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Schumpeter, le capitalisme et la crise de la natalité
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Le Figaro Économie6/21/2026Politics3 min readFrance

Schumpeter, le capitalisme et la crise de la natalité

Quick Look

  • L'économiste Joseph Schumpeter avait prédit que le capitalisme, en rationalisant l'esprit humain, saperait ses propres fondations, y compris le désir de fonder une famille.
  • Sa théorie sur la dénatalité, liée à la recherche d'intérêt individuel et à la perte de sens familial, résonne aujourd'hui face aux défis de la vie moderne.

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Why It Matters

Joseph Schumpeter, un économiste influent, a analysé le capitalisme et prédit son déclin non pas par la pauvreté, mais par une transformation de l'esprit humain incompatible avec ses propres fondements. Il s'est également intéressé au phénomène de la dénatalité.

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Joseph Schumpeter aimait les paradoxes. Le grand économiste admirait le capitalisme, au point de faire de l’entrepreneur le héros de la croissance et de défendre, contre vents et marées, le profit. Cette préférence ne l’empêchait pas d’estimer le capitalisme condamné au déclin. Le père de la destruction créatrice ne croyait absolument pas aux thèses marxistes. Selon lui, cette décomposition ne serait pas provoquée par l’explosion du chômage, de la pauvreté ou des inégalités. Loin de là, Schumpeter pensait que l’économie de marché apporte aux sociétés une prospérité inédite, taux de profit et hausses de salaires évoluant d’un même pas. En revanche, le capitalisme crée « en rationalisant l’esprit humain, une mentalité et un style de vie incompatibles avec ses propres conditions fondamentales, avec ses motivations profondes et les institutions sociales nécessaires à sa survie », avançait l’intellectuel autrichien.

L’analyse de Schumpeter a connu un grand succès entre les deux guerres, période de vastes troubles économiques et de remise en cause des credo capitalistes et libéraux. Elle est apparue, en revanche, à contre-courant à la fin du XXe siècle, à l’ère de la mondialisation triomphante. De nos jours, alors que le monde occidental traverse à nouveau une profonde crise, sa réflexion qui refuse de dissocier économique et politique retrouve toute son aura. Ainsi, lire aujourd’hui, alors que la dénatalité occupe les gros titres, le chapitre « Décomposition » de son essai le plus populaire, Capitalisme, socialisme et démocratie (1942) (1), ne peut qu’interpeller. Schumpeter se préoccupait en effet déjà du phénomène, s’étonnant du « nombre de ménages sans enfant ou à enfant unique ».

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Sans enfants, à quoi bon travailler ?

L’économiste liait ce recul de la natalité à l’extension de l’esprit de rationalisation, apporté par le capitalisme, au domaine de la vie privée. « Aux yeux des hommes et des femmes de nos sociétés capitalistes modernes, la vie de famille, la paternité, la maternité même signifient moins qu’elles ne signifiaient naguère et, par suite, modèlent moins encore profondément les comportements », écrit-il, assumant un conservatisme nostalgique du vieux monde. Le propos se fait plus économique quand il évoque les sacrifices inhérents à l’accueil d’enfants.

Ils « ne consistent pas seulement dans des éléments justiciables de l’étalon de mesure monétaire, mais ils comprennent en outre une quantité indéfinie de pertes de confort, d’insouciance, et de chance de profiter d’alternatives de plus en plus attrayantes et variées », avance-t-il, dans un texte qui n’a pas vieilli. En bref : « Pourquoi couper les ailes de nos aspirations et appauvrir notre existence pour finir par être négligé et traités par-dessus la jambe sur nos vieux jours ? »

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L’érosion de la famille a surtout pour Schumpeter miné la première motivation, qui poussait les hommes, et les femmes plus tard, à travailler : l’aspiration, longtemps forte dans les milieux bourgeois, de bâtir une dynastie, ou plus largement de préparer un avenir radieux à ses enfants. « Les seules formes d’aventure et d’héroïsme qui aient subsisté au sein de la civilisation antiromantique et antihéroïque du capitalisme n’ont plus de sens pour (l’homme d’affaires). Et il cesse d’obéir à l’éthique capitaliste qui enjoignait de travailler pour l’avenir, que l’on fût ou non destiné à engranger la récolte. » Et voilà la crise du travail contemporaine, à son tour, expliquée par le génial économiste. L’aventure familiale ayant disparu, à quoi bon s’user au bureau ou à l’usine ? À quoi bon inventer ? Ainsi pour Schumpeter, le capitalisme est voué à muter en socialisme, régime qu’il abhorre.

Pas de table rase

La thèse séduit : dans un monde fondé sur la rationalité, l’unique recherche de l’intérêt ne suffit pas à mettre les hommes en mouvement. Avoir perçu cette tension au moment où, loin de cet esprit utilitariste, la guerre déchirait l’Occident, révèle de magistrales qualités de prescience. L’analyse est brillante mais, à lire les enquêtes contemporaines, fausse.

Aujourd’hui les ménages français déclarent souhaiter, en moyenne, un peu plus de deux enfants. Ils souffrent de ne pouvoir réaliser ce rêve

Aujourd’hui les ménages français déclarent souhaiter, en moyenne, un peu plus de deux enfants. Ils souffrent de ne pouvoir réaliser ce rêve faute de logements de taille suffisante, de moyens de garde, d’aides… Le capitalisme n’a donc pas fait table rase du passé au point d’avoir eu raison du vieux désir de fonder une famille. En revanche, les conditions de vie contemporaine, autrement dit ce que la politique a fait du capitalisme, rendent ce projet plus ardu.

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(1) Joseph Schumpeter, « Capitalisme, socialisme et démocratie », Petite Bibliothèque Payot, traduction Gaël Fain, 1951.

Open Questions

  • Comment la politique peut-elle concilier capitalisme et désir de fonder une famille ?
  • Quelles sont les solutions concrètes pour pallier la dénatalité au-delà des propositions actuelles ?

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This article was originally published by Le Figaro Économie.

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