Près de 46 % des obsèques sont désormais célébrées par crémation en France, un essor porté par l'évolution des mœurs, des religions et des considérations économiques.
En France, la crémation représente environ 46 % des obsèques, gagnant du terrain face à l'inhumation en raison de l'évolution des pratiques religieuses, de critères économiques et de la dispersion géographique des familles.
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La crémation ne représentait qu'un petit pourcent des obsèques en France en 1980, mais atteint environ 46 % aujourd'hui.
En 1980, la crémation ne représentait qu’un petit pourcent des obsèques célébrées en France. Quarante-six ans plus tard, les estimations tournent autour de 46 %. Le calcul est facile : chaque année, les crématoriums gagnent 1 % de ce marché de la mort. Derrière cette moyenne qui ne dit pas grand-chose se cache en fait une réalité. De plus en plus de Français préfèrent être brûlés plutôt qu’inhumés. Pour quelles raisons ? C’est ce que 20 Minutes a cherché à savoir.
Alors que le monde s’apprête à célébrer ses morts pour la Toussaint, les fours des 220 crématoriums de France métropolitaine n’ont pas vraiment le temps de refroidir. Pardon pour ceux que cela choquerait, mais c’est une réalité. Pour absorber les quelque 1.800 décès recensés chaque jour dans notre pays, les cimetières ne suffisent plus. « C’est surtout l’évolution de l’attitude de l’Église catholique qui a fait bouger les choses. Pendant longtemps, l’Église catholique s’y est opposée, alors les gens n’osaient pas. Il aura fallu attendre le concile du Vatican II dans les années 1960 pour que ce soit assoupli. Ensuite, il a fallu une génération pour que la population s’y habitue », estime Jo Le Lamer.
Celui qui a été président de la Fédération française de crémation pendant huit ans est aujourd’hui à la tête de l’Association des crématistes de l’Ouest. Au fil de sa carrière, il aura vu évoluer les mentalités. « Maintenant que la pratique religieuse est moindre, beaucoup de familles n’hésitent pas à avoir recours à la crémation », explique le Breton. En Angleterre, l’Église protestante ne s’opposait pas à l’incinération des corps. Résultat : plus de 80 % des Britanniques optent pour la crémation. L’inhumation ne va pas disparaître pour autant, d’autant que l’islam, deuxième religion en France, proscrit la crémation.
La baisse de l’activité religieuse n’est pas la seule raison de ce succès en France. Sur le plan financier, la crémation est en général plus économique qu’une inhumation. En période d’inflation, le sujet n’est pas neutre. Mais c’est surtout l’évolution de nos sociétés qui explique la baisse de forme de l’inhumation traditionnelle. À l’heure où les familles sont dispersées géographiquement et où les familles sont décomposées puis recomposées, le concept du caveau familial ou du regroupement des défunts se révèle compliqué. « Quand on opte pour une urne, les choix sont plus faciles. On peut décider de la déposer dans un columbarium par exemple. Mais on peut aussi décider de conserver les cendres, voire de les disperser. C’est selon la volonté de chacun », poursuit Jo Le Lamer. Il y a aussi une question foncière, car les cimetières ne peuvent être agrandis à l’infini.
Pour faire face à la demande, les collectivités sont nombreuses à agrandir leurs crématoriums, comme c’est le cas à Vern-sur-Seiche, près de Rennes (Ille-et-Vilaine). « Depuis 2010, nous avons doublé le nombre de cérémonies ici. C’est pour cela que nous avons installé un deuxième four en 2018 », explique Stévy Candel, directeur régional de la Société des crématoriums de France. Grâce à des travaux sur l’évacuation des fumées, la métropole rennaise pourra traiter jusqu’à 2.000 décès par an.
Un investissement qui ne sera pas vain tant la demande est importante. En période d’épidémies ou lors des pics de mortalité liés aux chaleurs, les crématistes français ont parfois eu du mal à faire face. « Nous faisons notre maximum pour rester dans le délai de six jours ouvrables après le décès. À mes yeux, attendre plus longtemps, c’est beaucoup trop long », poursuit Stévy Candel. Depuis juillet 2024, le délai maximum d’inhumation ou de crémation est fixé à 14 jours calendaires à compter du lendemain du décès.
Alors que les cérémonies s’enchaînent et que les familles en pleurs se croisent, les crématoriums tentent donc de soigner leurs aménagements pour mieux accompagner ce deuil. C’est d’ailleurs pour répondre à la demande des familles que le crématorium de Vern-sur-Seiche a aménagé un espace de dispersion commun. « Nous avons créé une orée pour éviter l’isolement que nous impose la mort », explique l’artiste Sophie Cardin à qui l’aménagement a été confié. « Nous voulions un espace intimiste, arboré, qui permette de respecter le deuil des familles. Prendre soin des vivants, c’est aussi s’assurer que l’on peut accompagner dignement les morts », conclut Stéphane Labbé, le maire de la commune.
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