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La couverture vaccinale contre la grippe saisonnière en France a connu une baisse depuis 2021, passant sous la barre des 54 % en 2025, alors que l'OMS recommande un taux de 75 % pour les personnes à risque. Cette tendance s'inscrit dans un contexte de méfiance vaccinale accrue après la crise du Covid-19.
Fièvre, toux, courbatures, fatigue… Quiconque a connu la grippe, même en bonne santé, ne peut pas la prendre totalement à la légère. Elle nécessite fréquemment d’interrompre ses activités habituelles pour au moins trois à cinq jours. Or, depuis 2021, la couverture vaccinale de la grippe saisonnière a baissé de plusieurs points en France pour s’établir à 53,7 % au global en 2025, quand l’organisation mondiale de la santé recommande 75 % pour les personnes à risque.
Pire, le vaccin contre la grippe est encore moins bien perçu que d’autres vaccins. « Une des enquêtes du réseau de recherche menée à l’été 2025 montre que le vaccin contre la grippe est celui qui recueille le moins d’opinions favorables, que ce soit par rapport aux vaccins contre l’hépatite B, le HPV, la rougeole, ou les vaccins en général », pointe Patrick Marcel Peretti-Watel, sociologue à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM).
La campagne de vaccination, qui cible en particulier les personnes avec des comorbidités, les plus de 65 ans et les femmes enceintes, vient de démarrer. On tente de comprendre pourquoi la population ne se pique pas d’intérêt pour ce vaccin.
Un vaccin inutile ?
Dans un baromètre publié en 2021 par Santé publique France sur les freins à la vaccination, l’inutilité du vaccin ressort pour 41,6 % des personnes non vaccinées en France Hexagonale. Suivent la peur des effets indésirables (13,6 %) et 5,9 % d’entre elles se déclarent opposées à la vaccination.
« On a régulièrement des vaccins contre la grippe [conçus à partir des souches de virus en circulation lors de l’année précédente] qui sont efficaces à moins de 50 %, fait valoir Patrick Marcel Peretti-Watel. Alors évidemment, d’un point de vue santé publique, même un vaccin qui est efficace à seulement 30 %, va sauver des milliers de vies mais pour un individu se faire vacciner et avoir potentiellement des effets secondaires, cela ne soulève pas beaucoup d’enthousiasme. »
D’un point de vue individuel, le docteur Dr Duc Nguyen, médecin au service des maladies infectieuses et tropicales au CHU de Bordeaux, souligne tout de même que cette année, cela permet une diminution de 30 % du risque d’avoir la maladie et d’un peu moins de 40 %, celui d’être hospitalisé. « Il existe aussi un bénéfice indirect, souligne-t-il. Lorsque les gens ne sont pas malades ils transmettent moins et par conséquent, s’il y a moins de personnes infectées, il y a moins de transmission de la maladie dans la population générale. »
Une défiance envers l’Etat ?
Dans les pays Scandinaves, on vaccine les enfants contre la grippe alors qu’ils n’ont pas un bénéfice direct, dans l’objectif de protéger leurs grands-parents, la population à risque, rapporte Patrick Marcel Peretti-Watel. Il pointe des différences culturelles mais aussi une plus grande confiance dans les autorités sanitaires et davantage de civisme.
« On observe que certaines populations qui s’estiment maltraitées par les pouvoirs publics, sont d’autant plus réticentes au vaccin, par exemple en milieu rural », pointe le sociologue. On peut aussi citer les soignants, particulièrement peu convaincus de son intérêt. Dans les Ehpad, où ils sont pourtant en contact avec des personnes très fragiles, leur couverture vaccinale n’atteint que 25 %.
Patrick Marcel Peretti-Watel estime aussi que la mise en place d’un vaccin bivalent COVID-19 grippe, n’a pas joué en faveur du vaccin contre la grippe. Et, la crise sanitaire de 2019 et 2020 et son lot d’obligations vaccinales ont renforcé encore la méfiance. « Beaucoup de gens se sont sentis contraints d’accepter un vaccin alors qu’ils n’étaient pas convaincus, soit de son efficacité, soit de l’absence d’effets secondaires », ajoute-t-il.
Une méconnaissance des risques
« Je pense qu’il faut avoir en tête que le risque d’hospitalisation pour infarctus dans les sept jours qui suivent un épisode de grippe est multiplié par six, donc c’est quand même relativement important », rappelle le docteur Nguyen qui estime que la vaccination contre la grippe joue un rôle tout aussi important que les statines dans la prévention des maladies cardiovasculaires.
Et ce médecin rappelle que les comorbidités (diabète, maladies cardiovasculaires, etc.) concernent beaucoup de personnes, ciblées par l’Assurance maladie pour l’envoi de bons de vaccination.
Dans les CHU où des équipes mobiles sont déployées pour mieux informer les soignants sur les enjeux de la vaccination, on voit une augmentation de leurs couvertures vaccinales. « Mais on aura toujours une infime partie de gens opposés », relativise le docteur Duc Nguyen.
Toutes nos infos sur la grippe
Une éventuelle obligation vaccinale suscite en tout cas beaucoup d’opposition et pourrait même être contre-productive. « Même restreinte aux soignants, à peine la moitié des Français y serait favorable », pointe le sociologue.
AI outlook — possibilities, not facts
La couverture vaccinale contre la grippe restera en dessous de l'objectif de 75 % tant que les freins à la vaccination ne seront pas adressés.
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