Impact carbone : les plateformes de revente en ligne émettent plus que les boutiques solidaires
Selon un rapport d'Oxfam France, acheter sur les plateformes numériques de seconde main génère jusqu'à 5 fois plus de CO2 qu'en boutique solidaire, menaçant le modèle des associations.
Quick Look
Un rapport d'Oxfam France révèle que les plateformes de seconde main en ligne émettent jusqu'à cinq fois plus de CO2 que les boutiques solidaires, pénalisant les associations caritatives confrontées à une baisse de qualité des dons.
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Why It Matters
Un rapport d'Oxfam publié le 10 septembre compare l'impact carbone de différents circuits de seconde main en France.
Un débardeur jaune vif ou une jupe fleurie à 5 euros ? Dans les rayons de boutiques de seconde main comme le Dressing d’Oxfam à Paris, il est possible de dénicher un vêtement qui a déjà été porté à petit prix. Mais comme pour les friperies indépendantes, à l’image de Kilo Shop qui va fermer son antenne à Rennes, les circuits solidaires pâtissent de la concurrence des plateformes numériques, comme Vinted.
Dans un rapport paru le 10 septembre, Oxfam France montre qu’acheter sur les plateformes de revente en ligne émet jusqu’à 5 fois plus d’équivalent CO2 qu’en boutique solidaire. Pour aboutir à cette conclusion, le cabinet RDC Environnement a comparé le cycle de vie d’un paquet de 5 kg de vêtements à travers trois modèles de seconde main. Ceux-ci prennent en compte les étapes du tri jusqu’à la revente dans les magasins de l’économie sociale et solidaire (ESS), les friperies commerciales et les plateformes de revente en ligne.
Dans le premier cas, l’empreinte carbone est de 0,6 kg de CO2, de 2,9 kg dans le deuxième et 3,1 kg pour le dernier. Contactée, l’entreprise lituanienne Vinted indique qu’elle ne considère pas sa plateforme comme étant « un substitut aux associations caritatives, mais comme un levier complémentaire », en permettant aussi aux associations de vendre sur Vinted Pro.
Les transports, première source d’émissions de CO2
C’est tout d’abord en raison des transports et de la chaîne de tri mise en place que la vente de vêtements de seconde main émet plus de CO2 dans certains modèles. « Les plateformes en ligne haben besoin d’énormément de logistique avec l’envoi de colis, de transport, de relais, ou d’éventuels retours, indique Eloïse Bazin, responsable du rapport chez Oxfam. Cela génère du trafic et plus de CO2 émis. » De son côté, Vinted explique vouloir réduire ses émissions liées au transport de 52 % d’ici à 2030 et précise que « même en tenant compte du transport, l’achat de seconde main sur la plateforme permet d’éviter en moyenne 2,39 kg d’équivalent CO2 par article par rapport à un achat neuf ».
En France, Oxfam possède huit boutiques solidaires, qui prennent en charge localement les différentes étapes de tri, collecte et revente. Pour les vêtements vendus dans les friperies commerciales, le tri peut aussi être externalisé et avoir lieu dans un pays tiers. Une partie des textiles est ainsi envoyée vers des pays européens comme l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Espagne, ou, des pays aux salaires plus bas, comme en Tunisie, en Turquie, au Pakistan ou aux Émirats arabes unis.
« On est dans la même logique que la fast fashion, poursuit Eloïse Bazin. On préfère produire en Asie qu’en France, parce que ça coûte moins cher. » En France, selon le rapport de l’éco-organisme Refashion, environ 260.000 tonnes de vêtements, chaussures ou textiles maison ont été collectées en 2022. Mais le pays n’a pu en trier que 188.000 tonnes, sur un volume de 827.000 tonnes mises sur le marché.
La fast fashion, « une baisse intrinsèque de la qualité »
« On constate avec l’essor des plateformes en ligne ou des magasins lucratifs physiques que la crème va plutôt dans ces réseaux-là, explique Julie Lannoy, responsable des magasins Oxfam France et porte-parole mode responsable et solidaire. Or, la crème des vêtements, ce sont les produits qu’on peut revendre à un prix permettant de faire fonctionner les structures du réemploi solidaire. » En parallèle, l’ultra fast fashion a augmenté les dons de moins bonne qualité.
Des observations que partage également Emmaüs. « Dans la réalité des structures, c’est très palpable, on a une baisse intrinsèque de la qualité, avec des vêtements qui se déforment facilement, se décolorent, dont les coutures ne tiennent pas, détaille Tarek Daher, délégué général d’Emmaüs France. Ça ne se revend pas en l’état. » D’après lui, en se basant sur les chiffres de l’éco-organisme Refashion, Emmaüs atteignait un taux de 64 % de réemploi et réutilisation en 2014. En 2024, il est tombé à 56 %.
Pour Oxfam, les plateformes en ligne détournent aussi la seconde main des objectifs de l’économie sociale et solidaire, comme créer du lien, éviter la surconsommation de vêtements. « Aujourd’hui, l’achat sur ces plateformes n’est pas vu pour se substituer au neuf, mais pour acheter en plus du neuf, regrette Eloïse Bazin. Comme on est dans une logique lucrative, l’objectif n’est pas de faire des déchets évités, de sensibiliser les gens, mais de vendre un maximum avec des techniques marketing », comme des notifications envoyées pour inciter à l’achat. Dans cette même logique, l’ONG voit aussi l’apparition de ce qu’elle appelle la « fast seconde main », avec la création de corners de seconde main dans les magasins qui proposent aussi des bons d’achat en échange.
Un modèle économique menacé
Dans le mouvement Emmaüs, c’est sa mission principale qui paraît menacée, puisqu’il est le premier collecteur de textiles en France, avec environ 150.000 tonnes. « Le cœur de notre modèle économique, c’est d’avoir une activité de réemploi des textiles rémunératrice et qui fait venir des gens. Si vous perdez ce qui est le plus attendu par vos clients, les textiles, cela perturbe l’économie de votre modèle, souligne Tarek Daher. Et nous derrière, on finance un modèle social d’hébergement, d’accueil, de solidarité. »
Sur les 300 structures du mouvement, 200 travaillent principalement sur le réemploi, et, donc, le textile. Une équation économique complexe alors que six vêtements de seconde main sur dix passent aujourd’hui par des circuits lucratifs, selon le rapport. Pour y faire face, les associations appellent à réduire de 30 % les volumes textiles mis sur le marché d’ici à 2035 et à financer durablement le réemploi solidaire.
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Réduction des volumes textiles mis sur le marché d'ici 2035 demandée par les associations.
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Open Questions
- Quelles mesures concrètes seront prises pour réguler les plateformes en ligne ?
- Comment les associations vont-elles compenser la baisse de qualité des dons ?





