Interpellation d'un lycéen à Belfort : deux versions s'opposent sur une possible tentative de noyade
Quick Look
- Un lycéen de 17 ans a porté plainte pour tentative de meurtre contre un commandant de police à Belfort, l'accusant d'avoir voulu le noyer dans un ruisseau lors de son interpellation lors d'un mouvement de contestation lycéenne.
- Le procureur dément fermement cette version, affirmant que l'adolescent est tombé à l'eau en fuyant et que les images ne permettent pas de confirmer une immersion de la tête.
- Le policier, en civil et chef du renseignement territorial, affirme avoir agi pour extraire un jeune identifié comme casseur.
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Why It Matters
L'interpellation s'est déroulée dans le cadre d'un mouvement de contestation dans les lycées à Belfort, où des violences et des dégradations avaient été constatées les jours précédents, notamment des incendies de poubelles. Environ 200 jeunes étaient rassemblés aux abords du lycée Gustave Courbet vendredi matin vers 9h15.
Une vidéo et deux versions diamétralement opposées. L’interpellation, vendredi, d’un lycéen dans un cours d’eau de Belfort est-elle conforme au code de procédure pénale ? L’adolescent, âgé de 17 ans, a porté plainte pour tentative de meurtre contre le commandant de police, l’accusant d’avoir cherché à le noyer. Une version fermement démentie par le procureur de la République, Paul-Edouard Lallois. Lorsque les enquêteurs ont demandé au suspect « s’il pensait que le policier avait tenté de le noyer, il a répondu par la négative », a indiqué dimanche soir le magistrat. Les images, partiellement occultées par la végétation, ne permettent pas d’établir avec certitude si le jeune homme a eu la tête immergée.
Pour comprendre l’affaire, il faut replacer cette vidéo dans la chronologie des événements. Vendredi matin vers 9h15, environ 200 jeunes sont rassemblés aux abords du lycée Gustave Courbet de Belfort, dans le cadre du mouvement de contestation dans les lycées. Selon le procureur, une cinquantaine se livre à des violences. La présence sur le terrain de ce commandant de police expérimenté, chef du service départemental du renseignement territorial, s’explique principalement par le durcissement du mouvement lycéen. Quelques dégradations – notamment des incendies de poubelles - avaient été constatées les jours précédents.
« Il a voulu le menotter pour l’extraire des lieux »
« Normalement, les agents des renseignements n’interviennent jamais sauf s’il y a un péril imminent, simplement parce qu’à partir du moment où tu t’exposes, c’est fini, t’es grillé, précise une source policière. Leur rôle dans ces mouvements est de prendre des photos, renseigner les liens… » L’officier, qui était en civil, a expliqué pendant son audition avoir pris la décision d’interpeller le lycéen après avoir été témoin de violences et constaté que ses collègues étaient occupés. « Il est avant tout policier ; lorsqu’il a vu que ce jeune voulait commettre des incendies, il a décidé de le menotter pour l’extraire des lieux », insiste Gaëlle James, secrétaire générale de Synergies-Officiers, le syndicat auquel appartient ce commandant de 59 ans.
Le procureur de la République de Belfort a précisé à 20 Minutes que cet agent avait « formellement » identifié l’adolescent « comme appartenant à un groupe de casseurs ». Il l’a d’abord suivi à distance mais « voyant qu’il allait se camoufler en contrebas d’une pente, près d’un ruisseau que l’on appelle La Savoureuse, […] il est allé à sa rencontre, lui notifiant sa qualité de policier. L’individu a alors tenté de prendre la fuite. » Une version que réfute l’adolescent dans sa plainte, révélée par BFM. Le lycéen dit avoir « été saisi par un individu » dont il ignorait la qualité de policier et « emmené près d’un cours d’eau ». Contacté, son avocat, Me Arié Alimi, n’a pas donné suite.
Deux versions opposées
Selon l’officier de police, c’est en cherchant à prendre la fuite que l’adolescent est tombé dans l’eau, l’entraînant dans sa chute. « Il a alors tenté de lui passer les menottes, le plaçant sur la berge face au sol », assure le procureur, qui rappelle par ailleurs qu’il y avait « au maximum » 19 cm d’eau. Me Arié Alimi, qui a accusé le magistrat de mentir, a demandé le dépaysement de l’enquête.
Car la version de son client est aux antipodes. « L’individu a maintenu la tête de Monsieur R. pendant un long moment afin de mettre fin à sa vie. Monsieur R. s’était débattu pour se dégager, sans y parvenir », indique la plainte. Et de préciser : « L’auteur a exprimé sa volonté de lui donner la mort, dans la mesure où il a maintenu la tête du mineur, qui se débattait et n’arrivait plus à respirer sous l’eau. » Selon l’avocat, le policier n’a relâché son étreinte qu’à cause de la présence de témoins sur les lieux. Selon Me Arié Alimi, les dénégations de son client s’expliquent notamment par le fait que le jeune homme, ressortissant bulgare, n’avait pas compris la question.
Une succession de vidéos
Les images, devenues virales sur les réseaux sociaux, sont en réalité une succession de courtes séquences, filmées de loin et de mauvaise qualité. Dans une première vidéo, on aperçoit l’adolescent à plat ventre dans le ruisseau, le policier à genoux sur lui, qui tente de le menotter. Impossible de voir s’il a le visage dans l’eau. Dans une seconde vidéo, tournée quelques instants plus tard, il est allongé sur le ventre, au bord de l’eau, tandis que le policier ne parvient pas à le menotter, il expliquera plus tard avoir eu un problème avec une de ses menottes. Sur une autre vidéo, on aperçoit l’agent remonter du ruisseau avec l’adolescent qui ne semble pas en souffrance vers la plaine où se déroulent les échauffourées. A plusieurs reprises, il tente d’échapper à la vigilance du policier
Plusieurs syndicats policiers voient dans cette plainte une tentative de récupération politique du mouvement et une volonté de minimiser la suite de la séquence. Car quelques instants plus tard, ce même policier est projeté au sol et roué de coups par au moins quatre individus. On aperçoit notamment l’adolescent interpellé avec sa menotte. En garde à vue, il a reconnu avoir porté « deux coups de pied à la tête » et il a « exprimé des regrets importants », a indiqué le procureur. Il a été mis en examen, ainsi qu’un autre adolescent de 15 ans, pour violences aggravées. « Pendant toute sa garde à vue, ce jeune dit qu’il n’a pas été victime d’une tentative de noyade et en sortant il porte plainte, ce n’est pas crédible », déplore Gaëlle James. Pour l’heure, le parquet n’a pas ouvert d’enquête sur cet aspect du dossier.
What to Watch
AI outlook — possibilities, not facts
L'enquête préliminaire sur les allégations de tentative de noyade sera classée sans suite faute de preuves suffisantes.
Likely · Within weeks
Le lycéen sera jugé pour violences aggravées lors de sa confrontation avec le policier après son interpellation.
Very likely · Within months
Open Questions
- La tête du lycéen a-t-elle été immergée dans l'eau suffisamment longtemps pour constituer une tentative de noyade ?
- Pourquoi le commandant de police, en civil et du renseignement territorial, est-il intervenu physiquement alors que son rôle est habituellement de renseignement ?
- Quelles sont les suites données à l'allégation selon laquelle le lycéen, ressortissant bulgare, n'aurait pas compris la question du procureur ?


