Polémique autour de l'accord migratoire signé entre Jordan Bardella et Nigel Farage
Le président du RN a signé un protocole d'accord avec le parti britannique Reform UK prévoyant le renvoi vers la France de migrants interceptés dans les eaux britanniques.
Quick Look
- Jordan Bardella (RN) a signé un protocole d'accord avec Nigel Farage (Reform UK) prévoyant le renvoi en France des migrants interceptés dans les eaux britanniques.
- Cette mesure a suscité une vive polémique au sein de la classe politique française.
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Why It Matters
Le RN et Reform UK ont signé un protocole d'accord visant à durcir les politiques migratoires nationales. Le texte prévoit notamment le renvoi systématique des migrants interceptés dans les eaux britanniques vers la France.
Avec la signature d'un protocole d'accord avec le Britannique Nigel Farage, Jordan Bardella est parvenu à rassembler la quasi-totalité de la classe politique contre lui. Le président du Rassemblement national (RN) a symboliquement signé, vendredi 4 septembre, un accord sur l'immigration avec son allié anti-européen lors du congrès du parti Reform UK au Royaume-Uni.
Dans ce texte qui imagine une victoire de ces deux partis alliés lors des prochaines élections, un volet prévoit notamment le renvoi vers la France de migrants interceptés dans les eaux britanniques. La mesure a aussitôt été critiquée par les adversaires politiques du président du RN, de Jean-Luc Mélenchon à Edouard Philippe. Franceinfo revient sur trois jours de polémique.
Jordan Bardella s'accorde avec Reform UK
Vendredi, le patron du RN s'est fendu d'un discours de vingt minutes en anglais, devant un parterre de militants britanniques du parti anti-immigration Reform UK, rassemblés à Birmingham, dans le centre de l'Angleterre. Appelé à être Premier ministre en cas de victoire de Marine Le Pen à la présidentielle de 2027, le chef du parti d'extrême droite a notamment promis que son gouvernement "fera tout ce qui est en son pouvoir pour que la France ne soit plus la porte d'entrée de l'immigration clandestine vers le Royaume-Uni". Ce serment a ensuite été scellé par la signature, sur la même scène, d'un "protocole d'accord" avec Nigel Farage.
Dans le détail, ce document précise que les deux partis d'extrême droite s'engagent "dans l'hypothèse où [ils] formeraient les prochains gouvernements respectifs de la France et du Royaume-Uni", à "mener une politique migratoire nationale restrictive". Le protocole d'accord stipule, entre autres, que "lorsqu'un migrant illégal arrivera au Royaume-Uni en provenance de France, il sera immédiatement placé en détention et expulsé vers son pays d'origine, sans possibilité de demander l'asile".
Vient ensuite la mesure la plus controversée : "Le Royaume-Uni interceptera les embarcations parties des côtes françaises et pénétrant dans les eaux territoriales britanniques et ramènera en France les personnes se trouvant à bord. La France reconduira ces personnes vers leur pays d'origine." Le leader de Reform UK a assuré qu'ainsi "les gens qui sont venus en France avec l'intention de rentrer dans notre pays n'y arriveront pas".
Les critiques fusent immédiatement
Le paraphe apposé par Jordan Bardella au bas de ce document a très vite suscité des critiques de ses adversaires. Le ministre de l'Europe, Benjamin Haddad, a dénoncé dès vendredi sur X une "humiliation". Avant de qualifier l'accord concernant de "soumission contraire à nos intérêts et notre souveraineté".
Edouard Philippe, président d'Horizons et candidat à la présidentielle, a dans la foulée fustigé sur X un "revirement" du RN. "Voir Jordan Bardella signer un accord qui prévoit de renvoyer en France les migrants interceptés dans la Manche, celle-là, on ne l'avait pas vu venir", a ironisé le maire du Havre, se demandant au passage si Marine Le Pen, la candidate du parti d'extrême droite, "est sur la même ligne".
Jordan Bardella n'a pas tardé à lui répondre. "Les camps de migrants qui s'entassent dans le nord de la France, c'est vous. Les milliers de traversées illégales de la Manche, c'est vous. Les records d'immigration, c'est encore vous", l'a-t-il accusé. "Contrairement à ce que vous affirmez, nous tarirons les flux d'immigration illégale vers le Royaume-Uni en faisant ce que vous avez échoué à faire : protéger nos frontières nationales et faire respecter nos lois."
Le candidat Renaissance à la présidentielle, Gabriel Attal, a de son côté évoqué vendredi sur X une "faiblesse indigne" du président du Rassemblement national. "Notre pays deviendrait le garde-barrière des Anglais ? Ne pas voter Le Pen en 2027 devient une question de dignité nationale", a enfin réagi Jean-Luc Mélenchon, candidat insoumis à la présidentielle, sur X.
Les candidats à la présidentielle réagissent
Le leader insoumis a surenchéri lors de son discours de rentrée à la braderie de Lille samedi. Jean-Luc Mélenchon a qualifié de "lamentables" les propos tenus la veille par Jordan Bardella en Angleterre. "Sans qu'on lui ait rien demandé, il promet aux fascistes anglais que les Français récupéreront les gens qu'ils voudront mettre dehors. (...) Comment peut-on être aussi misérable ? Non, ce n'est pas la France qui parlait, c'était seulement un fasciste sans réputation", a-t-il asséné.
Au même endroit, Gabriel Attal a qualifié l'intervention de Jordan Bardella d'"absolument sidérante", considérant la signature du protocole d'accord comme "une soumission totale" de la France. "On atteint des degrés d'impréparation et de soumission qui sont quasiment jamais vus dans l'histoire du Rassemblement national récente. (...) Je crois que c'est illustratif de leur politique étrangère qui est celle d'une grande soumission à l'égard d'autres puissances, parfois dictatoriales", a-t-il insisté.
Egalement présent à Lille, le président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, a quant à lui dénoncé "la prosternation" de Jordan Bardella devant Nigel Farage. Au micro d'ICI Nord, celui qui se présente également à l'élection présidentielle a par ailleurs accusé Jordan Bardella d'avoir "proposé de devenir un sous-traitant de la Grande-Bretagne".
Le RN peine à justifier cet accord
Sommé de clarifier les choses sur BFMTV samedi en fin d'après-midi, Jordan Bardella a tenté d'atténuer la polémique. "Le protocole ne prévoit pas que nous laissions traverser des migrants et que ces migrants soient déboutés ou repoussés sur les côtes françaises. Ce protocole prévoit l'arrêt de l'immigration clandestine en France", a-t-il martelé
Le président du Rassemblement national a assuré que l'accord n'aurait pas pour effet que les migrants interceptés dans la Manche soient renvoyés en France, car "il n'y aura plus de migrants qui traverseront la Manche". Quant à Gabriel Attal et Edouard Philippe, que Jordan Bardella a qualifiés d'"immigrationnistes forcenés", ils n'ont "aucune leçon de gestion de l'immigration à nous donner", a-t-il raillé.
La proposition paraphée par Jordan Bardella est tout de même assez difficile à justifier pour les cadres du RN, un parti qui a fait de la lutte contre l'immigration clandestine un mantra. La députée Edwige Diaz a accusé samedi ses opposants "d'inventer des polémiques". Elle a assuré sur BFMTV que les migrants seraient ramenés en France pour être "placés en détention en prévision de leur expulsion".
Open Questions
- La faisabilité juridique du renvoi des migrants vers la France.
- La position officielle de Marine Le Pen sur cet accord.






