
Les taux d'emprunt à long terme atteignent des niveaux records, reflétant une crise mondiale de la dette et des vulnérabilités spécifiques pour chaque économie.
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Le Royaume-Uni subit une forte inflation liée aux prix de l'énergie. La France est sous procédure pour déficit excessif depuis juillet 2024.
6,029 %. Ce jeudi 1er octobre, le taux à 30 ans des obligations d’État britanniques, les « gilts », a dépassé la barre des 6 % pour la première fois depuis janvier 1998. Or, en 2020, le même Trésor empruntait pour trois décennies à environ 0,4 %.
Ce choc arrive en pleine envolée mondiale des taux, et la France n’a rien d’une spectatrice. En effet, sur la même durée, Paris paie déjà autour de 5,4 % et Washington près de 5,6 %. Les trois pays empruntent donc presque au même prix. Pourtant, ils ne disposent pas des mêmes armes pour encaisser le choc.
Taux à 30 ans au Royaume-Uni : l’énergie met le feu aux gilts
Tout part d’une facture. En effet, le Royaume-Uni chauffe ses logements et produit une bonne part de son électricité au gaz. Or le prix de gros de ce gaz a bondi de 78 % entre juillet et la mi-septembre, selon la Banque d’Angleterre. De plus, le Brent dépasse 106 dollars le baril. L’inflation suit donc le mouvement.
Elle atteignait ainsi 3,1 % en août, dont 0,7 point dû aux seuls effets directs de l’énergie selon la banque centrale. Pire, celle-ci la voit grimper au-dessus de 4 % au premier trimestre 2027. Le 17 septembre, son comité a pourtant maintenu le taux directeur à 3,75 %, alors que trois membres sur neuf réclamaient déjà une hausse à 4 %. Les marchés, eux, ont déjà fait le reste du calcul.
Conséquence directe, le taux britannique à 10 ans grimpe à 5,51 %, du jamais vu depuis juillet 2007. Prêter au Royaume-Uni sur la durée coûte désormais une prime que plus personne n’avait réclamée depuis une génération.
Gilts : le fantôme de Liz Truss rôde encore à la City
Les investisseurs londoniens ont d’ailleurs la mémoire longue. En septembre 2022, le « mini-budget » de Liz Truss promettait quelque 45 milliards de livres de baisses d’impôts non financées. Le 30 ans britannique s’était alors envolé au-delà de 5 %. La Banque d’Angleterre avait même dû racheter des gilts en urgence. Aujourd’hui, le taux dépasse ce pic de près d’un point, sans le moindre budget explosif.
Taux à 30 ans aux États-Unis : le dollar ne protège plus de tout
Outre-Atlantique, le taux à 30 ans atteignait 5,59 % le 29 septembre, selon les données de la Réserve fédérale. Selon cette même série, il faut remonter à mai 2004 pour trouver un niveau équivalent. Le 10 ans s’établit quant à lui à 5,26 %, alors que le taux directeur effectif reste à 3,88 %.
Pourtant, les États-Unis disposent d’un privilège unique. Le dollar reste en effet la monnaie de réserve mondiale, et les banques centrales du monde entier stockent des bons du Trésor. Malgré ce coussin, la dette américaine coûte de plus en plus cher. Ainsi, l’écart entre le taux directeur effectif et le 30 ans dépasse désormais 1,7 point.
Taux à 30 ans en France : le moins cher, le plus exposé
Sur le papier, la France s’en sort mieux. Son taux à 30 ans s’établissait à 5,40 % le 29 septembre selon les données de marché compilées par Trading Economics, un record sur une série qui remonte à 1994. Le 10 ans tourne, lui, autour de 4,75 %, son plus haut depuis 2008.
Ce classement trompe pourtant l’œil. Paris profite en effet de l’ancrage allemand au sein de la zone euro. Or l’écart de taux avec l’Allemagne, le fameux spread OAT-Bund, dépasse 110 points de base, soit 1,1 point de pourcentage. Il tournait autour de 55 en début d’année. C’est désormais un niveau inédit depuis 2012.
Dette française : Paris joue sans filet
En réalité, la France ne contrôle ni sa monnaie ni sa banque centrale. La Banque d’Angleterre a prouvé en 2022 qu’elle pouvait intervenir seule, et Washington émet la devise que le monde entier réclame. La France dépend de la BCE, dont le filet de sécurité reste conditionné au respect des règles budgétaires européennes. Paris fait pourtant l’objet d’une procédure pour déficit excessif depuis juillet 2024.
Ajoutez une dette de 119 % du PIB fin juin selon l’Insee, un déficit que le gouvernement espère seulement ramener à 5 % en 2027 et une note A+ chez Fitch. Le tableau s’assombrit vite.

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