
Des jeunes de 18 à 19 ans du projet Génération Paty ont présenté leur livre au collège Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine, où ils ont partagé leur expérience du procès des complices de l'assassinat du professeur et échangé avec des élèves de troisième sur la liberté d'expression et la propagation des rumeurs.
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Samuel Paty, professeur d'histoire, a été assassiné le 16 octobre 2020 à Conflans-Sainte-Honorine après avoir montré des caricatures de Mahomet en classe. Un engrenage de rumeurs, alimenté par un mensonge d'élève et exploité par des adultes, a conduit à sa mort par un terroriste islamiste.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.
Ils sont à peine majeurs, entre 18 et 19 ans, pourtant ils portent sur leurs épaules une lourde responsabilité. Celle de présenter leur livre Génération Paty. Le procès : les jeunes face à l'histoire, écrit pendant le procès de l'assassinat du professeur. Une prise de parole dans un lieu chargé de symboles et d'émotions, le collège même où Samuel Paty enseignait, à Conflans-Sainte-Honorine (Yveline). Une équipe de France Télévisions a été autorisée à en franchir les portes pour la première fois depuis le tragique attentat qui a coûté la vie au professeur d'histoire.
"Être ici, là où les faits se sont déroulés, c'est quelque chose d'assez prenant", livre une jeune membre du projet Génération Paty. Et Fousseny Bamba, également membre, d'ajouter : "C'est vrai que quand on arrive, ça fait une sorte de petit choc de se rendre compte que c'est ici que tout s'est passé. On a du mal à visualiser, on a du mal à se rendre compte."
Une prise de parole devant les collégiens actuels
Les trois jeunes que nous avons suivis ont ainsi pris la parole devant une classe de troisième. En 2025, ils ont vécu de l'intérieur le procès des complices du terroriste et ont donc partagé avec les plus jeunes qu'eux les heures d'audiences intenses auxquelles ils ont assisté.
"C'était une expérience hors du temps. Il y avait des militaires partout, des policiers. Il y avait le juge. On a les accusés qui sont dans une cage en verre. C'est hyper impressionnant, on se sentait tout petit", leur raconte Anna Simon, faisant elle aussi partie du projet consacré à Samuel Paty.
Ils ont par ailleurs pu rappeler leur vision de l'attentat, comme l'explique Fousseny Bamba : "C'est comprendre que ce n'était pas juste un assassinat, que c'était une atteinte à notre liberté d'expression. C'est-à-dire le droit à chacun de penser, de croire, de ne pas croire, de s'exprimer."
Les éléments qui ont conduit à la mort de Samuel Paty
Le 16 octobre 2020, Samuel Paty a été décapité à 300 mètres de son collège par un terroriste. Très rapidement, l'assaillant a été repéré par la police, qui lui a ordonné de se rendre. L'homme a refusé et a ensuite été abattu. À l'origine de ce drame figure un engrenage infernal qui s'est en partie joué au sein même de l'établissement.
Une élève a d'abord menti à ses parents au sujet du cours sur les caricatures de Mahomet montrées par le professeur. La rumeur a ensuite enflé parmi les élèves, accusant à tort l'enseignant d'être raciste et se propageant sur les réseaux sociaux. Puis des adultes ont instrumentalisé le conflit et des collégiens ont accepté, contre quelques centaines d'euros, de désigner Samuel Paty à l'assassin.
Susciter la réflexion chez les collégiens
Les élèves de troisième réunis lors de notre venue ont le même âge que leurs aînés venus leur parler, qui eux avaient été pris au cœur de la tourmente à l'époque. Ce fut ainsi l'occasion de les pousser à réfléchir, notamment sur la question de l'étude des caricatures. "Pour moi, il faudrait les garder au programme parce que sinon ça voudrait dire qu'on aura cédé aux menaces et à ce qui s'est passé avec M. Paty", estime un collégien. Et un de ses camarades de prendre le relais, au sujet de la propagation de rumeurs : "Une rumeur, on le sait maintenant, peut se propager assez vite et peut être très difficilement arrêtée."
"Est-ce que ça vous fait peur de voir cette violence qui s'immisce dans l'école ? Qui a ressenti de la peur ?", leur a ensuite demandé Anna Simon. La moitié des mains se sont levées en réponse à cette question. Et la jeune majeure d'enchaîner : "Sentez-vous légitime, vous êtes tous légitimes de sentir de la peine, de la colère, de l'incompréhension, de la peur, un traumatisme."
Les enseignants témoignent à leur tour
Ces échanges sont aussi le moment propice pour faire tomber des barrières. Les élèves se sont ainsi autorisé une question qu'ils n'avaient encore jamais osé poser à leur professeur, déjà en poste l'année de l'attentat : "Comment avez-vous vécu l'assassinat de Samuel Paty ?"
"Ça a été le choc, la sidération. Et petit à petit, il a fallu admettre que c'était un traumatisme dans ma vie personnelle aussi, d'apprendre que nos élèves à nous ont pu le dénoncer. Ça a été un deuxième choc. Malgré tout, j'avais un besoin compulsif d'être ici, de retrouver du sens, sinon plus rien n'en avait", a ainsi répondu Claire Loyau, professeur de lettres au collège Samuel Paty.
Un projet composé par 200 lycéens
Derrière le livre Génération Paty se trouvent en réalité 200 jeunes de sept classes de terminale. Grâce à l'Association française des victimes du terrorisme (AfVT), ils ont assisté au procès de l'attentat et ont rédigé une chronique judiciaire. Chaque jour d'audience a été résumé et dessiné.
À la fin de l'ouvrage, une question a été posée à tous ces jeunes : sont-ils la génération Paty ? Beaucoup répondent oui, mais certains ont une vision plus sombre, comme Laëlle Abalain Pommier : "Je ne pense pas qu'on soit la génération Paty aujourd'hui. Malheureusement, je pense qu'on est plus la 'génération attentat'. On est nés avec, on grandit avec et je pense qu'on va continuer de vivre avec."
Mais pour les adultes qui ont accompagné cette aventure, on entrevoit une lueur d'espoir. "Le lien prof-élèves, qui avait été cruellement endommagé par l'assassinat de notre collègue Samuel Paty, a été en quelque sorte réparé. C'est ce que disent les professeurs, ils le disent tous", assure Chantal Anglade, responsable de l'AfVT. Après ce projet marquant, de nombreux jeunes ont choisi la fac de droit ou les sciences politiques. Cette nouvelle génération est bien décidée à s'engager dans la lutte contre la barbarie terroriste.
AI outlook — possibilities, not facts
De jeunes participants au projet Génération Paty poursuivront des études en droit ou sciences politiques pour s'engager contre le terrorisme.
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