
Une vingtaine de familles d'élèves visent la Ville de Paris et treize responsables, dont Anne Hidalgo et Emmanuel Grégoire, pour avoir ignoré des alertes.
Une vingtaine de familles de maternelles déposent plainte à Paris contre la Ville et 13 responsables, dont Anne Hidalgo et Emmanuel Grégoire, pour avoir ignoré pendant une décennie des alertes de violences menant à des viols d'enfants.
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Un rapport de l'Inspection générale de la Ville de Paris formulait 50 recommandations en juin 2015 sur la sécurité périscolaire, dont la plupart n'auraient pas été appliquées.
Une vingtaine de familles d’enfants de maternelle doivent déposer ce lundi 12 octobre une plainte collective auprès du parquet de Paris contre la Ville de Paris et treize de ses responsables ou anciens responsables, dont le maire PS Emmanuel Grégoire et sa prédécesseure Anne Hidalgo, a appris Le Figaro auprès de leur conseil, Me Louis Cailliez. Elles les accusent d’avoir ignoré pendant plus de dix ans les alertes sur les violences dans le périscolaire, jusqu’aux viols présumés commis dans deux écoles des 7e et 15e arrondissements de Paris.
Les plaignants sont des parents d’élèves des écoles maternelles Saint-Dominique (7e) et Volontaires (15e), dont les enfants fréquentaient le périscolaire en 2025 et 2026. Leurs enfants ont soit été victimes d’animateurs mis en examen pour viols et agressions sexuelles, soit été exposés à ce risque. Révélée samedi par La Tribune Dimanche, la plainte de 46 pages, que Le Figaro a pu consulter, vise les délits de mise en danger d’autrui, de non-dénonciation de mauvais traitements ou d’agressions sexuelles sur mineurs, de non-assistance à mineur en danger, et de faux témoignage sous serment.
Outre Emmanuel Grégoire et Anne Hidalgo, la plainte vise également Patrick Bloche, adjoint chargé de l’éducation depuis 2017, puis premier adjoint, ainsi que plusieurs membres de leurs cabinets et des responsables de la direction des affaires scolaires (Dasco) et de la circonscription des 7e et 15e arrondissements. Si elle se concentre sur ces deux écoles, la plainte entend identifier les fautes commises «à chaque maillon de la chaîne hiérarchique de la Ville de Paris». Elle doit rejoindre l’enquête ouverte par le parquet, annoncée le 10 septembre par la procureure de la République, Laure Beccuau. «Cette plainte répond à un besoin vital des familles de comprendre la succession sidérante de fautes graves commises par l’administration pendant une décennie... jusqu’à l’irréparable», déclare au Figaro leur avocat, Me Louis Cailliez.
Au centre de la plainte figure le parcours d’un animateur de l’école Saint-Dominique, aujourd’hui mis en examen pour viols et placé en détention provisoire. Selon le document, des parents ont alerté la ville dès septembre 2025 sur son comportement à l’égard d’enfants de petite section : «humiliations, privations de nourriture ou de récréation, interdiction de parler, obligations de rester debout, extinction des lumières, hurlements et punitions».
Selon la plainte, l’animateur n’a fait l’objet «ni d’une suspension, ni d’un signalement, ni d’une enquête administrative». Il a cependant été muté le 15 décembre 2025 à l’école Volontaires, sans que la directrice, le responsable du périscolaire ni les parents soient informés des raisons de son arrivée. À Saint-Dominique, les familles se seraient vues expliquer qu’il était «en arrêt maladie». Entre le 15 décembre et le 2 février, l’animateur commis des viols et agressions sexuelles sur deux enfants de l’école Volontaires.
Dans le compte rendu officiel d’une réunion de crise tenue le 11 février 2026, joint à la plainte, la ville justifiait ce départ par la prolongation de la période de stage de l’animateur, alors en voie de titularisation : «la procédure veut que dans ce cas-là, le stagiaire soit changé de terrain de stage». Lors de cette réunion, la directrice des affaires scolaires aurait déclaré «lui redonner une chance (…) on le remet à l’épreuve dans un autre cadre», selon un enregistrement audio cité également par la plainte. Le 18 mars, cette dernière aurait fini par admettre «qu’il n’existait tout simplement pas de procédure de déplacement», tandis que son adjoint aurait reconnu : «oui on aurait sans doute dû faire un signalement, mais on nous dit qu’on fait trop de signalements».
Avant même cette mutation, l’école Saint-Dominique avait connu un premier cas. En mai 2025, le responsable de l’équipe périscolaire avait été suspendu après une plainte pour agression sexuelle. Les parents se seraient pourtant vus expliquer qu’il était «simplement en arrêt maladie», et les parents élus auraient été priés de «ne pas ébruiter l’affaire». La ville lui aurait même confié la direction du centre de loisirs de l’école en août 2025.
Selon les familles, la ville connaissait le danger depuis plus de dix ans. En juin 2015, un rapport de l’Inspection générale de la Ville de Paris formulait 50 recommandations, dont le signalement systématique à la justice et la suspension immédiate de tout agent mis en cause. D’après la plainte, «quasiment aucune» n’a été appliquée avant 2026. Une «mission flash» commandée par Anne Hidalgo «dans le plus grand secret» en décembre 2025 aurait conclu qu’«à peine une vingtaine» de recommandations avaient été prises en compte. Selon des chiffres présentés par Emmanuel Grégoire en septembre dernier devant le Conseil de Paris, la Ville a effectué sept signalements à la justice en 2021, contre 159 en 2026.
Patrick Bloche est, par ailleurs, accusé d’avoir visionné dès décembre 2025 les images tournées en caméra cachée à Saint-Dominique par l’émission Cash Investigation, puis d’avoir laissé passer plusieurs semaines, jusqu’à leur diffusion le 29 janvier 2026, «sans procéder à la moindre dénonciation, ni enquête administrative, ni suspension d’animateurs ni signalement à la justice».
Devant la commission d’enquête du Sénat, le 15 septembre dernier, Anne Hidalgo avait affirmé avoir confié en 2020 le suivi du rapport de 2015 à son adjointe Dominique Versini. Le 29 septembre, celle-ci l’a démentie sous serment : «la maire de Paris ne m’a jamais confié la responsabilité politique du suivi des recommandations faites par l’inspection générale du rapport de 2015». Emmanuel Grégoire a lui engagé un plan d’action de 20 millions d’euros contre des dérives qu’il juge «systémiques», et son entourage assurait en septembre que «la Ville et ses services se (tenaient) à disposition» de la justice. L’avocat d’Anne Hidalgo, Me Patrick Klugman, avait, lui, récusé qu’une «quelconque infraction» puisse être reprochée à sa cliente.
À Paris, 195 animateurs du périscolaire ont été suspendus, dont 74 pour suspicions de violences sexuelles sur mineurs, depuis le début de l’année 2026. Sur le volet pénal, plus de 230 enquêtes sont en cours dans les écoles et crèches de la capitale.
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