Marseille : Lenny, enfant blessé lors de la tuerie du Clos La Rose, devenu fantassin du narcobandistisme
Gravement blessé à 11 ans lors d'une fusillade à Marseille, Lenny comparaît aujourd'hui pour association de malfaiteurs dans une affaire de trafic de stupéfiants.
Quick Look
Lenny, plus jeune victime du narcobanditisme à Marseille en 2010 à l'âge de 11 ans, comparaît aux assises pour son implication dans le trafic de stupéfiants, illustrant la spirale de la délinquance issue de traumatismes d'enfance.
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Why It Matters
En novembre 2010, Lenny avait 11 ans lorsqu'il a été grièvement blessé par des tirs lors d'une fusillade liée au trafic de drogue dans la cité du Clos la Rose à Marseille.
Parce qu'il a été la plus jeune victime du narcobanditisme marseillais, Lenny a très tôt compris la violence du trafic de stupéfiants. Sans pouvoir échapper à la spirale de la délinquance qui lui vaut, seize ans après, de comparaître aux assises. En 2010, son histoire avait bouleversé Marseille et braqué les projecteurs sur ce qu'on appellera, une décennie plus tard, les « narchomicides ».
Lenny avait 11 ans lorsqu'un jour de novembre, alors qu'il sonnait chez sa sœur au bâtiment 41 de la cité du Clos la Rose, dans le 13e arrondissement, les passagers d'une voiture rouge lui avaient tiré dessus, le blessant gravement à la gorge, la mâchoire, à une main et un pied.
L'enfant n'avait aucun lien avec le trafic. Il tentait juste de se mettre vite à l'abri, terrorisé par la fusillade qui venait de coûter la vie à un adolescent de 16 ans assis dans un fauteuil de guetteur de la cité. « Je n'ai pas vu l'arme, j'ai vu que les flammes », témoignera-t-il plus tard.
Guerre de territoires de la drogue
Lenny est aujourd'hui un gaillard costaud, âgé de 27 ans, employé comme agent de propreté, a-t-il indiqué devant la cour d'assises des Bouches-du-Rhône, à Aix-en-Provence, où il est jugé depuis fin septembre pour son rôle, périphérique, dans une guerre de territoires de la drogue entre deux cités marseillaises.
Quatre de ses coaccusés répondent de l'enlèvement et de la tentative d'assassinat, le 21 juin 2021, d'un jeune guetteur employé sur un point de deal de la cité La Paternelle.
Lenny faisait partie, selon l'accusation, de l'équipe censée prendre la place du guetteur éliminé. Poursuivi pour association de malfaiteurs en récidive, infractions à la législation sur les stupéfiants et sur les armes, il comparaît libre.
« J’ai été happé »
Dès l'âge de 12 ans, à peine remis de sévères blessures qui avaient nécessité un mois d'hospitalisation, une longue rééducation et lui valent aujourd'hui le statut de travailleur handicapé, l'adolescent avait enchaîné les vols à la roulotte, dégradations et outrages...
L'avocate générale s'étonne de le retrouver, en juin 2021, guetteur à La Paternelle, une cité alors en proie à un conflit entre deux bandes. Quelques mois plus tôt, l'un de ses meilleurs amis était tombé sous les balles du narcotrafic. « J'ai été fortement marqué mais pas surpris », dit-il à propos de cet assassinat.
La violence subie enfant n'aurait-elle pas dû le tenir à l'écart des points de deal ? « Quand on n'a pas d'argent... Là, je prends 200 euros en même pas cinq heures », explique l'accusé. À une enquêtrice de personnalité, il avait décrit son parcours : « À 15 ans, j'ai été happé par la volonté de faire de l'argent facile. Un grand du quartier m'a proposé un plan, dans les stups. Je voulais montrer que j'étais vaillant ». Il confie que les foyers dans lesquels il est envoyé à l'âge de 14 ans l'ont « incité » à la délinquance : « Je m'en foutais des règles ». La prison, ce sera pire. Lorsque la présidente évoque l'une de ses détentions, il commente : « Oui, je trafiquais en prison ».
Quitter Marseille
Aujourd'hui, Lenny ne veut plus parler de la tentative d'assassinat qu'il a subie enfant. En 2016, entendu comme témoin au procès des auteurs de la fusillade du Clos la Rose, il avait cependant déclaré aux jurés : « Ça a changé le cours de ma vie, en mal ». L'adolescent qu'il était devenu expliquait qu'« avant, ça marchait bien, après j'ai arrêté l'école, le foot et depuis je ne fais rien ».
Son avocat, Me Frédéric Coffano, voit dans ce traumatisme de l'enfance les raisons du basculement de Lenny dans la délinquance. Et il souligne la volonté affichée par le jeune homme de tourner la page.
« C'est du passé, j'ai grandi », a affirmé l'accusé devant la cour. Il semble même regretter son refus d'un suivi psychologique : « Je pensais que les psys c'était pour les fous ». Son projet, c'est « travailler, avoir des enfants et partir de Marseille ». Les réquisitions de la cour d'assises sont attendues lundi et le verdict mardi ou mercredi.
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Le verdict de la cour d'assises sera rendu lundi, mardi ou mercredi.
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