Près de la moitié des cours d'eau sont à sec et des dizaines de milliers de personnes subissent des coupures d'eau potable à la mi-août.
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La France subit une sécheresse généralisée avec des niveaux de nappes phréatiques sous la normale. Cette situation fait suite à des épisodes de chaleur répétés durant l'été.
Des débits de rivières et de fleuves en forte baisse, les deux tiers des nappes phréatiques sous la normale, près de la moitié des petits cours d’eau en rupture d’écoulement ou à sec… A la mi-août, la sécheresse frappe d’une manière inédite la France et le tableau est inquiétant. D’après la ministre de la Transitons écologique, Monique Barbut, au 12 août, « plus de 40.000 personnes » ont été touchées par des coupures d’eau au robinet, avec 97 communes ravitaillées en eau via des citernes ou des bouteilles.
« Les écosystèmes sont aujourd’hui dans une situation de souffrance, constate Eric Sauquet, hydrologue à l’Inrae. On est clairement dans une situation de sécheresse extrême, avec des conséquences sur tous les usages rattachés à l’eau et sur les écosystèmes. » Au total, dans 96 départements, des restrictions sur l’eau potable ont été mises en place.
Les inquiétudes portent notamment sur l’alimentation en eau potable, sous tension dans 50 départements français. Début août, « l’approvisionnement de plus de 550.000 habitants était ainsi considéré comme étant en tension, et l’approvisionnement de près de 3 millions d’habitants placé en vigilance », a ajouté la ministre à la sortie du Comité d’anticipation et de suivi hydrologique le 12 août.
Quelle sera la situation au mois de septembre ? Cela dépendra en partie de la météo et des pluies éventuelles. Avec la cinquième vague de chaleur, la sécheresse des sols continue de s’aggraver, note Météo-France, atteint des niveaux records à l’échelle nationale, et est généralisée à l’ensemble du territoire. « En termes d'hydrologie, on est dans une dynamique de diminution de la ressource telle qu’on l’a vécue depuis le début de l’été, car, il y a un effet d’inertie, le sol et la végétation vont bénéficier en premier lieu d’éventuelles précipitations, détaille Eric Sauquet. Les prochains jours s’annoncent sans précipitations notables. La situation risque d’être très tendue pour une grande majorité de cours d’eau. »
Si précipitations il y a, elles doivent s’inscrire dans la durée, un gros orage n’aurait que peu d’efficacité pour recharger les nappes. « Il nous faudra des pluies régulières et avec des intensités pas trop élevées pour éviter de saturer les capacités d’infiltration des sols et permettre que l’eau, petit à petit, s’infiltre jusque dans les nappes », précise Éric Servat, hydrologue et professeur associé à l’université de Montpellier.
Alors que la France est dans une situation d’étiage généralisé, c’est-à-dire de débit minimal des cours d’eau, les chercheurs interrogés expliquent qu’il est difficile de savoir quelles zones sont plus à risque de coupures d’eau. « Certains secteurs sont plus sensibles, il faut regarder en détail la vulnérabilité des territoires », souligne Eric Sauquet. La carte Vigieau, mise à jour par le ministère, détaille les zones concernées par les différents niveaux de restrictions, et permet de retrouver les départements sous tension pour l’alimentation en eau potable, précise le ministère de la Transition écologique.
« C’est très variable d’un territoire à l’autre, abonde Simon Porcher, professeur en sciences de gestion à Paris Dauphine et auteur de La fin de l’eau ? (éd. Fayard). En Bretagne, où l’on dépend beaucoup des rivières et des retenues, les pluies augmentent rapidement les volumes disponibles. Dans l’Est ou dans le Bassin parisien, où les ressources reposent davantage sur les nappes souterraines, l’amélioration est souvent plus lente. Les pluies vont faire du bien, mais elles ne supprimeront pas complètement le risque d’accès à l’eau potable dans certains territoires. »
En 2022, lors de la dernière sécheresse, plus d’une centaine de communes en France avaient été privées d’eau potable, avait déclaré le ministre de la Transition écologique d’alors, Christophe Béchu. Ces coupures touchent plutôt des secteurs ruraux, des zones de montagne ou isolées. « Mais cette année, on a un risque de coupures d’eau sur des agglomérations de plusieurs milliers d’habitants, précise Simon Porcher. Approvisionner 10.000 personnes en eau est plus difficile en termes de logistique. »
Dans la Manche, le territoire de l’agglomération de Saint-Lô est passé au niveau crise sécheresse le 4 août. Habitants, entreprises et exploitants agricoles sont appelés à réduire les consommations d’eau « pour limiter le risque de coupures et assurer la continuité de la distribution d’eau sur l’ensemble du territoire », indique l’agglomération dans un communiqué.
« Dès mi-juillet, il y a eu des arrêtés de restrictions d’eau en France. Ils visent justement à garantir l’accès à l’eau potable en septembre », explique Simon Porcher. Les particuliers sont appelés à ne pas utiliser l’eau potable pour arroser les jardins ou nettoyer les voitures. Mais le gros de l’effort concerne l’économie. « Sur une année, 80 % des prélèvements d’eau sont tournés vers des usages économiques, poursuit-il. Le fait qu’on puisse avoir de l’eau potable en septembre dépend surtout de la mise au ralentissement des activités économiques comme l’agriculture, l’industrie, le tourisme, etc. Il faut hiérarchiser les besoins. » Ce qui génère des conflits d’usage, chacun pouvant estimer son usage davantage prioritaire. Un message de sobriété qu’a aussi porté Monique Barbut.
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Maintien des restrictions d'eau en septembre
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