Logements « bouilloires thermiques » : pourquoi la France a besoin d'un nouvel indicateur
Quick Look
- La France fait face à une troisième vague de chaleur extrême, causant plus de 2000 décès supplémentaires en juin.
- Le terme « bouilloire thermique » désigne les logements mal isolés face à la chaleur, devenant invivables lors des canicules.
- Malgré les demandes des associations, il n'existe pas d'indicateur reconnu pour identifier ces logements, contrairement aux « passoires thermiques » hivernales.
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Why It Matters
La France connaît une troisième vague de chaleur extrême en moins de deux mois, qui a causé plus de 2000 décès supplémentaires en juin. Le terme « bouilloire thermique » désigne les logements mal isolés face à la chaleur, devenant invivables lors des canicules.
Votre logement est-il une bouilloire thermique ? Cette notion, qui désigne une habitation mal isolée face à la chaleur et qui devient invivable en cas de canicule, est au cœur des discussions ces dernières semaines, alors que la France traverse une troisième vague de chaleur extrême en moins de deux mois. La canicule de juin a causé plus de 2 000 décès supplémentaires dans le pays, et la mortalité à domicile a quasiment doublé en une semaine (+91%) selon Santé publique France. Pourtant, il n'existe pas aujourd'hui d'indicateur reconnu qui permet de dire si un logement est ou non une bouilloire thermique, malgré les demandes des associations.
C'est d'ailleurs à une association, la Fondation pour le Logement, qu'on doit ce terme de bouilloire thermique, formulé pour la première fois en 2023. "Jusque-là, les professionnels du bâtiment ne parlaient que de 'confort d'été', explique Maider Olivier, chargée de plaidoyer à la Fondation pour le Logement. Ça ne fait pas du tout la lumière sur la souffrance des personnes qui vivent dans ces logements, sur le fait que c'est une inégalité sociale et surtout, que c'est un problème de santé publique."
L'objectif de l'association est de créer une notion miroir des passoires thermiques, ces habitations mal isolées et très difficiles à chauffer en hiver. "C'est important de rappeler qu'aujourd'hui, les gens meurent de la chaleur parce que leurs logements ne les protègent pas de la canicule", martèle Maider Olivier.
L'indicateur de confort d'été, un baromètre non contraignant
Il existe bien quelques indicateurs concernant l'habitabilité des logements en cas de canicule, mais ils ne permettent pas de définir précisément si une maison ou un appartement devient invivable par fortes chaleurs. Premier de ces baromètres : l'indicateur de confort d'été passif (hors climatisation), matérialisé par trois pictogrammes vert, orange et rouge pour un confort bon, moyen ou insuffisant. Ce baromètre prend en compte la présence de volets aux fenêtres et de brasseurs d'airs l'inertie du logement, c'est-à-dire le fait que les murs conservent ou non la fraîcheur, mais aussi l'inertie du logement, c'est-à-dire le fait que les murs conservent ou non la fraîcheur ou encore l'isolation du toit.
À l'aide de cet indicateur, une étude menée par l'IGNES (Industriels du génie numérique, énergétique et sécuritaire) conclut que près d'un logement sur deux en France présente un mauvais confort d'été et donc, est susceptible d'être une bouilloire thermique, notamment parce qu'il ne comporte pas de volets.
Mais l'indicateur de confort d'été passif a ses limites, notamment parce qu'il n'évalue pas l'environnement dans lequel se trouve le logement. "Il ne prend pas en compte la zone climatique dans laquelle se trouve le logement, si l'on est dans le nord de la France ou dans le sud-est par exemple, analyse Maider Olivier. Il ne regarde pas non plus l'effet d'îlot de chaleur urbain." Egalement, ce baromètre ne distingue pas des logements inconfortables d'habitations carrément dangereuses "dans lesquelles la température peut dépasser les 40 degrés, des logements petits, sans volets, sous les toits par exemple." Enfin, ce baromètre est seulement indicatif et n'est pas contraignant pour les propriétaires.
Le degré-heure, un indicateur limité aux logements neufs
Il existe aussi un indicateur contraignant : le degré-heure. Il a été formulé dans la RE2020, la réglementation environnementale que doivent obligatoirement respecter les entreprises du bâtiment. Cet indicateur établit une température maximale au-delà de laquelle un logement devient inconfortable : 26 degrés la nuit et 28 degrés la journée. Le baromètre compte chaque degré de dépassement de ces températures pour chaque heure du jour et de la nuit.
En dessous de 350 degrés par heure sur une année, le logement est confortable en cas de canicule. Le seuil maximum varie selon la taille du logement, la possibilité d'ouvrir ou non les fenêtres et la zone géographique du logement. Par exemple, pour un appartement de 20 à 60 m2 dans lequel on peut facilement ouvrir les fenêtres et situé en région parisienne, le seuil d'inconfort excessif est de 1250 degrés par heure sur une année.
Problème de cet indicateur : il ne concerne que les logements en construction, du parc neuf et non du parc existant. Les dépassements de température sont évalués à partir de simulations sur le futur logement. "Les seuils fixés dans ces simulations sont encore trop élevés puisque certains logements neufs, qui viennent de sortir de terre, sont des bouilloires thermiques, décrit Maider Olivier. Parce que par exemple il n'y a pas les bons isolants, il y a même des isolants qui vont renforcer la chaleur, ou parce qu'il n'y a pas de protections solaires sur les fenêtres."
Les associations comme la Fondation pour le logement réclament donc un indicateur adapté pour définir précisément les bouilloires thermiques et contraindre les propriétaires à y faire des travaux. "Avoir cet indicateur permettrait de prioriser l'action publique et donc de savoir où il faut intervenir en urgence, défend Maider Olivier. On pourrait aussi inscrire cet indicateur fiabilisé dans la loi et donc déclarer que les pires bouilloires thermiques sont des logements indécents et qu'il y a une obligation d'y faire des travaux pour pouvoir les louer comme pour les passoires thermiques."
What to Watch
AI outlook — possibilities, not facts
Les associations demanderont l'inscription de l'indicateur dans la loi pour déclarer les pires logements indécents.
Likely · Within months
Open Questions
- Quand un indicateur officiel sera-t-il créé ?
- Quelles sanctions pour les propriétaires ?
- Comment financer les travaux ?





