À l'approche des élections législatives, les Franco-Israéliens expriment leurs préoccupations, dominées par la sécurité et la question du service militaire.
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Israël traverse une période d'instabilité politique marquée par la polarisation autour de la figure de Benyamin Netanyahou. Le traumatisme des attaques du 7 octobre 2023 reste le prisme dominant de la vie publique.
De notre envoyée spéciale en Israël et en Cisjordanie occupée,
C’est peut-être la fin d’une ère en Israël. Avec les élections législatives organisées ce mardi, la place de Benyamin Netanyahou - au pouvoir depuis plus de dix-huit ans - à la tête du gouvernement est dans la balance. Les prétendants sont nombreux, avec 37 listes qui tentent d’obtenir des sièges à la Knesset. Il en faut 61 sur les 120 pour gouverner. Ces élections, c’est un immense jeu d’alliances et de négociations entre des partis qui défendent parfois des idées opposées. Et dans une société « très morcelée » avec « de vrais combats politiques », la période électorale peut laisser place à « une vraie violence », explique Jean-Maurice Cohen.
Alors pour les Franco-Israéliens - qui représentent moins de 3 % de l’électorat - habitués aux scrutins français, le choix est parfois difficile. Jean-Maurice Cohen, un retraité de 68 ans, a quitté sa campagne française pour Tel Aviv il y a six mois. Là-bas, il a découvert une politique bien différente de celle qu’il a vécue en France. En Israël, « les questions écologiques, environnementales, ce n’est pas un sujet », explique-t-il dans le brouaha d’un café parisien avant de retourner dans sa nouvelle patrie. Même les préoccupations économiques « arrivent loin derrière dans la liste », ajoute-t-il. Pourtant, 20 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, selon la Caisse d’assurance nationale, et le « coût de la vie est environ 35 % plus cher qu’à Paris ».
Le service militaire, une mesure centrale
Ce qui est au cœur de toutes les préoccupations, c’est le 7-Octobre. Dans une société encore traumatisée par l’attaque du Hamas sur son sol, qui a fait quelque 1.200 morts en 2023, tout est vécu à travers le prisme de ces attentats. Que ce soit la sécurité du pays et des juifs d’Israël pour Rivka *, ou le service militaire obligatoire pour tous, disent Jean-Maurice Cohen et Alexandre Bensoussan. Ce dernier a fait son alyah en 2021 alors qu’il avait 18 ans, après la défaite de Nicolas Sarkozy face à François Hollande et les attentats de Mohamed Merah à Toulouse contre une école juive.
Pour cet avocat embauché dans un grand cabinet de Tel Aviv - qui défend notamment Benyamin Netanyahou et Yoav Gallant devant la Cour pénale internationale - la question militaire est au centre. Réserviste de l’armée israélienne avec une formation de sniper - ou « tireur de haute précision » –, c’est une « casquette » qu’il ne peut ignorer dans ses motivations électorales. A l’abri des murs d’une salle de réunion dans une des tours du centre de la capitale israélienne, il insiste sur le fait d’avoir été appelé « à sept reprises » pour « plus de 430 jours » en trois ans dans la bande de Gaza.
Il vit le fait que les juifs ultra-orthodoxes « qui mangent les aides de l’État » soient exemptés de faire leur service militaire - trois ans pour les hommes et deux ans pour les femmes - comme une injustice. C’est aussi sur ce point que Jean-Maurice Cohen, qui a « toujours été de gauche en France », a pris sa décision. Sa voix ira au parti qui prendra cette mesure - a minima un service civil - au nom de l’égalité entre tous les citoyens. « Ils ne peuvent pas avoir des droits sans participer à l’effort national, sans s’exposer comme tout le monde », justifie-t-il, rappelant que de nombreuses familles ont perdu des proches appelés à l’armée.
Un pour ou contre qui complique le vote
L’enquête sur les événements du 7-Octobre. La réforme judiciaire. Ce qu’il va se passer ou non à Gaza et la question palestinienne dans son ensemble. Celle de l’égalité de citoyenneté pour tous ses habitants, arabes, juifs et chrétiens. Toutes ces questions se posent dans la campagne. Mais finalement, cette élection « tourne autour d’un sujet, d’une personne : pour ou contre Benyamin Netanyahou ? », résume Alexandre Bensoussan.
Le jeu des alliances peut forcer certains à abandonner leurs premières revendications. Alexandre Bensoussan dit être dans « un dilemme terrible ». Impossible pour ce tireur d’élite de 32 ans de voter pour une liste qui pourrait s’allier avec les partis arabes, comme c’est le cas de Gadi Eizenkot, ancien chef d’état-major des armées d’Israël et candidat le mieux placé pour éjecter Benyamin Netanyahou. Des partis qui, selon lui, ont dénoncé un génocide à Gaza et ont eu des « propos ambigüs sur le 7-Octobre ». L’ancien élève du lycée Montaigne à Paris, à la carrure imposante, devra sans doute faire passer sa conviction sur le service militaire à la trappe en « fermant les yeux quant à l’alliance potentielle » avec les ultra-orthodoxes.
La sécurité avant tout
« Il y a des enjeux de société. Israël a été menacée dans son existence et dans son avenir, donc le critère de choix, c’est sécuritaire », affirme Jean-Maurice Cohen. Comme Rivka. A la terrasse d’un café sur une place paisible du centre de Tel Aviv, cette ancienne parisienne de 34 ans assume être peu informée sur la politique israélienne et envisage de se renseigner dans les prochains jours. Ex-étudiante dans le marketing, elle a décidé de quitter la France en 2018, après un service civique dans la puériculture en Israël. Malgré les menaces des pays voisins, malgré une guerre presque constante, malgré des loyers « exorbitants » et les difficultés de trouver du travail dans son domaine de compétences, Rivka trouve qu’à Tel Aviv, « il fait bon vivre ». Et voudrait que ça reste ainsi.
Issue d’une famille juive ashkénaze victime de la Shoah, où l’on a toujours préféré « vivre caché pour vivre heureux », la première motivation de son vote sera guidée par « la sécurité du pays ». D’abord le 7-Octobre puis, plus récemment, la tentative de détournement d’un vol Dubaï - Tel-Aviv, « ça marque tout le monde ». « On est en danger, on ne nous aime pas trop, donc je voudrais bien que les gens qui habitent ici, en Israël, soient en sécurité et qu’on ne soit pas des cibles », développe Rivka. Aucun résultat ne lui fera quitter le pays.
* Le prénom a été modifié
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