Les spécialistes de la santé mentale constatent une augmentation des consultations pour éco-anxiété cet été, portée par les canicules à répétition et les sécheresses.
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L'éco-anxiété est une détresse psychologique liée aux menaces du dérèglement climatique et aux catastrophes environnementales.
«Ma patientèle a augmenté d’un tiers depuis la première canicule du mois de mai », témoigne Charline Schmerber, psychopraticienne et cofondatrice du Réseau des professionnels de l’accompagnement face à l’urgence écologique (Rafue). La thérapeute le constate à chaque nouvelle vague de chaleur extrême : des personnes souffrant d’éco-anxiété l’appellent pour être prises en charge. « A chaque canicule, j’ai de nouveaux patients mais c’est le premier été où j’ai autant de demandes de rendez-vous », reconnaît-elle. Pierre-Eric Sutter, psychologue psychothérapeute et président de la Maison des éco-anxieux, est même « contraint de refuser des patients par manque de disponibilité ».
Feux de forêt, canicules à répétition, sécheresse, restrictions d’eau… Cet été, les conséquences du dérèglement climatique sont plus que jamais sous nos yeux. Face à ces catastrophes, de plus en plus de personnes se sentent impuissantes et se retrouvent dans une détresse psychologique. C’est le cas d’Elodie. « La canicule de juin m’a déclenché des angoisses de fin du monde, de voir mes enfants vivre dans un monde sans vie animale, sans flore, s’alarme cette mère de 35 ans qui vit en région lyonnaise. J’ai perdu l’appétit, j’ai fait des insomnies… J’ai fini par consulter une psy en urgence et j’ai pleuré pendant toute la séance. »
Depuis la première canicule de mai, Charline Schmerber a reçu des demandes de consultation pour des personnes âgées de 9 à 80 ans. Parmi les nouveaux patients franchissant la porte de son cabinet montpelliérain, la thérapeute recense deux catégories de personnes. « Il y a d’un côté celles déjà sensibilisées à ces questions mais qui n’ont pas trouvé de stratégie pour y faire face et, de l’autre, celles qui viennent d’en prendre conscience, sont sidérées et n’ont pas encore compris l’aspect systémique du problème. »
Si Pierre-Eric Sutter a vu son premier patient éco-anxieux en 2017, depuis, les choses ont bien changé. « A chaque pic de canicule, je n’ai quasiment que des nouveaux patients qui me consultent pour cela. » Charline Schmerber reconnait un biais dans leur constat, étant tous deux spécialisés dans les questions écologiques. Au Syndicat national des psychologues (SNP), le phénomène semble en revanche moins visible. Nadia Souakir, membre du bureau national du SNP, dit pour sa part n’avoir « jamais reçu de patient » lui parlant d’éco-anxiété.
Selon une étude de l’Ademe (Agence de la transition écologique) publiée en 2025, 4,2 millions de Français étaient fortement ou très fortement éco-anxieux. Mais selon une nouvelle enquête de l’Observatoire de l’éco-anxiété, encore non publiée, 1,1 million de Français supplémentaires auraient développé une forte éco-anxiété lors des pics de canicule de l’été 2026. « Ce que montre cette étude, c’est qu’avant 2026, certaines régions comme la Normandie et la Bretagne étaient moins touchées par cette problématique, rapporte Pierre-Eric Sutter, président de l’Observatoire de l’éco-anxiété. Aujourd’hui, il n’y a plus de différence entre régions. Tout le monde peut être concerné. »
Une hausse dont le gouvernement a bien conscience. Dans une publication diffusée le 22 juillet sur les réseaux sociaux, il conseille notamment de « mettre des mots sur ce que l’on ressent » et d'« identifier ce qui dépend de soi ». Des recommandations qui ont suscité de nombreuses réactions critiques sur les réseaux sociaux.
Les spécialistes insistent : l’éco-anxiété n’est pas une maladie mais une réaction lucide et légitime face aux crises environnementales. Il existe toutefois des degrés et les plus élevés peuvent être pathologiques et déboucher sur un trouble anxieux généralisé ou une dépression. « J’apprends à mes patients à apprivoiser leur éco-anxiété et à vivre avec un niveau tolérable qui est moteur pour l’action, explique Charline Schmerber. Il faut accepter d’être impuissant au niveau mondial mais il est possible de s’engager, selon sa personnalité, à l’échelle locale. »

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