
Chainalysis, Binance, Coinbase et des agences internationales ont identifié 14 000 pistes d'enquête liées à des contenus pédocriminels sur le dark web.
AI-generated summary
L'opération Lighthouse fait suite à des initiatives similaires comme Spincaster en 2024 et l'affaire Welcome To Video en 2019.
Le pire du dark web, tracé transaction par transaction. Chainalysis a coordonné avec Binance, Coinbase et une dizaine de services de police internationaux une opération baptisée Operation Lighthouse, dirigée contre les réseaux qui monnayent des contenus pédocriminels en cryptomonnaies. Plus de 14 000 pistes d’enquête ont été remises aux forces de l’ordre.
Derrière le sigle CSAM (child sexual abuse material, contenus d’abus sexuels sur mineurs) se cachent des boutiques hébergées sur des réseaux anonymisés, qui facturent l’accès à leurs archives en bitcoin, en monero ou en stablecoins. Le maillon faible de ce commerce, c’est le paiement lui-même.
Points clés
Chainalysis a réuni Binance, Coinbase, Block et quatre agences de police (Europol, Australie, Canada, Royaume-Uni) pour traquer des réseaux pédocriminels dans 125 pays.
Cette collaboration a débouché sur plus de 14 000 pistes exploitables, tirées de l’examen de dizaines de milliers d’adresses crypto et de plus d’une centaine de forums clandestins.
Un précédent existe déjà sur les arnaques : en 2024, une opération similaire visant l’approval phishing avait généré 7 000 pistes pour 162 millions de dollars de pertes repérées.
La preuve par l’exemple remonte à 2019, avec Welcome To Video : le traçage de paiements en bitcoin avait alors permis 337 interpellations et le sauvetage de 23 mineurs.
29 000 adresses crypto passées au crible
L’opération s’est installée dans les locaux new-yorkais du National Cyber-Forensics and Training Alliance. Chainalysis y a coordonné Europol, la police fédérale australienne, la Gendarmerie royale du Canada, le National Crime Agency britannique et des entreprises comme Binance, Coinbase et Block.
Résultat des courses :
29 000 adresses et identifiants numériques passés au crible,
plus de 100 forums et places de marché visés,
des suspects localisés dans 125 pays (dont certains étaient déjà fichés comme délinquants sexuels).
« Les criminels exploitent les services financiers, les moyens de paiement, les réseaux sociaux et les plateformes internet pour commettre ou faciliter ces crimes (…) Il est donc essentiel que ces secteurs unissent leurs forces pour prévenir et combattre les abus sexuels en ligne sur mineurs, et pour identifier ceux qui les commettent, les permettent ou les facilitent. »
Danny van Althuis, responsable d’équipe à Europol
« Chainalysis a lancé l’opération Lighthouse, une initiative inédite menée conjointement par les forces de l’ordre et le secteur privé pour démanteler les réseaux de pédopornographie utilisant les cryptomonnaies. Cette opération, qui s’est déroulée sur plusieurs jours, a permis de générer 14 300 pistes d’enquête, de découvrir plus de 7 700 comptes suspects et d’identifier des personnes impliquées dans des activités pédopornographiques dans 125 pays. »
Un format déjà rodé sur les arnaques crypto
Chainalysis avait déjà testé ce type de collaboration en 2024 avec Operation Spincaster, qui réunissait des enquêteurs de six pays et une douzaine d’entreprises crypto pour cibler l’approval phishing. C’est une arnaque qui pousse la victime à signer une autorisation de dépense sur son wallet.
Dans les détails, des analystes remontent les flux avec le logiciel Reactor, les plateformes confrontent en direct les adresses obtenues à leurs bases de clients vérifiés, et chaque correspondance devient une piste exploitable. Spincaster avait produit 7 000 pistes pour 162 millions de dollars de pertes identifiées. L’Opération Lighthouse applique la même mécanique à un objet autrement plus sombre et double le compteur.
Retenons toutefois, qu’une piste n’est pas une arrestation. C’est une adresse rattachée à un compte identifié, avec un historique de paiements horodatés : un dossier prêt à atterrir sur le bureau d’un procureur. La transformation en poursuites dépend ensuite des juridictions nationales, de la prescription et des éléments complémentaires réunis hors chaîne.
Les cryptomonnaies, les meilleurs balances face aux criminels
La démonstration date de 2019, avec le démantèlement de Welcome To Video, la plus grande place de marché pédocriminelle du dark web à l’époque. Le site, opéré depuis la Corée du Sud, facturait ses téléchargements en bitcoin. En remontant les paiements, les enquêteurs américains, britanniques et sud-coréens ont abouti à 337 interpellations dans 38 pays et au sauvetage de 23 mineurs, selon le ministère américain de la Justice.
« Grâce au traçage sophistiqué des transactions en bitcoin, les agents spéciaux de l’IRS-CI ont pu déterminer l’emplacement du serveur du dark web, identifier l’administrateur du site et finalement localiser physiquement le serveur en Corée du Sud. »
Don Fort, alors chef de la division des enquêtes criminelles de l’IRS (IRS-CI)
Depuis, les vendeurs ont adapté leurs méthodes : montants fractionnés, passage par des mixers, bascule vers des cryptomonnaies à confidentialité renforcée comme monero. Aucune de ces parades ne règle le problème de fond. À un moment ou à un autre, il faut convertir les fonds en monnaie fiduciaire, et ce point de sortie reste, dans l’immense majorité des cas, une plateforme d’échange soumise à des obligations de vérification d’identité.
Binance et Coinbase, du KYC au dossier judiciaire
La présence des deux plus grandes plateformes mondiales dans Lighthouse pèse lourd.
Binance a bâti depuis 2021 une équipe d’investigation composée d’anciens agents fédéraux américains, notamment issus de l’IRS-CI et du FBI. « La transparence inhérente à la blockchain rend difficile pour les criminels de se cacher longtemps tout en exploitant leurs victimes », a résumé Gavin Sather, responsable du programme anti-exploitation sexuelle des mineurs chez Binance. Coinbase, de son côté, publie régulièrement le décompte de ses demandes judiciaires reçues.

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