
Malgré une décision de justice ordonnant leur retrait, des contenus similaires sont proposés par la plateforme Pearltrees, suscitant la colère des éditeurs privés.
La région Île-de-France est accusée par des éditeurs privés de contourner une décision de justice lui ordonnant de retirer ses manuels scolaires numériques gratuits, lesquels sont désormais proposés par la plateforme privée Pearltrees.
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La région Île-de-France proposait gratuitement des manuels numériques modifiables, jugés anticoncurrentiels par les éditeurs privés.
La région Île-de-France continue de proposer des contenus scolaires numériques similaires à ses anciens "manuels libres" dans les lycées franciliens, dénoncent les éditeurs privés auprès de France Culture mardi 3 novembre, alors que la justice administrative lui avait ordonné de retirer ces manuels au plus tard le 2 novembre. La région dirigée par Valérie Pécresse (LR) éditait et proposait gratuitement depuis plusieurs années aux lycées franciliens des manuels scolaires numériques, présentés comme "libres" et modifiables par les enseignants et les élèves, accessibles sur une plateforme en ligne, Pearltrees. Les éditeurs privés, via leur association Les Editeurs d'éducation, avaient dénoncé une concurrence déloyale.
Contactée par France Culture, la région Île-de-France assure s'être pliée à la décision de justice et avoir retiré ses manuels de la plateforme Pearltrees. Toutefois, Pearltrees est entre-temps devenu éditeur et propose désormais aux lycéens franciliens des manuels dont le contenu est sensiblement identique à celui des anciens manuels de la région. "Bien sûr qu'il y a des contenus communs entre les anciens manuels libres édités par la région Île-de-France et les nouveaux manuels ouverts édités par Pearltrees", reconnaît Patrice Lamotte, PDG de Pearltrees. La plateforme revendique un million et demi d'utilisateurs pour ses contenus chez les professeurs et les élèves. Elle développe aujourd'hui ses offres payantes pour les collèges.
"C'est un détournement de la décision de justice, ce sont les mêmes manuels mais la couverture, c'est Pearltrees", dénonce Me Emmanuel Glaser, l'avocat de l'association Les Éditeurs d'éducation, qui représente 32 éditeurs privés. Ces derniers déplorent auprès de France Culture une baisse de 80% de leurs revenus en Île-de-France. "La région est chargée par la loi de l'entretien des bâtiments, pas d'éditer des manuels scolaires", rappelle l'avocat. Il souligne qu'il est impossible de connaître, à partir des comptes de la région, le coût de création de ces manuels.
Une concurrence déloyale pour les éditeurs privés
Depuis 2019, la région dirigée par Valérie Pécresse (LR) s'est lancée dans une vaste entreprise de numérisation des lycées, en équipant les élèves de tablettes et d'ordinateurs. En 2023, elle a conclu un marché de 18 millions d'euros avec la plateforme Pearltrees pour diffuser des contenus scolaires numériques conçus par ses soins. Elle a ainsi proposé gratuitement aux lycées franciliens des manuels scolaires numériques, présentés comme "libres" et modifiables par les enseignants et les élèves, accessibles sur Pearltrees.
L'initiative a suscité l'opposition des éditeurs privés de manuels scolaires, qui ont dénoncé une concurrence déloyale, alors que ces "manuels libres" ont remplacé ceux en papier dans la moitié des 468 lycées d'Île-de-France. Les éditeurs ont obtenu une victoire judiciaire le 26 mai dernier : le tribunal administratif de Montreuil a déclaré illégale l'édition de ces manuels numériques par la région sur la plateforme Pearltrees. La Région a fait appel de la décision, une procédure au fond est toujours en cours. Mi-septembre, la cour administrative d'appel de Paris, dans un arrêt consulté par l'AFP, a fixé au 2 novembre la date limite de retrait des manuels.
Entre-temps, l'initiative de Valérie Pécresse a été reprise par la région Bretagne. Selon les informations de France Culture, la région Bretagne, présidée par Loïg Chesnais-Girard (DVG), a également adopté, via Pearltrees, les manuels numériques initialement conçus par la région Île-de-France. Une mesure fustigée par certains parents d'élèves, dont Florent Souillot, cofondateur et président de l'association Lève les yeux, qui lutte contre l'addiction aux écrans. "On mémorise mieux sur un manuel scolaire imprimé", affirme-t-il. Au micro de France Culture, il appelle à imiter les pays scandinaves qui "font machine arrière et qui ont décidé de cesser d'équiper en numérique les classes, pour revenir au manuel scolaire imprimé."
D'autres voix plaident pour que l'argent public consacré à la numérisation des lycées finance plutôt des plateformes publiques et gratuites, comme Éléa, plutôt que des plateformes privées comme Pearltrees.
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Poursuite de la procédure judiciaire au fond
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