
Face à une ligne de front figée, Kiev multiplie les attaques de longue distance sur le territoire russe, touchant raffineries, ports et centres logistiques civils pour briser le pacte social du Kremlin.
L'Ukraine intensifie ses frappes de drones de longue distance en territoire russe, ciblant des infrastructures économiques clés et la région de Moscou pour affaiblir l'économie de guerre du Kremlin et éroder le soutien civils.
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Depuis le début de l'été, l'Ukraine multiplie les frappes de longue distance à l'intérieur du territoire russe pour répondre aux bombardements de Moscou.
Les Moscovites s'habituent petit à petit aux bruits d'explosions. Depuis le début de l'été, l'Ukraine multiplie des frappes de longue distance à l'intérieur du territoire de son envahisseur. Lors de la seule journée du mardi 18 août, l'armée de Kiev a envoyé pas moins de 620 drones contre la région de Moscou, selon le décompte du maire de la capitale russe. Deux jours plus tôt, le ministère de la Défense russe affirmait avoir abattu 822 drones dans tout le pays en une seule nuit.
Alors que la ligne de front ne bouge plus, le conflit se concentre dans les airs. Fin juin, le président ukrainien Volodymyr Zelensky annonçait une campagne de quarante jours visant à intensifier les frappes en Russie. Une réponse à la multiplication des tirs de missiles et de drones menée par Moscou depuis l'hiver, avait justifié le chef d'Etat sur X. Ces multiples bombardements sur des infrastructures civiles provoquent une hausse du nombre sensible de victimes des deux côtés.
Les milieux économiques inquiets
En Russie, les drones ukrainiens touchent régulièrement des raffineries et des dépôts de pétrole, provoquant une crise des carburants au cours de l'été. Depuis la mi-juillet, Kiev vise aussi les dépôts du géant russe du e-commerce Wildberries – surnommé "l'Amazon russe" –, ainsi que des ports et navires en mer Noire. Un "problème" pour Moscou, qui "présente une grave faiblesse en matière d'interception", résume Natia Seskuria, chercheuse au Royal United Services Institute, à CNN.
Le pilonnage d'une vingtaine de centres de Wildberries, selon le décompte de la Deutsche Welle, est particulièrement commenté par la presse internationale. Il ne doit rien au hasard, affirme à franceinfo Orysia Lutsevych, directrice du Forum sur l'Ukraine au centre de réflexion britannique Chatham House. L'experte souligne le rôle "central" dans l'économie russe du géant de l'e-commerce, dont dépendent un grand nombre de petites et moyennes entreprises.
Avec cette campagne, Kiev cherche en effet à affaiblir durablement l'économie de la Russie, déjà mise à mal par quatre ans de sanctions occidentales. "Plus de 10% du PIB part désormais dans la défense, le déficit de l'Etat se creuse et phagocyte totalement l'économie du pays", détaille Ulrich Bounat, chercheur associé à Euro Créative et auteur de La guerre hybride en Ukraine, quelles perspectives ?. Dopée par l'explosion des prix des carburants, l'inflation a même atteint les 6% sur un an en juillet 2026 selon les données de Rosta, l'Insee russe.
Résultat, les milieux économiques affichent une forme de morosité et alertent de plus en plus ouvertement sur les risques posés par ces incursions du conflit sur le territoire russe. Outre la faillite potentielle de milliers de petites entreprises, les attaques contre Wildberries "risquent d'avoir un impact sur le secteur bancaire, l'entreprise étant très endettée", souligne Ulrich Bounat.
"Il y a une frustration, une inquiétude, que la guerre s'éternise et qu'elle ne soit pas vraiment gagnable."
Ulrich Bounat, chercheur associé à Euro Créative
à franceinfo
"Tuer l'économie civile, c'est tuer le pays", s'alarmait ainsi le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, début août, rapporte le média indépendant Meduza. "Une Russie brisée est mauvaise pour l'équilibre du monde", prévenait un mois plus tôt l'oligarque Andreï Melnitchenko, dans une interview rarissime à The Economist. Les signaux d'alerte ne viennent pas que de l'élite économique du pays. "La résilience économique de Poutine dépend non seulement des recettes énergétiques et des réserves financières, mais aussi de la volonté des ménages et des entreprises d'absorber les coûts de la guerre", décrypte Yerzhan Tokbolat, professeur en finance à l'université de Belfast (Irlande du Nord), sur le site The Conversation. Mais il risque d'être "plus difficile [pour le Kremlin] de maintenir l'impression que la guerre peut se poursuivre sans bouleverser profondément le quotidien en Russie", estime l'universitaire.
"Voir des bâtiments en feu est tellement déstabilisant"
Ces offensives ukrainiennes rendent la guerre, initiée par le Kremlin en février 2022, de plus en plus visible auprès de la population russe. Les bruits d'explosions sont devenus réguliers pour les habitants de la région de Moscou, comme pour ceux des territoires frontaliers. Les images de bâtiments en flammes et les queues devant les stations essence également.
Une situation en ligne avec la stratégie affichée par le président ukrainien "de ramener la guerre" en Russie. "Voir des bâtiments en feu est tellement déstabilisant que cela a un impact moral considérable sur les civils, qui se pensaient loin de la guerre", souligne Orysia Lutsevych. De quoi faire voler en éclats "un pacte social informel qui s'était instauré entre le Kremlin et les habitants des grandes villes russes" après le début de la guerre, selon lequel les autorités tiendraient le conflit loin des civils en échange d'un soutien au pouvoir, résume l'anthropologue russe à l'ENS Paris Alexandra Arkhipova auprès de CNN.
Résultat, "les enquêtes d'opinions montrent que la population est de plus embarrassée par cette guerre", souligne Ulrich Bounat. Un sondage mené en juillet par l'institut Levada montrait ainsi que 66% des personnes interrogées soutenaient les actions de leur armée en Ukraine, contre 78% un an plus tôt. Un taux d'approbation élevé, mais en baisse. C'est surtout l'impact économique du conflit qui est scruté par le Kremlin. Et face à l'envolée du coût de la guerre, le moral des ménages est largement en baisse, selon l'indicateur de l'institut Levada. En juin, il descendait à 94 (sur une base neutre de 100), un chiffre inédit depuis le début du conflit en février 2022.
De quoi faire pression sur le Kremlin ? "Les Russes pourraient blâmer l'Ukraine plutôt que leur propre gouvernement, tandis que les attaques contre des lieux de travail civils pourraient renforcer le sentiment patriotique", prévient Yerzhan Tokbolat. De toute façon, "il ne faut pas compter sur la mise en place d'un mouvement de résistance contre la guerre : il n'existe aucun espace dans lequel la société russe peut s'exprimer", souligne Orysia Lutsevych. "Le gouvernement a encore plus réduit les libertés civiles depuis le début du conflit", rappelle Ulrich Bounat. Dernier exemple en date : l'interdiction du petit parti anti-guerre Iabloko début août, et la condamnation de son vice-président à onze ans de prison.
"Les dirigeants russes pensent encore pouvoir gagner la guerre d'attrition"
De fait, "Vladimir Poutine compte surtout sur l'apathie de la population", souligne Ulrich Bounat. L'Ukraine, elle, fait le pari que la pression économique forcera Moscou à revenir à la table des négociations. Sans succès pour l'instant, Vladimir Poutine restant inflexible. "Il a longtemps cru qu'il avait le temps pour lui, et que grâce à une économie résiliente et un réservoir de forces humaines, il finirait par l'emporter", ajoute le chercheur. "A l'heure actuelle, les dirigeants russes pensent encore pouvoir gagner la guerre d'attrition, explique Orysia Lutsevych. Mais la campagne de frappes montre à la Russie que l'Ukraine peut détruire des ressources qu'elle pensait intouchables."
Face à l'inflexibilité russe, l'escalade semble vouée à continuer dans les airs. Encore dépendante des puissances occidentales, l'Ukraine développe depuis 2025 ses propres missiles de croisière, les Flamingo, beaucoup plus destructeurs que les drones. Les experts s'attendent à une montée en puissance de leur utilisation dans les prochains mois. Kiev pourrait même être capable de lancer ses propres missiles balistiques d'ici "trois à six mois", a promis l'ancien ministre de la Défense ukrainien, Mykhaïlo Fedorov, auprès de CBS.
"Les Ukrainiens n'ont plus le moyen de se défendre contre les missiles balistiques. Ils vont essayer de faire la même chose que les Russes."
Ulrich Bounat, chercheur associé à Euro Créative
à franceinfo
Difficile d'imaginer, pour l'instant, que cette montée en puissance fasse plier Vladimir Poutine. Le président russe est décrit par son entourage comme absolutiste, isolé et coupé des informations du front, racontait en juin une enquête du Monde. Seule une "défaite humiliante en Crimée" pourrait venir changer la donne, juge Orysia Lutsevych. Les Ukrainiens, "qui disposent d'un contrôle de l'espace aérien" de la péninsule annexée par la Russie en 2014, y multiplient les attaques depuis le printemps. Début août, la vidéo de la chute d'un drone ukrainien sur une plage d'une station balnéaire, qui a fait sept morts, est devenue virale.
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Développement et utilisation accrue de missiles de croisière ukrainiens Flamingo.
Likely · Within months
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