"Il y a eu un dysfonctionnement majeur de l'État dans l'une de ses missions régaliennes", affirme le politologue Bruno Cautrès après les violences du 17 octobre
Entretien avec Bruno Cautrès sur le refus d'Emmanuel Macron d'accepter la démission de Laurent Nuñez.
Quick Look
Analyse par le chercheur Bruno Cautrès de la décision d'Emmanuel Macron de refuser la démission du ministre et des défis liés au maintien de l'ordre en France.
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Why It Matters
Débats sur le principe de responsabilité ministérielle suite à un dysfonctionnement des forces de l'ordre.
Louise Bernard : Emmanuel Macron aurait-il dû accepter la démission de Laurent Nuñez ?
Bruno Cautrès : C'est compliqué. Il y a eu un défaut majeur, un dysfonctionnement majeur de l'État dans l'une de ses missions régaliennes, une des plus importantes : nous assurer notre paix, notre sécurité civile. Il y a un ministre qui est en poste. Beaucoup de Françaises et de Français disent : 'Moi, si ça m'arrive dans mon travail, forcément, il y aura des conséquences'. Il faut que le principe de responsabilité joue. Il faut rappeler l'article 8 de la Constitution, qui dit que le président de la République nomme le Premier ministre, sur proposition du Premier ministre, il nomme les ministres, et aussi il met fin à leurs fonctions. Ce détail est très important. Le ministre peut présenter sa démission et le chef de l'État peut la refuser.
Lundi matin, l'Élysée a reconnu des défaillances et qu'il fallait changer de méthode. Pourquoi Emmanuel Macron n'a-t-il pas annoncé ce changement de méthode dès dimanche soir lors de sa prise de parole ?
Je pense que c'est plutôt une stratégie de communication bien pensée. Le chef de l'État vient pour incarner sa fonction de chef de l'État. Il y a un moment gravissime que le pays vit. Le chef de l'État vient rappeler, au fond, les règles du jeu, le respect de la loi, la violence condamnable dans tous les cas de figure. Le chef de l'État est dans son rôle en rappelant cela. Et dans une deuxième étape, il s'agit d'enclencher un moment de communication, axé sur la dimension 'maîtriser la sécurité du pays'. Donc ne pas changer le ministre de l'Intérieur parce qu'il y a une problématique immédiate qui est celle de l'organisation des prochaines mobilisations en matière de sécurité. J'imagine que s'il y avait à nouveau un défaut de sécurité intérieure, là, ça serait simplement intenable qu'Emmanuel Macron dise : 'Je maintiens ma confiance au ministre qui est en poste'. Bien évidemment, il lui redonne une deuxième chance.
Il y a aussi un autre sujet dans le calendrier : le chef de l'État n'a plus beaucoup de temps. Il entame son dernier semestre à l'Élysée, les six derniers mois. C'est très difficile, sur un calendrier aussi restreint, de changer une position à l'intérieur du gouvernement, de trouver une personne qui a la compétence d'incarner la sécurité publique, qui envoie un message à l'opinion qu'il y a quelque chose qui se passe. Donc, pour le moment, une deuxième chance est donnée au ministre de l'Intérieur, mais sous réserve qu'il n'y ait pas à nouveau de défaut majeur de sécurité.
N'y a-t-il pas un problème avec le maintien de l'ordre depuis qu'Emmanuel Macron est élu ?
Quand Laurent Nuñez avait été nommé préfet de police de Paris, il succédait à un préfet de police qui avait incarné un modèle de maintien de l'ordre qui avait fait de grands dégâts et des controverses très importantes dans l'espace public. À la fin de la crise des Gilets jaunes, Laurent Nuñez avait pris la place de M. Lallement, et beaucoup avaient souligné à la fois son très grand professionnalisme, le fait qu'il incarnait une nouvelle doctrine du maintien de l'ordre. Tout le monde s'attendait à ce que Laurent Nuñez, professionnel aguerri des questions de sécurité, ne puisse pas connaître un dysfonctionnement aussi important. Il est donc fondamental que dans les jours qui arrivent, l'État nous dise ce qui s'est passé, où était le défaut. Est-ce que c'est du côté du renseignement, du côté de la répartition des forces de l'ordre ? Mais nous, on a vraiment besoin de savoir ce qui s'est passé.
L'allocution d'Emmanuel Macron n'est pas suffisante comme réponse aujourd'hui ?
Non, ce n'est pas du tout suffisant. Le chef de l'État n'a même pas esquissé des pistes de propositions concrètes. Les lycéens, quand on les écoute, ils ont des demandes extrêmement empiriques et concrètes. Ils sont dans des urgences. Il faut que l'État réponde à ces demandes.
What to Watch
AI outlook — possibilities, not facts
Prochaines mobilisations sociales sous surveillance accrue de la sécurité.
Likely · Within days
Open Questions
- Quelles ont été les causes exactes du dysfonctionnement sécuritaire ?
- Quelles seront les mesures concrètes prises par l'exécutif ?






