Ridley Scott : « La nature peut se débarrasser de nous en un rien de temps »
À l'occasion de la sortie de son nouveau film « The Dog Stars », le réalisateur Ridley Scott livre ses réflexions sur l'effondrement, la nature et l'avenir de l'humanité.
Quick Look
- Le réalisateur Ridley Scott présente son nouveau film post-apocalyptique « The Dog Stars », adapté du roman de Peter Heller.
- Il y aborde ses inquiétudes sur la crise climatique, le chaos social et la fragilité de notre civilisation moderne.
AI-generated summary
Why It Matters
Le film « The Dog Stars » est une adaptation du roman « La constellation du chien » de Peter Heller. Il dépeint un monde post-apocalyptique marqué par la violence et la survie.
Le nouveau film de Ridley Scott, une des grosses productions attendues de cette rentrée, est une adaptation de La constellation du chien, premier roman de Peter Heller paru en 2012. The Dog Stars sort dans les salles mercredi 26 août.
À l'occasion de sa visite à Paris pour la promotion de son film, le réalisateur britannique, toujours pimpant à 88 ans, chevelure blanche soigneusement lissée, petite barbe bien taillée, yeux bleus qui pétillent, s'assied avec quelques journalistes autour d'une table pour confier les inquiétudes qui ont présidé à son envie de raconter cette histoire post-apocalyptique, avec dans la peau de son héros Jacob Enordi.
Vous avez fait de nombreux films de science-fiction, c'est la première fois que vous réalisez un film post-apocalyptique, pourquoi ?
Ridley Scott : Regardez le monde dans lequel nous vivons ! Des événements comme le Covid, la panique qui a suivi, ou bien la crise financière de 2008. Les banques savaient, mais les gens de la finance se sont laissé emporter par leur propre cupidité. Il y a toutes ces vagues de chaleur qui s'abattent sur l'Europe, aux États-Unis. En Afrique, il y a des gens aujourd'hui qui vivent désormais tous les jours ce que l'on voit dans ce film. La situation à Gaza est apocalyptique. On voit bien qu'il suffit d’un seul élément pour que d’un coup, ce soit le chaos, pas vrai ? J'aime vraiment l'idée de montrer que ce chaos est le fruit de nos dérives, de ce que l'on a négligé, de ce à quoi on n'a pas prêté attention. On est tellement stupides... Je n’arrive pas à y croire. Tous les Etats devraient se mettre d’accord pour agir. On ne peut pas continuer comme ça.
Dans le film, après cette pandémie, le monde bascule dans la violence, c'est inéluctable ?
Je pense que certains s'entraideraient, d’autres non. Certains, je pense, se regrouperaient en tribus. Est-ce que vous avez vu ce film The War Game réalisé par de Peter Watkins en 1966 ? C'est un documentaire fiction qui imagine ce qui se passerait après le largage d'une bombe atomique sur Londres. Eh bien le film montre qu'il ne faudrait pas plus de deux semaines pour voir s'installer le chaos, avec des morts et des meurtres horribles, et pas plus de six semaines pour revenir à un état féodal. J'ai moi-même une arme. Je suis capable de tirer sur un bidon de 5 gallons à 120 mètres avec une bonne précision. Mais je ne m'en servirai jamais, sauf si j'y suis vraiment obligé. En France, le port d'arme est interdit, mais aux États-Unis, il y a plus d’armes à feu que d’habitants. Même les enfants ont accès aux armes. Et on ne pourra jamais revenir en arrière.
Qu'est-ce qui vous a plu dans le roman de Peter Heller ?
Je ne l’ai pas lu. J’ai rencontré Peter (il m’a pardonné), et il a adoré le film. Mark L. Smith [le scénariste] a fait une excellente adaptation. Ce qui m'a plu dans cette histoire, c'est la célébration de la nature. C'est la seule chose que nous avons, alors nous ferions mieux de la respecter avant qu'elle ne nous éjecte comme une puce sur le dos d'un chien. La nature est puissante, elle peut se débarrasser de nous en un rien de temps. Nous dépensons des milliards après chaque catastrophe au lieu d'anticiper. J'ai entendu dire que la Corée du Sud fonctionne presque entièrement grâce à l'éolien et au solaire. On devrait tous en être là aujourd'hui. Ce qui se passe dans le film, c'est ce qui nous pend au nez. J’ai 88 ans, peut-être que j'arriverai à 108 (j'espère bien que non !) et aujourd'hui je m’inquiète pour mes enfants.
Hig continue à espérer une vie meilleure ? C'est un rêveur ?
Ça dépend de ce qu'on entend par "rêveur". Si c'est l'espoir d'une vie meilleure, on espère tous la même chose. Mais je ne suis pas sûr que Hig soit un rêveur. C’est un homme pragmatique. Il aimait sa femme. Il adorait son travail. Il a un super chien. L'idée que tout ça puisse s'arrêter ne l'avait jamais effleuré, et tout à coup il perd sa femme et son bébé. C'est dévastateur. Avec lui, il y a Bangley, qui est un militaire, un dur. Mais quand Hig dit "Je m’en vais", Bangley laisse soudain transparaître sa vulnérabilité. Quand les tatoués débarquent sur le campement, je pense qu’il s’attend pleinement à ce que ce soit la fin pour lui, et il l'accepte.
Comment s'est passé le tournage avec Jacob Enordi ?
Ah, c’était une promenade. C’est un vrai gentleman. Talentueux. C’est un type sympa. J’avais vu un film avec Jacob dans lequel il jouait le rôle d’un médecin de famille en Australie et je me suis dit : "Waouh, c’est qui, celui-là ?" Et je me suis renseigné sur lui. Jacob est un homme aimable, très élégant et gentil. Il n’a que 28 ans, mais il est très mûr, très attentionné. Il était parfait pour le personnage de Hig.
Dans le film, il y a cette communauté de Mennonites, et leur mode de vie qui apparaît comme la seule issue possible, pourquoi ?
Parce que ce sont des agriculteurs. Les agriculteurs seront la solution. Si tu es fermier, tu sais cultiver, tu sais ce qui se conserve en hiver, et comment le conserver.
Un retour en arrière, est-ce que ce n'est pas une vision un peu passéiste ?
C’est ce qui finira par arriver si on continue à ne pas faire attention. On vit un trillion de fois mieux qu’il y a 50 ans. On mène une existence tellement privilégiée, mais on en abuse. L’IA par exemple est une invention tout à fait incroyable, merveilleuse, qui est utile dans toutes sortes de domaines comme la médecine, la recherche contre le cancer, par exemple. Mais c'est aussi un outil qui peut devenir très dangereux. Cela dépend de qui s'en sert, comment on s'en sert, et dans quel but. Avec un truc pareil, on ne peut même plus demander aux enfants de faire leurs devoirs ! Donc non, ce n'est pas une vision passéiste parce que cette histoire dans le film, c’est le début d’un nouveau monde. Ils repartent de zéro. Je pense qu’un agriculteur avisé deviendrait très précieux en cas de catastrophe.
Open Questions
- Quelle sera la réception critique du film ?
- Comment le film se distingue-t-il des autres œuvres post-apocalyptiques ?


