"Je ne fais plus rien, je vis un nouveau confinement" : comment la hausse des prix des carburants chamboule le quotidien des automobilistes
Entre renoncements, réorganisation des déplacements et impact sur le moral, plusieurs Français témoignent des conséquences de la flambée des prix du gazole.
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Face à la flambée du prix du gazole, des Français racontent comment ils adaptent leur quotidien : réduction drastique des déplacements, annulation de loisirs et arbitrages budgétaires serrés.
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Why It Matters
Le prix du gazole s'établit en moyenne à 2,35 euros. Le gouvernement a annoncé la mise à disposition de 10 millions de barils de stocks stratégiques.
"Je faisais déjà attention à ne pas trop rouler avant la crise. A présent, je compte tout", assène Sébastien, 55 ans, devenu comptable malgré lui. Alors que le prix du gazole s'établissait en moyenne, vendredi 9 octobre, à 2,35 euros, cet allocataire du RSA habitant en zone rurale a dû se résoudre à des renoncements en cascade pour ne pas tomber dans le rouge. Comme lui, les Français ont modifié profondément leur quotidien : la consommation de carburant dans le pays enregistrait mi-septembre une baisse de 30% par rapport au début du mois.
Le gouvernement a bien annoncé, mercredi, la mise à disposition de 10 millions de barils de gazole issus de ses stocks stratégiques afin de diminuer de 12 à 18 centimes le prix du litre à la pompe, mais les effets de cette mesure ne se feront pas sentir avant le mois de novembre.
Alors en attendant, et pour consommer le moins possible, Sébastien et sa compagne se limitent aux déplacements essentiels dans leur département, la Vendée. "On ne part pas en vacances, on n'a pas de loisirs. Nous n'habitons qu'à 10 kilomètres de la plage, mais nous ne pouvons plus y aller." Une vie en suspens, et des pleins à la longévité record. "Avec cette stratégie, on a réussi à tenir sans reprendre d'essence durant tout le mois de juillet", se félicite-t-il. Mais cette économie de déplacements à marche forcée n'est pas sans répercussions sur le moral du quinquagénaire : "Le quotidien n'est pas glamour. Je ne fais plus rien, je vis un nouveau confinement, mais un confinement long."
"Quand on a aussi peu de revenus, c'est tout de suite énorme"
A la recherche d'un emploi après avoir quitté son poste de professeur agrégé pour se rapprocher de sa famille, Sébastien voit le prix des carburants freiner ses démarches. "La semaine passée, j'avais un entretien d'embauche à une quarantaine de kilomètres, je me suis vraiment demandé 'j'y vais, j'y vais pas' ?" Pour les rendez-vous obligatoires instaurés par France Travail, là aussi, le problème se pose pour cet habitant d'une petite commune où l'offre de transports en commun est limitée. "Je dois faire une quinzaine de kilomètres pour m'y rendre et la visio n'est pas acceptée." Une petite distance qui pèse de tout son poids dans ses finances. "Quand on a aussi peu de revenus, c'est tout de suite énorme", insiste-t-il. Le gouvernement a bien prolongé les dispositifs d'aide destinés aux grands rouleurs et à des catégories sectorielles pour les aider à traverser la crise, mais les personnes sans emploi, comme les retraités, en sont exclues.
"Optimiser le moindre déplacement est devenu une science."
Sébastien, 55 ans, demandeur d'emploi
à franceinfo
Alors, les nouvelles hausses de prix depuis septembre sont perçues par Sébastien comme une aggravation de cette situation qu'il s'est résigné à "subir silencieusement" depuis sept mois.
Regrouper ses déplacements
La situation de Corinne, 54 ans, est, à première vue, plus confortable. Le salaire de cette enseignante avoisine les 3 000 euros net par mois. Pourtant, elle aussi s'inquiète pour le futur face à des dépenses incompressibles. "Je ne fais pas partie des gens qui sont le plus à plaindre, j'en ai parfaitement conscience, mais je me demande comment ça va évoluer. Ça fait un peu 'pleureuse' mais je constate qu'à mon niveau, c'est déjà de plus en plus compliqué, alors je pense qu'il y a des gens pour qui c'est infernal." Les 70 kilomètres aller-retour à réaliser pour se rendre au collège où elle enseigne plombent ses comptes, déjà fragilisés par un crédit immobilier.
Alors, cette habitante d'un petit village du Tarn-et-Garonne, éloignée des commerces et des transports en commun, "regroupe [ses] déplacements pour limiter les frais". "Si je dois aller chez le coiffeur, je vais en profiter pour faire mes courses le même jour, passer à la pharmacie et caler mon rendez-vous chez le médecin", explique-t-elle.
Pas d'essence, pas de danse
Mais cette compression des trajets ne suffit pas, Corinne est aussi contrainte de renoncer à certains plaisirs. "J'aurais voulu m'inscrire de nouveau cette année au club de danses de salon, mais je n'ai pas pu : le cours était à 30 minutes de voiture de chez moi." Pour réaliser des économies, l'enseignante a également changé sa conduite, désormais "moins sportive, ou du moins plus fluide". "Je ne roule pas vite, j'enclenche la climatisation le moins possible…" Des petites astuces trouvées après quelques recherches sur internet. Sur le plan professionnel, l'enseignante a également regroupé ses heures de cours sur quatre jours au lieu de cinq. "Les conditions de travail ne sont pas les mêmes, c'est plus fatigant, mais en un mois, j'ai économisé une semaine de carburant", chiffre-t-elle.
Nicolas, 45 ans, a aussi vu ses conditions de travail changer depuis le début de la crise des carburants. La direction de l'hôtel-restaurant où il exerce a décidé de limiter le plus possible les horaires en "coupure" dans l'établissement. Ce fonctionnement fractionné du temps de travail sur une journée contraignait jusqu'à présent les employés à rentrer chez eux, puis revenir pour le second service. Une cadence intenable avec la hausse des prix du gazole. Malgré cet aménagement, le Vauclusien, qui touche 2 200 euros net par mois, redoute toujours chaque passage à la pompe. Et pour cause, le carburant représente, dans son budget, une enveloppe de près de 350 euros par mois avec une voiture "qui, pourtant, consomme raisonnablement".
"On ne peut pas faire autrement que de faire le plein, alors l'argent qu'on met dans l'essence, on va le rogner ailleurs."
Nicolas, 45 ans, employé dans l'hôtellerie
à franceinfo
Les dépenses alimentaires, elles, sont tenues au cordeau depuis le début de la crise en mars. "Je prends l'essentiel : j'achète moins de petits plaisirs, de pots de glace, de bons desserts… Les céréales pour les enfants, maintenant, c'est la marque du magasin ou les premiers prix." Le quadragénaire a aussi arrêté de se rendre dans les supermarchés, privilégiant les points de collecte. "Au moins, avec le 'drive', vous n'avez pas de têtes de gondole, de grandes vitrines ou de nouveaux produits avec des promotions, je ne suis pas tenté de prendre plus de choses", explique l'homme. Le père de famille a aussi appris à prendre son mal en patience pour économiser quelques litres de carburant. "Lorsque j'amène mes belles-filles à la danse ou au cirque, je reste sur place et je prends un bouquin."
Des salaires qui "ne sont pas extensibles"
Eva, 52 ans, témoigne aussi d'une "impression de devoir rentabiliser chaque déplacement", à l'origine d'"une charge mentale supplémentaire". Cette fonctionnaire d'Etat dépense, avec son mari, 300 euros par mois de carburant pour deux voitures. "Bien plus qu'avant la crise." Avec un salaire respectivement de 1 500 euros et de 3 000 euros net, les époux sont en dehors des dispositifs d'aide mis en place.
Alors, la famille est passée à l'action en se séparant, dès le mois de mai, de la caravane des vacances et a remplacé sa Citroën Berlingo, "qui consommait beaucoup", par un plus petit modèle. Les Varois se sont aussi équipés d'un scooter, qui, en plus d'être moins gourmand qu'une voiture, est bien adapté à une région "souvent ensoleillée". Malgré ces efforts, "la part du carburant empiète sur d'autres parties du budget, puisque les salaires ne sont pas extensibles", déplore Eva. Et la sociabilité du couple finit par en pâtir : récemment, leur "séjour nature" prévu avec des amis dans le département voisin des Bouches-du-Rhône a été annulé. Trop loin, trop cher.
Derrière la crise, le spectre de l'isolement
Les fréquentations de Pierre-Louis, 26 ans, se sont aussi réduites comme peau de chagrin avec la crise. "Avant, j'allais visiter ma famille dans la Sarthe une à deux fois par mois, maintenant c'est plutôt une fois tous les deux ou trois mois", déplore le jeune homme, qui réside en Ille-et-Vilaine. Il a bien intensifié son recours au covoiturage, mais ses annonces ne trouvent pas toujours preneur.
Assistant RH avec une rémunération se situant entre 1 500 et 1 800 euros net, il était, dans un premier temps, exclu "de justesse" de l'aide de 100 euros mise en place par le gouvernement et destinée aux grands rouleurs. Pierre-Louis et sa conjointe y sont à présent éligibles depuis l'élargissement du dispositif, annoncé fin septembre. Un coup de pouce bienvenu pour ces futurs parents, qui viendra s'ajouter aux efforts consentis depuis le début de la crise. "Avant, nous allions à la mer souvent, elle n'est pas très loin. Maintenant, on y réfléchit à deux fois. S'il fait beau, on va rester à la maison, faire du sport. Ma compagne, elle, s'est mise aux loisirs créatifs", déroule le jeune homme.
What to Watch
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Effets des mesures gouvernementales sur les prix à la pompe en novembre.
Likely · Within weeks
Open Questions
- Quel sera l'effet réel de la baisse annoncée par le gouvernement à partir de novembre ?
- Les aides actuelles seront-elles élargies à l'ensemble des demandeurs d'emploi et retraités ?







