Manhattn's Burgers ouvre dans l'ancienne librairie Gibert Jeune à Paris, suscitant des réactions contrastées
Quick Look
- La chaîne belge Manhattn's Burgers ouvre son troisième restaurant parisien au 10 place Saint-Michel, dans l'ancienne librairie Gibert Jeune du Quartier Latin.
- Si le gérant se réjouit de redonner vie à un local vacant, certains riverains regrettent la perte d'un lieu culturel et dénoncent l'uniformisation du quartier avec des enseignes de restauration rapide.
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Why It Matters
La librairie Gibert Jeune était une institution emblématique du Quartier Latin de Paris, située place Saint-Michel. Son remplacement par un restaurant de burgers s'inscrit dans une tendance plus large de transformation commerciale du quartier, avec la disparition progressive de librairies et de commerces culturels au profit de chaînes de restauration.
Néons, carrelage rouge aux murs, banquettes et burgers généreux : au beau milieu du quartier latin de Paris, la décoration du Manhattn’s Burgers donne l’impression d’avoir été transporté à New York. Pour son troisième restaurant au sein de la capitale, la chaîne de restaurant belge s’est offert un emplacement de choix : le 10 place Saint-Michel. Là où, précisément, se tenait auparavant l’une des librairies iconiques du quartier, de Gibert Jeune. De quoi faire réagir les riverains.
Le lieu n’a pas été choisi au hasard : il allie visibilité et flux le midi, et surtout le soir et le week-end, explique Jérôme Vandermeulen cofondateur de la chaîne. Avec déjà une dizaine de restaurants à son actif, cet entrepreneur a l’habitude de poser ses valises dans des lieux de caractères, comme à Gand, en Belgique, dans un dépôt de grains du XIIIe siècle. Débarquer dans une ancienne librairie mythique du quartier latin ne lui faisait donc pas peur. «Les premiers retours sont assez agréables, parce que c’était un peu la verrue de cette place. Tout le monde est donc super content que ça ouvre et que ce soit beau et chaleureux», assure le gérant. Le maire du VIe arrondissement, Jean-Pierre Lecoq, confirme avoir vu sept projets de reprise du fonds de commerce, provenant essentiellement de restaurateurs. Le projet des deux frères belges est celui qui a su le mieux convaincre le propriétaire des murs.
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«C’est ainsi»
Reste que ce changement divise. Certains habitués du quartier, comme Annie et Yvan, s’en plaignent. Tous deux ont fait leurs études ici : «Perdre une boutique comme Gibert jeune c’est dommage. Le quartier s’est beaucoup dégradé, les commerces ont fermé. Alors un restaurant de burger, est-ce bien nécessaire ?», s’interrogent-ils. D’autres se montrent plus pragmatiques et accueillent la nouvelle avec lucidité : «Je pense qu’il vaut mieux que le local soit occupé, sinon ça se détériore. Il y a tellement de commerces vides dans le quartier… De toute manière, les burgers, ici, il n’y a plus que ça», soupire Jocelyne, une riveraine. «Bien sûr que c’est une bonne nouvelle, affirme quant à lui le maire de l’arrondissement. Il vaut mieux vaut avoir un commerce occupé qu’un rideau fermé. Les Français lisent de moins en moins et achètent de plus en plus sur internet. On peut le regretter, mais c’est ainsi», plaide-t-il.
Jean-Pierre Lecoq rappelle son souhait d’inscrire l’espace en zone touristique internationale, afin de permettre aux commerçants d’être ouverts le dimanche. Il évoque aussi une amélioration de leur situation grâce à la réouverture de Notre-Dame de Paris. Reste que l’avenir du quartier interroge. «J’attends de voir, murmure Kathy, buraliste non loin du nouveau restaurant. C’est vrai que Gibert, c’était chouette, car il y avait beaucoup de monde, des étudiants, des gens qui venaient de toute l’Île-de-France. Ça nous a ramené beaucoup de clients. Maintenant qu’ils sont partis, c’est plus calme». Un peu plus loin, rue Danton, Alain et Martine sont plus directs : «C’est très dommage, c’est quand même le quartier latin ! De moins en moins de commerces culturels, des ongleries et des burgers, ça ne tire pas vers le haut», se désole ce couple de retraités, anciens habitants du quartier.
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Le souvenir des librairies Gibert, qui encerclaient autrefois la place Saint-Michel, reste toutefois vivace. En 2022, le projet de remplacement d’un de ces établissements par un fast-food Five Guys avait déjà suscité l’ire de la maire du Ve arrondissement, Florence Berthout. Cette fois-ci, le Manhattn’s Burgers a voulu rendre hommage à sa manière à la célèbre chaîne, en proposant au menu un burger spécial : le «Gibert cheese burger». Un clin d’œil qui n’a pas amusé le libraire, déplore le restaurateur : «Ça aurait été chouette, parce qu’on les a contactés, mais ils n’ont pas voulu. À la place, on a mis des livres de New York, en hommage à Gibert jeune, dans le restaurant», explique-t-il.
Open Questions
- Quel sera l'impact à long terme de cette transformation commerciale sur l'identité culturelle du Quartier Latin ?
- La réouverture de Notre-Dame de Paris permettra-t-elle réellement de revitaliser les commerces du quartier comme l'espère le maire ?
- Y aura-t-il d'autres projets similaires de remplacement de librairies par des enseignes de restauration dans le secteur ?





