
Un mois après son déploiement expérimental, l'efficacité et le coût de l'A400M pour la lutte contre les feux de forêt sont vivement contestés par les pilotes de la Sécurité civile.
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L'A400M a été testé en juillet 2026 en Gironde pour larguer du retardant via un kit spécial développé par Airbus. Ce dispositif est encore en phase expérimentale.
Mobilisé en urgence fin juillet pour lutter contre les incendies en Gironde, l’A400M a réalisé six largages de retardant en trois jours. Un mois plus tard, son efficacité reste difficile à évaluer et son coût élevé interroge, alors que les pilotes de la Sécurité civile contestent l’intérêt opérationnel de cette expérimentation.
Il avait été déployé dans l'urgence. Le 25 juillet 2026, alors qu'un incendie ravageur sévit en Gironde, un avion militaire A400M équipé d'un kit spécial est mobilisé en renfort des moyens aériens déjà sur le terrain. Encore en phase d'expérimentation, le dispositif créé par Airbus a été demandé par le ministère de l'Intérieur et des Armées.
Mais un mois après, quel bilan tirer de l'intervention de l'A400M face aux incendies ? Pour l'heure, il est difficile à établir. Aucun chiffre officiel n'a été publié, mais d'après les trajets publiés par le site spécialisé FlightRadar24, l'avion militaire d'Airbus aurait réalisé six largages en Gironde, soit un total de 120 tonnes de retardant.
Six allers-retours entre la base d'Istres et le Sud-Ouest : deux le 25 juillet, un le 26 juillet puis trois le 27 juillet, soit trois jours d'intervention. Ensuite, l'appareil n'a plus survolé la région.
Les pilotes dénoncent une opération de communication
"On ne connaît toujours pas le résultat. Il ne nous a pas été communiqué", indique Éric Durand, secrétaire général adjoint du Syndicat National du Personnel Navigant de l’Aéronautique Civile (SNPNAC). "Nous ne pouvons pas faire de bilan. Nous attendons la fin de la saison pour analyser son emploi", a quant à elle expliqué la direction générale de la sécurité civile à nos confrères de Franceinfo. Pour Éric Durand et les autres professionnels de l'aéronautique civile, ce déploiement n'était rien d'autre qu'une opération de communication.
"Pour moi, clairement, ce largage n'a servi à rien."
"C'était un largage médiatique et politique pour éteindre une polémique. C'était une expérimentation, mais on ne fait pas d'expérimentation sur un feu de forêt, ce n'est pas un terrain de jeu. Il y a des gens qui sont menacés, des maisons qui brûlent, des pompiers qui sont en contact", fustige le pilote de Canadair.
"Une zone qui n'était pas directement menacée"
Le 24 août dernier, le SNPNAC a fait savoir son mécontentement au travers d'un communiqué. Le syndicat parle du déploiement de l'A400M comme une situation "où la communication prend le pas sur l’opérationnel au détriment de la sécurité aérienne et de celle des personnes au sol."
"Pendant qu'on éteignait des feux de forêt, l'A400M faisait son show pour montrer qu'il était capable de larguer 20 tonnes de retardant dans une zone qui n'était pas directement menacée. C'était une zone où l'on pouvait mettre des caméras relativement proches pour pouvoir le filmer", juge Eric Durand.
Le SNPNAC mentionne également que les autres avions engagés (Canadair, Dash-8 et Beech 200) ont dû interrompre leur manœuvre aérienne pour permettre à l'A400M d'être filmé. "Les Dash qui étaient en train de larguer du retardant à un endroit beaucoup plus utile, ont été obligés d'attendre que l'A400M ait fait sa reconnaissance"; regrette le pilote de Canadair.
Grande capacité, mais vitesse limitée
"Toutes les lignes de retardant que l'A400M a pu déposer, c'est toujours ça en plus. A priori, les retours opérationnels sont plutôt bons, mais c'est plus une question de coût par rapport à son efficacité qui interroge" a expliqué Xavier Tytelman, expert en aviation à Franceinfo.
L'A400M est équipé d'un réservoir de 20.000 litres, une capacité deux fois plus importante qu'un Dash (10.000 litres), et près de quatre fois plus qu'un Canadair (6.000 litres). Mais ce dernier écope et remplit ses réservoirs en quelques dizaines de secondes, tandis que l'A400M doit revenir se charger sur les pélicandromes, bases où se trouvent des réservoirs d'eau ou de retardant.
C'est pour cela que l'A400M a dû réaliser des allers-retours entre Istres et la Gironde, tandis que les Canadairs ont écopé sur les plans d'eau à proximité du feu, tandis que les Dash-8 ont pu se fournir sur le pélicandrome de Cazaux (Gironde), pas assez développé pour recharger efficacement l'A400M.
Un coût qui pose question
Malgré sa capacité plus importante, ses rotations très longues le rendent donc moins efficace à long terme qu'un Canadair, et "à peine mieux qu’un Dash" selon Eric Durand. De plus, une heure de vol d'A400M est estimée à 32.000 euros, tandis qu'elle s'élève à environ 16.000 euros pour un Canadair, et 12.600 euros pour un Dash selon un rapport du Sénat.
Une question économique se pose alors, alors que les professionnels demandent un renouvellement de la flotte aérienne actuelle, vieillissante. L'utilisation de l'A400M pour lutter contre les incendies n'en reste pas moins une bonne idée, mais elle doit être perfectionnée.
"Le jour où il sera efficace, il aura sa place"
"Bien évidemment, c'est un moyen qu'il faut étudier. Il faut poursuivre l'expérimentation et procéder à des améliorations de ce kit. Il faut que cet avion puisse travailler avec nous l'hiver pour s'entraîner. Le jour où il sera efficace, il aura pleinement sa place dans l'opération aérienne de lutte contre les feux de forêt. Mais aujourd'hui, ce n'est pas le cas", explique Éric Durand.
Reste à savoir si des commandes seront faites par l'État auprès d'Airbus, qui développe le kit. L'avionneur européen envisage fortement de lancer une production de kits en série, mais cela va dépendre des commandes des différents pays. Pour l'heure, le kit utilisé lors de l'incendie en Gironde est le seul existant.
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