
Marge d'erreur, taille de l'échantillon, formulation des questions... Le chercheur Nicolas Hubé donne des clés pour prendre du recul face au déluge de sondages à six mois du scrutin.
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À six mois de l'élection présidentielle française, les instituts de sondage publient de nombreuses enquêtes d'intentions de vote.
On ne compte plus les sondages déjà publiés, à six mois de l'élection présidentielle. Des hypothèses en cascade, des candidats parfois pas encore déclarés, des échantillons différents… Comment s'y retrouver alors qu'ils sont régulièrement relayés et commentés ? Quelques réflexes permettent de prendre un peu de recul par rapport à ce déluge de chiffres et de courbes. Nicolas Hubé, enseignant au Centre de recherche sur les médiations (Crem), à l'Université de Lorraine, revient sur les principaux éléments qui doivent mettre la puce à l'oreille.
1 Repérer la marge d'erreur
"Il y a toujours une marge d'erreur assez importante, de l'ordre de 3 à 4 points, selon le nombre de personnes interrogées", rappelle Nicolas Hubé. Des différences ou des variations d'un point ou deux d'un sondage à l'autre, par exemple, perdent de leur pertinence parce qu'elles seront comprises dans la marge d'erreur. Le risque est donc de surinterpréter les résultats. "Il faudrait même pratiquement classer les personnalités en fonction de fourchettes", estime l'enseignant, qui convient de la difficulté à les commenter. Tel candidat est "entre 12 et 15 points, et son rival entre 10 et 14, c'est beaucoup moins simple à expliquer".
Ce chiffre est toujours précisé dans les études originales des instituts de sondage, mais bien moins souvent dans les articles de presse qui les relaient.
2 Vérifier la taille de l'échantillon
Pour réduire la marge d'erreur, il faut augmenter la taille de l'échantillon, c'est-à-dire interroger davantage de personnes. "On utilise souvent le nombre de 1 000 personnes interrogées" car la marge d'erreur est "assez réduite", c'est "un bon compromis, on a un chiffre assez précis et ce n'est pas trop compliqué à obtenir, ni trop cher", explique le professeur en sciences de l'information et de la communication. Si l'enquête a été réalisée auprès d'environ un millier de personnes, et qu'on ne connaît pas la marge d'erreur, il peut être plus prudent "d'ajouter ou retrancher trois points" à une personnalité testée, estime-t-il.
Dans un sondage réalisé sur 300 à 500 personnes, cette marge sera logiquement plus importante. "Sauf, par exemple, si on a 300 agriculteurs interrogés. Vu la population d'agriculteurs, on peut se dire que cela commence à être intéressant", relève le spécialiste.
La taille de l'échantillon est aussi obligatoirement précisée dans les documents officiels des instituts de sondage et apparaît en principe dans les articles.
3 Prêter attention aux questions posées
De nombreux sondages ne limitent pas leurs questions à "Pour qui voteriez-vous ?", mais explorent certaines thématiques : "Qui est le candidat qui a la plus de légitimité, plus de charisme, etc." Des questions un peu "piégeuses", selon Nicolas Hubé, car "on ne sait pas à l'aune de quoi untel juge le charisme de quelqu'un. C'est quoi le charisme pour les jeunes, pour les vieux, les femmes, les hommes" interrogés ? Elles peuvent comprendre très différemment la question. Même chose sur la compétence : "Compétent parce qu'il/elle a des diplômes ? Parce qu'il comprend le monde ?"
Ce qui doit retenir l'attention, estime l'enseignant, ce n'est pas tant la question posée que la manière dont les commentaires politiques vont s'en emparer : "Le chiffre n'est pas très intéressant, c'est plutôt comment on va construire la probabilité pour tel candidat d'être bon ou pas bon, de le qualifier ou de le disqualifier." Selon lui, c'est le commentateur qui va projeter, en quelque sorte, sa lecture du jeu politique. Nicolas Hubé en voit un exemple frappant lorsque des commentaires "complètement différents" portent sur "deux candidats qui sont très proches sur la même question".
4 Tester des agrégateurs de sondages
Les agrégateurs de sondages ne permettent pas de se débarrasser de certains biais, comme les trois points déjà soulevés. Ils ne permettent pas non plus de savoir pourquoi certaines personnalités sont testées et pas d'autres. Mais ils peuvent aider à y voir plus clair sur le temps long. Ils "permettent de voir les dynamiques" et "d'aplatir des variations microscopiques", qui peuvent être dues notamment aux marges d'erreur, estime l'enseignant.
En l'occurrence, à six mois de l'élection présidentielle, les agrégateurs ne sont pas encore pertinents. "On n'est pas au stade de l'élection où cela se joue à un demi-point, mais plus on va s'en rapprocher, plus on peut se dire que peut-être les choix [des électeurs] commencent à être faits", analyse Nicolas Hubé. Une façon de sortir de cette "course aux chevaux à la virgule près".

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