Le village de Lagor annule sa fête après le double meurtre d'un couple de personnes âgées
Quick Look
- La fête du village de Lagor a été annulée après le meurtre d'Avelino et Alcina L., âgés de 85 et 82 ans, abattus dans leur jardin par leur voisin de 90 ans, avec lequel ils étaient en conflit depuis des décennies.
- Le suspect a reconnu les faits en garde à vue, invoquant des insultes et des jets de pierre.
- Les avocats spécialisés expliquent que ces conflits de voisinage, souvent multifactoriels, peuvent dégénérer après des années de tensions accumulées.
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Why It Matters
Le village de Lagor, dans les Pyrénées-Atlantiques, comptait organiser une fête avec un goûter pour les aînés, un trail, des tapas, des animations et un feu d’artifice. Trois jours avant les festivités, un couple de personnes âgées a été tué dans son jardin par leur voisin de 90 ans, avec lequel ils étaient en conflit depuis des décennies.
Tout était prévu depuis des semaines, des mois même. Un goûter pour les aînés, un trail pour les plus vaillants, des tapas, des animations et le traditionnel feu d’artifice. Mais rien de tout cela n’a eu lieu. La fête du village de Lagor, qui aurait dû se tenir le week-end dernier, a été annulée au dernier moment. « Personne n’avait le cœur à la fête », souffle Franck Rolland, le maire de cette petite bourgade d’un millier d’âmes, dans les Pyrénées-Atlantiques. Trois jours avant le début des festivités, Avelino et Alcina L., 85 et 82 ans, ont été abattus dans leur jardin. Les enquêteurs n’ont pas mis bien longtemps à remonter la piste du principal suspect : leur voisin, un homme de 90 ans, avec lequel les relations étaient délétères depuis des décennies.
« Tout le monde savait que ça se passait très mal entre eux mais on ne pouvait pas imaginer qu’il en viendrait à un tel degré de violences », insiste l’édile. L’homme a reconnu les faits en garde à vue, précisant avoir réagi ainsi après avoir été la cible d’insultes et de jets de pierre. Une plaie a été constatée sur le crâne du suspect, sans que l’on sache, pour l’heure, son origine. « L’agresseur était en conflit ouvert avec ses voisins de chaque côté, il y avait toujours un problème avec lui », poursuit Franck Rolland, qui décrit le suspect comme un marginal. A l’en croire, les victimes étaient, au contraire, très appréciées. « Ils ont toujours cherché à arranger la situation. »
Des conflits qui s’étirent sur des années
Prise isolément, l’origine des querelles de voisinage semble souvent dérisoire. Des pas que l’on estime trop lourds, un muret jugé trop haut ou une machine à laver lancée à une heure indue. Parfois, la situation s’envenime à cause d’un arbre qui cache le soleil ou d’une place de parking. Mais ces conflits se comprennent dans la durée, à force de répétition. « La tension monte à cause de l’usure. Une nuit blanche, ça va, mais lorsque c’est chaque nuit, la privation de sommeil devient insupportable », illustre Me Christophe Sanson, avocat spécialisé dans les nuisances sonores.
Récemment, il est intervenu sur un conflit opposant les habitants de pavillons mitoyens, en guerre à cause de fêtes régulières et de musique trop forte. « La tension était telle qu’aucun dialogue n’était possible, même devant le conciliateur », se rappelle la robe noire. Peu à peu, les mots ont laissé place aux insultes et les insultes aux menaces. Ceux qui dénonçaient le bruit ont découvert à plusieurs reprises des balles de revolver dans leur boîte aux lettres et des rayures sur la voiture. L’enquête est toujours en cours.
« Ces conflits sont souvent multifactoriels »
Si le point de départ apparaît anodin, la souffrance est souvent bien réelle, notamment lorsqu’elle tourne autour du bruit. Un voisin qui joue de la trompette du matin au soir ou une télé écoutée à plein volume à toute heure de la journée ou de la nuit peut saper la santé mentale de ceux qui vivent à proximité. « Les conflits qui prennent d’importantes proportions sont généralement le fruit d’un mélange de nuisances et de relations envenimées », analyse Me Louis Le Foyer de Costil, également spécialisé dans ce type de conflits.
Et de citer le cas de ces propriétaires d’une maison en pleine campagne, bordée de toute part par les champs d’un agriculteur. La bâtisse était souvent le lieu de grandes fêtes, ce qui avait le don d’excéder le voisin… qui se faisait un malin plaisir à déposer du fumier à la lisière des champs. Sa colère était-elle causée par le bruit - il ne vivait pas à proximité immédiate - ou par la rancœur de ne pas posséder ce bien ? « Ces conflits sont souvent multifactoriels, toute la colère et la souffrance vont se cristalliser sur un point », analyse l’avocat.
A Lagor, le conflit s’étirait depuis au moins deux décennies. Il fut un temps question de places de stationnement ou de droit de passage. Depuis quelques mois, le différend tournait autour du mur d’un garage à la limite des deux propriétés : le suspect accusait le couple d’être à l’origine d’écoulements chez lui. « Je suis intervenu pour faire de la médiation mais l’agresseur ne voulait rien entendre, on ne pouvait pas discuter avec lui, insiste Franck Rolland. Même l’assureur a constaté qu’il n’y avait aucun souci avec ce muret. » La tension était telle que les enfants du couple avait fait installer une caméra dans le jardin de leurs parents. C’est d’ailleurs à proximité de ce muret que les corps ont été découverts.
Conciliation ou tribunal judiciaire
Dans ces conflits de voisinage, les avocats proposent en premier lieu une conciliation : un bénévole tente alors de trouver un terrain d’entente. En cas d’échec, direction le tribunal judiciaire pour une audience civile. « Parfois, le conflit est si larvé que les deux parties ne veulent pas entendre parler de conciliation et préfèrent dépenser de l’argent pour aller en procès », poursuit Me Louis Le Foyer de Costil. L’une des grandes difficultés de ce que la justice nomme « trouble anormal du voisinage » est d’objectiver ces nuisances du quotidien. Si au moment où l’expert passe, le voisin n’est pas là, n’organise pas une fête ce soir-là, ne regarde pas la télé à plein volume, impossible de quantifier le bruit.
Ville ou campagne, pavillon ou immeuble, quartier huppé ou plus défavorisé… Personne n’est à l’abri de voir ses relations avec un voisin se détériorer. « Récemment, un couple d’avocats et un couple de magistrats ont presque failli en venir aux mains devant le conciliateur », assure Me Christophe Sanson. Les femmes ne sont pas non plus exemptes de cette violence. Et de citer l’exemple de cette cliente qui a été interpellé dans l’ascenseur alors qu’elle se rendait chez sa voisine avec une batte de base-ball et une bombe lacrymogène.
Aucun de ces deux avocats n’a eu à traiter de dossiers dont l’issue a abouti à un crime. En revanche, l’un et l’autre ont été confrontés à des situations qui s’enveniment, parfois dangereusement. Ce jeune père de famille « bien sous tout rapport » qui, excédé par le bruit, a tapé sur la porte avec son club de golf. Cet autre qui a menacé ces voisins avec un fusil. Le plus souvent, il s’agit de bagarres. « Ce n’est pas fréquent, mais ça arrive », insiste Me Christophe Sanson.
L’avocat est de plus en plus confronté à des menaces de mort sur Internet. Il cite le cas de ce client qui a reçu des dizaines de mails le menaçant de le jeter dans le port s’il maintenait sa procédure. Quand faut-il s’inquiéter ? « Ce qui est certain, c’est que plus le conflit dure, plus il se durcit et prend des proportions importantes », insiste Me Louis Le Foyer de Costil.
What to Watch
AI outlook — possibilities, not facts
Le suspect sera déféré devant un juge d'instruction pour homicide volontaire
Very likely · Within days
Une expertise psychiatrique sera ordonnée pour évaluer la responsabilité pénale du suspect
Likely · Within weeks
La mairie de Lagor envisagera des mesures de prévention des conflits de voisinage
Possible · Within months
Open Questions
- Quelle était l'origine exacte de la plaie constatée sur le crâne du suspect ?
- Le suspect avait-il des antécédents judiciaires ou psychiatriques connus ?
- Quelles étaient les nature précise des insultes et des jets de pierre évoqués par le suspect ?
- La caméra installée dans le jardin des victimes a-t-elle enregistré des éléments utiles à l'enquête ?





