
Depuis 2023, l'évaluation des pertes des éleveurs liée à la sécheresse repose sur des relevés satellites. Un système contesté en raison d'incohérences entre le terrain et les algorithmes.
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Depuis 2023, les pertes des éleveurs liées à la sécheresse en France sont calculées par satellite via l'entreprise Airbus.
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Tous les matins, des vaches bretonnes se précipitent en quête d'herbes fraîches. Mais les prairies d'Alain Normant sont des étendues jaunies, asséchées par un été caniculaire. "Depuis 40 ans, on n'a jamais vu ça. Il n'y a plus rien", déplore l'éleveur du Finistère. Faute d'herbe, les bêtes sont nourries avec un fourrage depuis le mois de juin. Tout son stock y est passé : 15 000 euros. "C'est un mélange de graminées. C'est assez riche, mais ça n'équivaut jamais ce qu'on trouve en pâturage. Tel qu'on est partis, on va faire cinq mois de ça, et je crois qu'elles saturent. Il est temps qu'elles aient du frais", pointe Alain.
Il pensait toucher un peu d'argent, celui de l'Indemnisation de solidarité nationale, versée par l'État en cas de sécheresse. Mais cette année, il ne recevra rien. Curieusement, le calcul officiel estime que l'herbe a très bien poussé sur sa commune, comme le montre la courbe sur un graphique. "Il n'y a pas eu autant de rendement que donne le graphique. Je suis agacé de voir l'utilisation de matériel qui ne reflète pas la réalité de ce qui se passe dans la nature", commente-t-il.
Un satellite défaillant ?
Comment sont calculées les pertes des éleveurs liées à la sécheresse ? Depuis 2023, tout se passe à 800 km d'altitude par satellite. L'entreprise Airbus fait le calcul : le satellite scanne la France par carré de 300 mètres. Sur chacun, il observe l'évolution de la végétation. À cela s'ajoutent des données sur l'orientation par rapport au soleil, l'altitude, mais aussi la température et la pluviométrie. Au final, le système établit le niveau de pousse de l'herbe de février à octobre.
Un calcul dénoncé par les principaux syndicats d'éleveurs. Le satellite est pris pour cible dans le Cantal. Même colère en Ardèche. "Non seulement, il n'y a pas d'eau et ça brûle, ça brûle encore, mais pour le satellite, en Ardèche, il n'y a pas de sécheresse", dénonçait mi-septembre Benoît Claret, président de la FDSEA Ardèche.
À l'inverse, certains éleveurs estiment qu'ils ont été indemnisés à tort. Étienne Salaun élève 70 vaches dans le Finistère. En 2025, il ne constate pas de sécheresse significative. Pourtant, le satellite calcule une perte de plus de 30%. Il a perçu 6 500 euros d'indemnisation. "C'était une année un petit peu sèche l'été, mais globalement favorable. On n'a pas trop souffert, on a pu faire des stocks correctement. Mais l'aide s'est déclenchée, on a tous été surpris au mois de décembre", confie-t-il.
"Je ne dirais pas que c'est une faille, c'est un manque d'informations"
Alors, le satellite se trompe-t-il ? Et à quel point ? Airbus assure que son algorithme est éprouvé et fiable. Si des "incohérences liées à la combinaison de milliards de données peuvent exister", elles représentent "0,3% des cas sur 35 000 communes", selon l'entreprise. Ces incohérences, Alexandre Gohin, directeur de recherche à l’Inrae, est justement chargé de les analyser en tant qu'expert indépendant.
Depuis le début, il alerte sur le manque de données de terrain : les dernières datent de 2019. "On a dit : 'Voilà, il y a de nombreuses limites.' Il peut y avoir un climat, il peut y avoir des qualités de sol, il peut y avoir des conduites des cultures qui diffèrent selon les territoires, qui expliquent ces variations. Je ne dirais pas que c'est une faille, c'est un manque d'informations. Donc, on récolte ce qu'on a semé hier, quelque part, en termes d'informations insuffisantes pour caler le système", estime-t-il.
Pour améliorer le calcul de la pousse de l'herbe dans les prairies, des données de terrain sont en train d'être recueillies partout en France. Une demande du ministère de l'Agriculture qui défend, malgré les critiques, la fiabilité du satellite.
AI outlook — possibilities, not facts
Recueil de nouvelles données de terrain partout en France
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