Les trois catapultes électromagnétiques destinées au futur porte-avions français ont été commandées auprès de l'industriel américain General Atomics, malgré les doutes soulevés par Donald Trump.
Malgré les propos de Donald Trump favorable au retour de la vapeur, les trois catapultes électromagnétiques du futur porte-avions français France Libre ont été commandées auprès de General Atomics pour environ 1,2 milliard d'euros.
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La France développe le porte-avions France Libre destiné à remplacer le Charles de Gaulle d'ici 2038.
Malgré le trouble jeté au milieu de l’été par Donald Trump, les trois catapultes électromagnétiques américaines du futur porte-avions France Libre ont bel et bien été récemment commandées.
Le président américain avait en effet déclaré mi-août vouloir revenir, pour les futurs porte-avions de l’armée américaine, aux anciens modèles de catapultes à vapeur, technologie qu’il a qualifiée de « plus fiable ». Ce qui pourrait menacer l'avenir de la technologie électromagnétique, appelée aussi Emals (ElectroMagnetic Aircraft Launch System), et par conséquent les catapultes du France Libre.
20 Minutes fait le point sur les enjeux autour de ces catapultes électromagnétiques, dont le coût - environ 1,2 milliard d’euros - va peser pour environ 10 % du coût total du porte-avions, estimé entre 10 et 12 milliards d’euros.
Pourquoi passer aux catapultes électromagnétiques ?
« Il n’y a pas mieux aujourd’hui que la catapulte électromagnétique pour catapulter des aéronefs très vite », assure à 20 Minutes le député du Var Yannick Chenevard (Ensemble), rapporteur du budget de la Marine à l’assemblée. Les catapultes à vapeur type C13, adaptées jusqu’à la génération actuelle d’aéronefs et actuellement utilisées sur le Charles de Gaulle, sont « moins flexibles d’emploi », nous explique la Marine nationale.
« Le système à vapeur peut maintenir un rythme de lancement élevé, mais avec une cadence plus lente, poursuit la Marine. La remise en batterie est plus longue car elle dépend du remplissage en vapeur, du rétablissement de la pression et de la stabilisation de l’installation. Les Emals réduisent sensiblement cette phase ». Autre avantage : « la technologie électromagnétique libère énormément de place par rapport à une catapulte à vapeur, ce qui va permettre de bénéficier de trois catapultes sur le France Libre [contre deux sur le Charles de Gaulle] » avance encore Yannick Chenevard.
Grâce à ces deux atouts, « le temps nécessaire pour catapulter une vingtaine d’aéronefs sera divisé par deux environ », poursuit la Marine nationale, qui pourra aussi « mieux répartir les lancements et mettre en œuvre davantage d’aéronefs en parallèle ».
Par ailleurs, « la technologie Emals permet une grande polyvalence, souligne le député du Cher (Ensemble) François Cormier-Bouligeon, rapporteur budgétaire pour la Défense nationale. On pourra faire décoller tout type d’appareils, comme le Rafale F5 et des drones longue portée, što ce n’est pas possible avec les catapultes vapeur. C’est crucial car le France Libre [qui doit entrer en service en 2038] va naviguer jusqu’à la fin du XXIe siècle et emportera probablement dans les prochaines décennies autant d’avions de chasse habités que d’avions de chasse inhabités ».
Le système électromagnétique permettant de régler plus finement l’énergie transmise à chaque appareil, « l’accélération est par ailleurs moins brutale, ce qui réduit les à-coups et les contraintes exercées sur la cellule et le train avant des aéronefs » pointe encore la Marine nationale. « C’est également un système moins bruyant, ce qui est primordial pour le confort des militaires sur le porte-avions » ajoute François Cormier-Bouligeon.
Y a-t-il un risque de dépendance envers les Etats-Unis ?
Toute la base industrielle et technologique de défense (BITD) française va être mobilisée pour la construction à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) du France Libre. « Plus de 90 % des achats nécessaires au programme seront réalisés en France. Ces achats seront effectués auprès d’un tissu d’environ 800 fournisseurs, dont plus de 600 PME et ETI », souligne le constructeur Naval Group.
Les catapultes électromagnétiques représentent une grande partie des 10 % restant, à l’issue d’un contrat d’environ 1,2 milliard d’euros passé auprès de l’industriel General Atomics. Ce qui interroge sur la dépendance envers les Etats-Unis en cas de forte dégradation des relations entre les deux pays. « Nous sommes déjà dépendants avec l’actuel système des catapultes à vapeur, puisque c’est aussi une technologie américaine. Or la coopération avec les Etats-Unis n’a jamais fait défaut, y compris lors de moments de tensions comme la guerre en Irak », avance le député François Cormier-Bouligeon.
Les déclarations de Donald Trump peuvent-elles remettre en cause la technologie Emals ?
Au-delà du risque de dépendance, la menace qui pèse sur la filière des catapultes électromagnétiques après que Donald Trump a annoncé vouloir revenir à la technologie à vapeur n’est-elle pas encore plus grande ?
« Aucun risque technique ou industriel particulier n’est identifié pour la fabrication des catapultes électromagnétiques destinées au France Libre, ou leur entretien dans les prochaines décennies, estime la Marine nationale. Les trois premiers porte-avions qui sont soit en service [USS Gerald R. Ford], soit en construction [USS John F. Kennedy et USS Enterprise] au sein de l’US Navy, sont déjà équipés de catapultes électromagnétiques. La chaîne de fabrication et d’entretien de ces catapultes est donc active et sera maintenue. La Direction générale de l’armement est en lien avec ses homologues américains qui conduisent eux-mêmes leurs propres analyses à ce sujet. » La commande a d’ailleurs bel et bien été récemment notifiée auprès de General Atomics, a révélé Mer et Marine.
« Tous les spécialistes dans le monde savent que ce type de déclaration [de Donald Trump] relève de l’inconséquence, analyse le député Yannick Chenevard. Vouloir revenir aux catapultes à vapeur serait non seulement irresponsable mais ferait de surcroît prendre un retard énorme dans le renouvellement des porte-avions de la classe actuelle, et cela coûterait une fortune à la Navy. Je suis convaincu que cela n’ira pas dans cette direction ». « C’est une décision non rationnelle, estime aussi François Cormier-Bouligeon. Mais quelle que soit la décision de Trump, la technologie continuera à être développée et entretenue pendant des décennies, cela nous laissera du temps pour conquérir nous-mêmes des briques de souveraineté sur ces Emals ».
La France peut-elle développer elle-même cette technologie Emals ?
Lors de l’actualisation de la Loi de programmation militaire, les députés Yannick Chenevard et Jean-Louis Thiériot ont déposé un amendement pour que soit étudiée la faisabilité de la réalisation de catapultes électromagnétiques en France. « Pas pour le France Libre mais pour l’avenir, d’autant plus que rien ne dit que nous n’allons pas avoir besoin d’un deuxième porte-avions [un "sister ship"] compte tenu de la dégradation de la situation internationale », explique Yannick Chenevard.
« Les Etats-Unis possèdent 11 porte-avions, nous en avons un : développer notre propre industrie de catapulte électromagnétique à l’échelle d’un porte-avions, ce serait très long et coûteux : entre 3 et 5 milliards d’euros et entre 15 et 20 ans de développement, souligne François Cormier-Bouligeon. Quant à la question du "sister ship", je ne dis pas que je suis contre, mais pour quel usage, et comment le financer ? À cette heure, ce n’est pas envisageable, sachant que nous avons déjà doublé le budget de la défense pour passer à 436 milliards d’euros pour la période 2024-2030. »
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Entrée en service du porte-avions France Libre en 2038
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