Un ostéopathe jugé à partir de ce lundi à Paris pour avoir dépouillé de millions d’euros des clients sous emprise sectaire
Jugé à partir de lundi par le tribunal correctionnel de Paris, l'ostéopathe est soupçonné d'avoir dépouillé 51 clients de millions d'euros.
Quick Look
L'ostéopathe Antonino Mercuri comparaît devant le tribunal correctionnel de Paris, accusé d'avoir exploité la faiblesse de 51 clients pour amasser une fortune de millions d'euros sous couvert d'emprise sectaire et de soins ésotériques.
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Why It Matters
L'enquête a débuté après un signalement en 2015 de la Miviludes concernant les agissements d'Antonino Mercuri.
«Réalisez-vous vraiment la grâce d'être auprès de moi ?» : un ostéopathe accusé d'avoir abusé de la faiblesse de 51 clients pour les dépouiller de millions d'euros, dans un contexte d'emprise sectaire, est jugé à partir de lundi par le tribunal correctionnel de Paris. Côté pile, Antonino Mercuri se présentait comme l'ostéopathe de célébrités comme Bill Clinton ou François Mitterrand.
Mais côté face, l'enquête a mis au jour un homme décrit comme un «gourou», qui a isolé certaines personnes de leur cercle social et les a maintenues sous sa coupe, siphonnant leur argent. Pour ces faits qu'il conteste, sa défense y voyant le procès «des bienfaits des médecines alternatives et de la méditation», le prévenu encourt cinq ans de prison.
Appauvrissement des victimes
Le praticien de 64 ans est poursuivi pour avoir manipulé certains patients psychologiquement vulnérables sous une rhétorique ésotérique, à la suite d'un décès, une maladie ou une rupture, et les avoir essorés financièrement, parfois jusqu'au surendettement, au prétexte de «soins» pour les «libérer». «Les victimes que nous défendons ont vu leurs économies captées, voire se sont retrouvées ’interdit bancaire’, elles ont dû souscrire des crédits à la consommation ou céder leur patrimoine immobilier pour se mettre en colocation avec d'autres membres du groupe exsangues», décrivent à l'AFP Me Mathieu Petresco et Olivier Morice, avocats de cinq personnes parties civiles et de l'Unadfi, association de lutte contre les sectes.
L'appauvrissement des uns a fait la fortune du «maître». Sur la période reprochée, de 2012 à 2018, les enquêteurs ont calculé qu'Antonino Mercuri a perçu 12,97 millions d'euros de la part de clients - des sommes astronomiques jugées incompatibles avec une activité ostéopathique classique, même haut de gamme. Signalé à la justice en 2015 par la Miviludes, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, le mis en cause est aussi détenteur d'un patrimoine d'une cinquantaine de biens immobiliers, évalué à 26 millions d'euros, ainsi que d'une collection de montres de luxe d'une valeur d'achat de 2,4 millions d'euros.
«Il fonctionnait comme un dealer avec un drogué»
«J'achète des montres comme j'achète des vêtements», confie Antonino Mercuri dans l'une des nombreuses communications interceptées qui nourrissent ce dossier. Souvent envoyées à lui par une psychothérapeute, considérée elle-même sous emprise, les parties civiles étaient d'abord impressionnées par cet ostéopathe «visionnaire», qui disait avoir prolongé la vie de François Mitterrand en le soignant pendant dix ans. Un CV trompeur: l'enquête a établi qu'il n'a rencontré qu'à deux reprises le président de la République, malade d'un cancer, et n'a jamais été l'un de ses soignants attitrés.
Bien vite, certains clients étaient embarqués dans un engrenage de «soins», «méditations», «rendez-vous professionnels» ou «stages» à Compiègne (Oise) ou au Portugal. Des prestations «obligatoires» toujours plus rapprochées, toujours plus chères, qu'ils devaient régler même s'ils n'y assistaient pas. L'un a ainsi déboursé plus d'un million d'euros en six ans. Avec son discours ésotérique aux accents spirituels, son omniprésence et ses injonctions culpabilisantes, Antonino Mercuri «fonctionnait comme un dealer avec un drogué», a résumé un ex-patient, désenchanté et ruiné.
L’hypothèse d’une volonté de «revanche sur la vie»
Issu d'une famille modestes d'origine italienne, l'ex-enfant d'Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) est animé d'un «besoin compulsif d'accumuler des richesses» selon une expertise psychiatrique, qui note «la personnalité narcissique du sujet, marquée par une image grandiose de lui-même, par le besoin de se sentir meilleur et de vouloir dominer les autres, tout en les méprisant» et émet l'hypothèse d'une volonté de «revanche sur la vie».
«Celles et ceux qui consultaient Antonino Mercuri étaient des adultes instruits, insérés professionnellement, qui ont choisi librement de recourir à ses soins et étaient libres d'y mettre fin», indiquent à l'AFP ses avocats Mes Olivier Pardo et Manon Sieraczek-Laporte. «Antonino Mercuri a, sur l'ensemble de sa carrière, reçu plus de 4000 patients. Seules treize personnes sont aujourd'hui parties civiles. Plus encore, la grande majorité des personnes que l'accusation présente comme des victimes ne s'estiment victimes de rien», soulignent-ils. L'audience, «qui s'apparente à un procès en sorcellerie» selon la défense, est prévue jusqu'à début novembre.
What to Watch
AI outlook — possibilities, not facts
Le procès doit se dérouler jusqu'à début novembre.
Very likely · Within weeks
Open Questions
- Quelle sera la décision du tribunal correctionnel de Paris ?
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