Le Rassemblement national maintient son projet d'interdiction du voile dans l'espace public
Malgré les divergences internes, le parti d'extrême droite envisage une interdiction du voile par référendum en cas de victoire en 2027, soulevant des questions constitutionnelles et internationales.
Quick Look
- Le Rassemblement national persiste dans son projet d'interdire le voile dans l'espace public pour 2027.
- Bien que Jordan Bardella évoque un référendum, les experts juridiques soulignent des obstacles majeurs liés à la Constitution et aux traités internationaux.
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Why It Matters
Le Rassemblement national envisage d'interdire le port du voile dans l'espace public en cas d'accession au pouvoir en 2027. Cette mesure se heurte aux principes constitutionnels et aux engagements internationaux de la France.
Que la communauté musulmane soit prévenue, le Rassemblement national n’a pas abandonné son éternel souhait d’interdire le voile dans l’espace public en cas de victoire en 2027, malgré l’opposition de Jordan Bardella, potentiel Premier ministre, qui plaidait pour un retrait de la proposition.
Le député Jean-Philippe Tanguy a déclaré ce dimanche sur BFMTV que des femmes portant le voile dans la rue pourraient recevoir une amende, depuis contredit par le porte-parole de son parti Andréa Kotarac et Jordan Bardella, qui assurent que la mesure devra d’abord être validée par « référendum » par les Français.
Une mesure qui obligerait la France à se positionner contre de nombreux engagements nationaux et internationaux en faveur de la liberté de conscience et de religion.
Un droit défendu par la Constitution
« La première barrière » à laquelle va être confronté le Rassemblement national, « c’est la Constitution », garantit Rim-Sarah Alouane, juriste, docteure en droit public. Son article premier, qui assure le « respect de toutes les croyances » et l’égalité devant la loi, prend écho dans l’article 10 de la DDHC, qui lui garantit la liberté de conscience. A ceux qui voudraient invoquer la loi de 1905 sur la laïcité, la spécialiste de la liberté religieuse rappelle qu’elle ne peut s’appliquer à l’espace public dans son entièreté et protège la liberté de conscience.
Pour simplement appliquer cette mesure au niveau national, le RN devra rompre avec l’ensemble des textes fondateurs républicains, mais aussi de ses administrations, puisque le Conseil constitutionnel et le Conseil d’Etat devraient s’opposer à cette mesure. La juriste rappelle qu’en 2016, lors des discussions sur l’interdiction du burkini par arrêté préfectoral, le Conseil d’Etat avait déjugé les collectivités pour rétablir la liberté de se vêtir.
La France peut-elle se mettre l’Europe à dos ?
Une fois les institutions nationales ignorées ou matraquées, le parti d’extrême droite devra faire face à la désapprobation de nos voisins européens. Avec lesquels nous sommes liés par de nombreux traités reprenant l’ensemble de nos textes fondateurs.
« L’article 9 de la convention européenne des droits de l'homme protège la liberté de conscience et de religion, y compris la possibilité de manifester sa religion », martèle Rim-Sarah Alouane. Même chose pour la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, dont l’article 10 protège les mêmes droits. Ces chartes s’appliquent à tous les États membres sans exception.
Louis-Léon Christians, professeur en sciences des religions à l’université de Louvain (Belgique), rappelle que la Cour européenne des droits de l'homme n’a « jamais validé une prohibition générale des signes conventionnels dans l’espace public » et devrait une nouvelle fois condamner cette mesure si elle venait à être adoptée en France.
Le RN devra aussi composer avec l’opposition de l’ONU, plus vocale que les instances européennes, puisque la France a déjà été retoquée par le Comité des droits de l'homme pour l’interdiction du voile intégral cette fois. L’article 18 du pacte international relatif aux droits civils et politiques, dont la France est signataire, consacre la liberté de religion. Cependant, ces instances n’ont que peu de moyens de forcer la main à l’Etat français.
L’impuissance du droit
Rim-Sarah Alouane pointe du doigt « l’érosion progressive » des droits fondamentaux, soulignée notamment dans les rapports annuels du Défenseur des droits, malgré l’existence de ces traités, de ces droits inaliénables à respecter. La juriste s’inquiète de ce phénomène global à l’échelle internationale, quand par exemple la Cour européenne subit une pression de plus en plus forte de la part des Etats. Ces instances, pactes, et traités, peuvent-ils faire le poids face à l’agenda politique ?
C’est pour cette raison que depuis le retour de cette proposition d’interdiction du voile, Jordan Bardella évoque la possibilité de faire valider ce projet de loi par référendum. Si Rim-Sarah Alouane rappelle que les lois référendaires doivent respecter la Constitution et les traités sur laquelle la France est engagée, le Conseil constitutionnel est, depuis 1962, incompétent pour juger ou censurer les lois adoptées par référendum.
What to Watch
AI outlook — possibilities, not facts
Le RN tentera de passer par un référendum pour contourner les blocages juridiques.
Likely · Within years
Open Questions
- Le Conseil constitutionnel validerait-il un référendum sur ce sujet ?
- Quelle serait la réaction réelle de l'UE face à une telle loi ?





