’on a eus samedi, c’est que face à la menace d’approche d’un certain nombre de groupes de l’Élysée, ils ont retiré tous les flics de l’Est parisien pour les mettre tous à l’Ouest. L’Est a été abandonné de facto», a-t-il affirmé, s’inquiétant d’une «sous-disponibilité» des forces de l’ordre pour samedi.
Durant cet échange, consensuel, l’édile socialiste a assuré qu’il «poserait des questions» à la commission d’enquête parlementaire sur les violences du 17 octobre. Notamment sur la «nasse absurde» place de la République avant le départ de la manifestation samedi.
«Ça n’est pas vrai» que les violences sont provoquées «par des jeunes racisés de banlieue, il y a des gens de tout profil», a-t-il ajouté, sous les applaudissements.
La mairie a appelé la population «à la plus grande vigilance» samedi, recommandant aux habitants et commerçants de rentrer poubelles, vélos, terrasses et mobilier extérieur. Quelque 450 commerces ont été dégradés ce week-end dans la capitale, dont 228 pillés.
Après le macronisme conquérant et la jacquerie de 2018, le macronisme finissant et les émeutes de 2026. Il faut dire que, un décennat passant, le décor a peut-être changé, mais pas les acteurs, ni l’intrigue. Car cet affrontement indirect entre une partie du peuple et de ses représentants est né il y a huit ans, d’une politique jugée déconnectée (de l’abaissement de la vitesse sur certaines routes à 80km/h à l’instauration annoncée d’une taxe verte sur les carburants). Or, il se trouve qu’à l’époque, le petit théâtre du pouvoir mettait déjà en scène Emmanuel Macron et Édouard Philippe, tandis que la rue était déjà confisquée par des «gilets jaunes» dépassés et des «cagoules noires» ensauvagées. Comme aujourd’hui.
C’est dans la foulée de la journée noire du 1er décembre 2018, où l’Arc de Triomphe a été saccagé en mondovision, qu’Emmanuel Macron a, d’une certaine manière, rompu avec le macronisme. Lui qui se faisait fort jusqu’ici de s’en tenir à son mantra - «Sur tout, je fais ce que j’ai dit» - a fini par céder au travers qu’il conspuait tant chez ses prédécesseurs : lâcher sous la pression. Ce qui a pris la forme d’une allocution solennelle, à la télévision, pour annoncer un «grand débat» national et tout un paquet de mesures, dont un coup de pouce aux «smicards» et l’annulation de la hausse de la CSG pour les «petites retraites». Le tout, pour la modique somme de 10 milliards d’euros, soit un montant colossal dans le «monde d’avant» le «quoi qu’il en coûte».
L’ancien premier ministre Dominique de Villepin a conspué jeudi la «logique» du «bouc émissaire» employée selon lui par le gouvernement au sujet des violences du 17 octobre, reprochant à l’exécutif de paver le chemin de l’Élysée à Marine Le Pen en amalgamant La France insoumise et «l’ultragauche».
«C’est très facile, dans une gestion de crise opportuniste où on voudrait en cinq minutes régler le problème», d’employer la «logique du bouc émissaire», a déploré sur BFMTV Dominique de Villepin, candidat putatif à l’Élysée, alors que l’exécutif pointe du doigt la responsabilité de La France insoumise dans les pillages et les saccages qui ont eu lieu le 17 octobre en marge de la mobilisation sociale. «Cette logique du bouc émissaire va enflammer le pays et mettre le feu à la République», s’est-il alarmé.
«Il y a eu des manquements, il y a des fautes qui ont été commises, il y a des responsabilités qui doivent être fixées» quant aux événements du 17 octobre, a insisté l’ancien fidèle de Jacques Chirac, aux responsabilités lors des émeutes de 2005. «Emmanuel Macron tombe dans le piège, comme Sébastien Lecornu», s’est exclamé l’ancien locataire de Matignon, pour qui «en pointant du doigt Jean-Luc Mélenchon, ils nourrissent le parti de l’ordre de Marine Le Pen».
«Mais enfin, de quelle culture politique sont-ils nourris ? Est-ce qu’ils savent ce que c’est que l’ultragauche ? En France, l’ultragauche déteste La France insoumise. Ce sont deux traditions qui sont littéralement opposées. (...) Nous savons bien que pour l’ultragauche, La France insoumise, c’est des mollassons», a indiqué celui qui continue de nourrir des ambitions présidentielles.
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Manifestations prévues ce week-end malgré les interdictions
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