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Guillaume Gravier a construit son garage en octobre 2018 après avoir obtenu un permis de construire en avril 2018. La mairie d'Orléans affirme avoir réalisé des travaux de réfection du trottoir en juin 2018, avant la construction du garage, tandis que Guillaume Gravier soutient que le trottoir a été refait en 2020 sans pente, après sa construction.
Quelques centimètres en trop, une mairie qui refuse de rehausser le trottoir, et une bataille judiciaire de six ans. Cette mésaventure, Guillaume Gravier - « GG Tout Compris » sur les réseaux sociaux - a décidé de la partager dans une vidéo publiée le 23 août dernier. Elle est devenue virale et cumulait plus de 26 millions de vues au moment où sont écrites ces lignes.
« Je [vous] présente la marche la plus chère de toute ma vie », ironise cet Orléanais, en référence à ses deux passages en justice perdus, avant de s’expliquer plus en détail. Après avoir construit son garage, ce chauffagiste se retrouve avec une entrée quatorze centimètres plus haute que le trottoir. La faute, selon lui, à la mairie d’Orléans qui aurait refait le trottoir en supprimant la pente permettant d’accéder à son garage. Résultat : il serait impossible de rentrer sa voiture sans frotter le bas de caisse.
Face à la viralité de cette vidéo, le maire d’Orléans, Serge Grouard (divers droite), a répondu via son compte Instagram. « Ce monsieur est fort sympathique […] … Sauf que tout ce qu’il dit est faux, archi faux, c’est une remarquable fake news ».
FAKE OFF
Selon lui, la Ville d’Orléans n’y est pour rien. Elle n’aurait pas « fait n’importe quoi dans les travaux de réfection de la rue », comme cet habitant le laisse entendre. Il développe : « Quand la ville fait les travaux, son garage n’existe pas ». L’édile fait alors référence à des travaux de voirie achevés en juin 2018 dans la rue où réside Guillaume Gravier.
Ce dernier « commence les travaux de son garage en octobre 2018 », soutient le maire. « En toute logique, c’est à lui de s’adapter à ce qui a été fait par la ville ». Le permis de construire, lui, a été accordé en avril 2018. La construction du garage nécessitait le déplacement d’un compteur électrique et de casser une partie du trottoir. La collectivité impose alors des travaux de réfection du trottoir.
C’est à partir de ce moment que les versions divergent. Le chauffagiste soutient que le trottoir a été refait à plat. Le maire, de son côté, assure qu’il « n’y avait pas de pente avant qu’il ne fasse son garage » ; « le trottoir a toujours été plat, et a été refait à l’identique ».
Un manque de preuves selon la justice
Guillaume Gravier conteste ce dernier point, photos antérieures à la construction du garage à l’appui, dans une seconde vidéo. « On voit bien qu’il (le garage) est en total alignement avec mon fameux seuil de portail. Tout du long, il n’y a aucune différence de hauteur », explique le chauffagiste. Ce dernier martèle que le trottoir situé devant son garage a été refait en 2020 sans la pente initiale.
Par deux fois, la justice a jugé qu’il manquait de preuves. « Il ne ressort d’aucune pièce du dossier que la configuration du trottoir résulterait des travaux de reprise du revêtement de la chaussée réalisés en 2020 », peut-on lire dans la décision rendue par la Cour administrative d’Orléans (visible ici). « Le constat d’huissier du 2 novembre 2020 produit par les requérants, […] n’est pas de nature à établir que la différence de niveau entre le trottoir et la porte du garage résulterait des travaux de reprise du revêtement de 2020 ».
La décision de la Cour administrative d’appel de Versailles (visible ici) est identique : « Il ne ressort pas des constats d’huissier précités que la reprise de l’enrobé du trottoir effectuée au début de l’année 2020 […] présente une pente différente entre l’alignement de la propriété des requérants et la bordure du trottoir au droit de leur garage ». Il en est de même pour « la différence de niveau entre le trottoir et la porte du garage [qui] résulterait de ces travaux de reprise du revêtement effectués par la métropole d’Orléans ».
En revanche, les deux juridictions ne nient pas l’existence de cette différence de niveau. Elles ne disent pas non plus que Guillaume Gravier a mal construit son garage ou raconté des « fake news », comme cela est avancé par le maire d’Orléans. Celui-ci est également contredit sur le fait que le trottoir serait resté plat : les « travaux de réfection du trottoir […] réalisés en juin 2018 » ont « conduit à la création d’une dépression ».
Pente à 15 % selon le maire, 12,5 % selon l’habitant
Autre point de discorde entre les deux parties : le taux d’inclinaison de la pente en cas de mise à niveau du trottoir devant le garage. Selon le maire, cette pente serait de « 15 % ». Auprès de nos confrères de France 3 Centre-Val-de-Loire, il interroge : « Vous voyez ce que ça fait, 15 % ? Sur le Tour de France, ils galèrent déjà à 9 ou 10 %. C’est de l’espace public, on ne fait pas une pente raide en travers. »
Un taux d’inclinaison démenti, outils en mains, par Guillaume Gravier dans sa seconde vidéo. « On est à 12,5 % », démontre-t-il, avant d’ironiser sur la difficulté de marcher sur des trottoirs inclinés à 15 %. De nombreux internautes, à travers des vidéos humoristiques, se sont également moqués de la difficulté de marcher sur de telles pentes.
Sur ce point précis, ni Guillaume Gravier ni le maire d’Orléans n’ont tort. Le tribunal administratif d’Orléans et la cour administrative d’appel de Versailles ont retenu dans leurs décisions la création d’une pente qui serait « de l’ordre de 11 à 15 % ». Celle-ci est « de nature à créer une gêne pour la circulation », peut-on lire dans la décision de la Cour administrative d’appel.
L'actualité dans le Loiret
La décision de la Cour administrative d’appel de Versailles indique également que l’impossibilité de rentrer une voiture dans le garage n’a pas été établie. Par manque de preuves là encore.
Contacté dans le cadre de cet article, Guillaume Gravier n’était pas revenu vers nous au moment de la publication de l’article. La mairie d’Orléans, contactée via son service presse, n’avait pas répondu à nos questions.
AI outlook — possibilities, not facts
Guillaume Gravier pourrait saisir une nouvelle juridiction ou demander une expertise supplémentaire pour prouver son préjudice.
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