« On travaille plus et on mange moins » pour payer son essence en Roumanie
Face à la hausse des prix à la pompe, les Roumains peinent à maintenir leur pouvoir d'achat et adaptent leurs modes de vie.
Quick Look
- À Bucarest et dans toute la Roumanie, la flambée des prix des carburants et de l'inflation fragilise les ménages.
- Entre salaires stagnants et hausse des coûts de transport et de logement, les citoyens adoptent des stratégies de survie individuelles.
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Why It Matters
L'inflation en Roumanie est exacerbée par la hausse des prix de l'énergie et des produits de base. Le salaire minimum net est de 2 699 lei.
De notre envoyée spéciale à Bucarest,
Circulez (s’il vous reste de l’essence), il n’y a rien à voir. A Bucarest, capitale de la Roumanie, la question du prix des carburants s’avère explosive. Le gérant d’une petite station-service Petrom s’élance précipitamment vers nous pour faire cesser les interviews des clients qui se succèdent à la pompe. « Vous n’avez pas le droit de poser des questions comme ça », s’écrie-t-il, estimant que c’est « mal » et que Petrom pourrait le « punir pour ça ». Pourtant, l’inflation des prix des carburants est un secret de polichinelle dans le pays.
Dans la rue, les cafés ou à la pompe, les Roumains constatent tous une dégradation de l’économie. Déjà en mars 2026, le site Stirile notait l’augmentation des prix à la pompe depuis la guerre en Iran, avec une essence qui dépassait 8 lei (1,5 euro) le litre. Elle flirte désormais autour de 10 lei (1,90 euro) et de 11 lei (plus de 2 euros) le litre pour le diesel. « Il y a deux semaines, le gazole est même monté à 13 lei le litre », s’agace Denis, 32 ans.
Une « question de survie »
S’il existe des variations selon les stations-service, ces prix proches des standards européens s’avèrent particulièrement difficiles à soutenir pour les Roumains. En juillet dernier, le salaire minimum a été revalorisé à 2.699 lei net (soit 530 euros), bien loin de suivre l’inflation. Même pour une personne qui dispose d’un salaire médian, un plein de 50 litres de gazole peut représenter près de 15 % de ses revenus mensuels. « Le prix de l’essence n’arrête pas d’augmenter, mais nos salaires eux, jamais ! », peste Gabriel, chauffeur de VTC.
La voiture de Florin, conducteur de taxi, roule au diesel. « C’est devenu un immense problème, soupire l’homme en plissant ses yeux bleus. Et moi, c’est mon travail. Comment je peux m’en sortir ? », s’interroge-t-il avant de s’engouffrer dans son véhicule pour une nouvelle course. « C’est même plus une question d’argent, c’est une question de survie désormais. Et je ne suis même pas le plus à plaindre », soupire son collègue VTC.
A Constanta, sur le bord de la mer Noire, Nicolas estime que « le problème n’est pas tant l’augmentation des prix que les salaires ». Le jeune homme, qui étudie le droit et le management, veut partir pour la capitale dès la fin de ses études. « Ici, on a aucune opportunité professionnelle, on est coincés avec de bas salaires », estime-t-il.
S’adapter pour survivre
« Les temps sont vraiment durs. Mais nous, on ne va pas se mettre à tout casser », rit Gabriel, en référence aux mobilisations lycéennes françaises dont les débordements sont particulièrement mis en avant en Roumanie. Pour lui, la solution est simple : « Il faut s’adapter. Ici c’est : travaille plus et mange moins. » Car les Roumains sont peu enclins à se mobiliser pour protester contre le coût de la vie. A l’été 2022, des appels à boycotter les stations-service certains jours ont été lancés. L’opération « plein à 1 leu » a aussi été lancée.
Elle consistait à remplir son réservoir d’une quantité dérisoire de carburant tout en monopolisant la pompe avec des méthodes légales : vérifier lentement la pression de ses pneus ou soigneusement nettoyer son pare-brise. Tout pour ralentir la queue et les profits des compagnies pétrolières. Mais plutôt que de s’organiser collectivement, les Roumains préfèrent s’adapter individuellement. « Beaucoup de gens ne peuvent plus sortir avec leur voiture, c’est la base de la laisser chez soi pour économiser. Et pour aller au travail ? Eh bien, tu n’as qu’à utiliser les transports publics », lance Denis. Gabriel lui admet avoir fait une croix sur sa vie sociale pour économiser.
Des produits de plus en plus chers
La situation s’avère d’autant plus difficile pour les Roumains qu’une part massive de leurs produits est acheminée par la route. Quand les prix des carburants augmentent, les prix de nombreuses denrées suivent mécaniquement. « Avec la même somme qu’il y a deux ou trois ans, j’achète un tiers seulement de ce que j’achetais avant », soupire Gabriel.
En septembre, l’inflation était estimée à 6,61 % sur un an en Roumanie, avec une explosion des prix de certains produits. Ainsi, le café a connu une augmentation de 13 %, les œufs de 10,8 % et le poisson de 5,3 %. plus inquiétant encore, les loyers ont augmenté de près de 40 % et l’eau courante de plus de 14 %. Incapable de payer son loyer à Brasov, une ville située dans une région montagneuse du pays, Gabriela confie être rentrée à Constanta pour vivre en colocation avec sa sœur. « La plupart des gens que je connais n’ont pas dû déménager, mais ils sont incapables d’acheter dans ce contexte économique. »
Denis, lui, soupçonne même le gouvernement de minimiser le problème de l’inflation dans ses rapports « pour éviter qu’on subisse une dégradation de notre notation ». Un peu plus loin dans la station-service, un quinquagénaire se penche pour attraper son portefeuille dans sa voiture. « Pour moi, ce n’est pas tant un problème », lance-t-il dans un sourire. Et d’ajouter avec un mouvement de menton : « C’est une voiture de fonction. » Un luxe sur lequel bien peu de Roumains peuvent se reposer.
Open Questions
- Quelles mesures gouvernementales seront prises pour contrer l'inflation ?
- L'évolution des prix des carburants va-t-elle impacter la notation financière du pays ?





