
Plus d'un demi-siècle après l'assassinat du juge François Renaud, son fils et les enquêteurs continuent de chercher la vérité.
Plus de 50 ans après l'assassinat du juge François Renaud à Lyon en 1975, son fils Francis lutte toujours pour obtenir la vérité, entre piste du grand banditisme et connexions politiques présumées.
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Le juge François Renaud a été abattu en juillet 1975 à Lyon, marquant le premier meurtre d'un magistrat sous la Ve République.
C'était il y a plus d'un demi-siècle, mais depuis l'assassinat de son père en 1975, il n'a pas tourné la page. Il faudrait pour cela que "l'affaire soit résolue, que la vérité soit affirmée, reconnue officiellement, qu'il n'y ait plus d'ambiguïté". Francis Renaud dénonce sans relâche l'échec de la police et de la justice, impuissantes à élucider ce crime, et il continue à se battre pour connaître la vérité.
Qui a tué le juge Renaud, abattu par trois tueurs cagoulés, en pleine rue, au pied de son immeuble lyonnais, dans la nuit du 2 au 3 juillet 1975 ? La France entière est sous le choc : c'est la fois, sous la Ve République, qu'un magistrat est assassiné.
Celui qui était surnommé "le Shérif" a-t-il été exécuté par ceux qu'il traquait avec des méthodes musclées, parfois peu orthodoxes ? Contre la pègre de "Chicago-sur-Rhône", le Lyon des années 1970, il menait une guerre implacable, n'hésitant pas à mettre des épouses de détenus en détention pour faire parler leurs maris. "Les voyous haïssaient le juge Renaud", confirme l'ex-commissaire de police Georges Nicolaï, qui a souvent collaboré avec lui.
Vengeance du milieu ou affaire d'État ?
Le juge anticonformiste détonnait dans le monde austère de la magistrature, mais son efficacité était reconnue. Parmi les ennemis qu'elle lui avait valus, le redoutable "gang des Lyonnais". Mais en s'attaquant à ces figures du grand banditisme, le juge Renaud aurait-il représenté une menace pour un autre milieu, politique celui-là ? Était-il tout près de mettre au jour un système de financement occulte de partis politiques grâce au butin de braquages ? Son fils en est persuadé.
"Mon père "avait compris ce lien [entre grand banditisme et réseaux politiques], voulait l'établir, et c'est pour qu'il ne l'établisse pas officiellement qu'on l'a assassiné."
Francis Renaud, fils du juge assassiné en 1975 dans "Affaires sensibles"
Deux ans après l'assassinat du juge Renaud, le chef des voyous lyonnais reconnaîtra d'ailleurs travailler pour une organisation politique… Elle n'est pas nommée, mais tout le monde a compris qu'il s'agit du SAC, le sulfureux Service d'action civique du pouvoir gaulliste souvent décrit comme une police parallèle.
Dix-sept ans d'instruction, et un échec judiciaire
Le SAC, et derrière lui le pouvoir politique, a-t-il une responsabilité dans l'assassinat du juge Renaud ? La question semble assez peu intéresser les enquêteurs. À partir de la fin des années 1970, le dossier s'enlise, le juge assassiné est même dénigré, par exemple par le garde des Sceaux Alain Peyrefitte sur un plateau télévisé en 1979, pour ses "manières plus courantes dans la brousse qu'en France métropolitaine".
En tout, six juges d'instruction se succèdent, sans avancée notable. Le dernier d'entre eux, Georges Fenech, futur député UMP, affirme avoir "tout essayé" "pendant dix ans", à la fois sur la piste du SAC à laquelle il ne croyait pas, et sur celle du milieu lyonnais, sans succès. Et d'en tirer ce constat : "La police a échoué. La justice a échoué. Il faut le reconnaître."
"Un dossier comme ça ne doit pas mourir"
En 1992, Georges Fenech signe une ordonnance de non-lieu, clôturant définitivement le dossier. Depuis 2004, l'affaire est prescrite, et personne ne peut plus être condamné pour l'assassinat du juge Renaud. Une conclusion loin de satisfaire les spécialistes de cette affaire.
"Il aurait fallu continuer à faire vivre par tous les moyens ce dossier emblématique. On parle d'un juge d'instruction intègre, quelqu'un qui a pris beaucoup de risques. La République y est visée."
Benoît Collombat, journaliste (Radio France) dans "Affaires sensibles"
On peut en tout cas compter sur Francis Renaud pour ne "jamais lâcher le morceau". Inlassablement, il sollicite les autorités pour relancer l'enquête, persuadé que quelqu'un un jour, parmi les truands, les anciens du SAC ou même de la police judiciaire, finira par parler. Rattrapé par ses dérives criminelles, le SAC a disparu en 1982... mais pas ses secrets. Et parmi eux, peut-être, celui de l'assassinat du juge Renaud.

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