
Un portefeuille contenant 600 bitcoins minés en 2010 a transféré ses fonds après plus de quinze ans d'inactivité, sans lien avec Satoshi Nakamoto.
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En 2010, chaque bloc validé rapportait 50 bitcoins et le minage pouvait s'effectuer sur un ordinateur personnel pour un coût minime.
Seize ans de silence, puis douze mouvements en quelques minutes. En 2010, un bloc validé rapportait encore 50 bitcoins, et miner ne demandait qu’un processeur de bureau ordinaire. C’est ce monde-là qui a rempli un portefeuille resté injoignable depuis lors. Seize ans plus tard, il vient de transférer 600 BTC en une seule salve. Près de 48 millions de dollars, arrachés à un coma de plus de quinze ans.
Réflexe immédiat des limiers de la blockchain : chercher la signature de Satoshi Nakamoto, créateur de Bitcoin. Elle n’y est pas. Aucune des pièces déplacées ne correspond aux blocs attribués au créateur du protocole. Une autre baleine de l’ère Satoshi avait déjà traversé cet interrogatoire, quelques mois plus tôt. Même conclusion, aucun lien avec Nakamoto.
Points clés
600 BTC minés en 2010 et dormants depuis seize ans viennent d’être déplacés, pour environ 48 millions de dollars
Les pièces ne recoupent aucun bloc du motif Patoshi, la série attribuée à Satoshi Nakamoto
À 0,08 dollar l’unité en 2010, ces 600 bitcoins valaient une cinquantaine de dollars
Sans dépôt sur une plateforme d’échange, un transfert de baleine n’exerce aucune pression vendeuse
600 bitcoins gagnés quand le minage tenait dans un salon
Chaque bloc validé en 2010 créait 50 bitcoins neufs, versés au mineurs. Six cents BTC, cela fait donc douze blocs. Douze coups gagnants grâce à, à l’époque, un simple processeur, parfois une carte graphique pour les plus dégourdis, une facture d’électricité de quelques euros par mois. Pas de hangar climatisé ni de ferme de minage sibérienne, juste un ordinateur qui tournait dans un coin du salon.
Il faut comprendre qu’à l’été 2010, le cours du bitcoin s’échangeait autour de 0,08 dollar sur les rares places de marché existantes. Ces 600 BTC valaient alors une cinquantaine de dollars, le prix d’un plein d’essence avant inflation. Ils en valent aujourd’hui 48 millions. Un facteur d’environ un million, excusez du peu.
Entre-temps, l’adresse n’a pas bougé d’un satoshi. Pas fait le moindre geste. Elle a traversé la faillite de Mt. Gox, quatre halvings, l’arrivée des ETF au comptant et plusieurs cycles complets, sans un seul transfert ni la moindre consolidation. Les outils de surveillance on-chain, de Whale Alert à Lookonchain, épinglent systématiquement ces sorties de léthargie. Une adresse endormie depuis plus d’une décennie qui s’anime déclenche une alerte automatique, confirmée en quelques minutes cette fois encore.
Satoshi, l’hypothèse écartée en quelques clics
À chaque réveil d’un portefeuille de la première heure, la même question surgit. Elle a une réponse méthodologique, et cette réponse porte un nom : le motif Patoshi.
En 2013, quelqu’un a trouvé le fil à tirer. L’ingénieur argentin Sergio Demian Lerner, aujourd’hui cofondateur et chief scientist de Rootstock (RSK), repère une régularité dans un champ technique des blocs des tout premiers mois : l’ExtraNonce, un compteur que chaque logiciel de minage incrémente à sa manière. Un mineur unique, équipé d’une implémentation maison, y laisse une empreinte reconnaissable sur près de 22 000 blocs de 2009. Le trésor correspondant, estimé à 1,1 million de BTC, dort encore intégralement. Personne n’y a jamais touché.
Ce motif s’estompe au printemps 2010, quand le mineur en question réduit progressivement sa puissance de calcul avant de la couper. Les blocs extraits après cette bascule appartiennent à d’autres, des anonymes qui faisaient tourner le client Bitcoin par curiosité ou par conviction. Les 600 BTC déplacés ne recoupent aucun bloc de la série Patoshi. Le propriétaire est un pionnier parmi d’autres. Pas le créateur du protocole.
La distinction change tout. Un mouvement sur les pièces de Satoshi provoquerait une secousse immédiate sur les carnets d’ordres. Un mineur anonyme de 2010 qui réorganise sa garde ne déclenche, tout au plus, qu’un fil de discussion sur X.
Déplacer n’est pas vendre, même pour 600 BTC
Sur le plan strictement financier, 600 BTC ne pèsent pas lourd : à peine quelques dizaines de secondes de volume au comptant sur les grandes plateformes. Le précédent de juillet 2025 avait donné la mesure de la capacité d’absorption du marché. Une baleine de 2011 avait sorti plus de 80 000 BTC, près de 9,3 milliards de dollars, écoulés par blocs via Galaxy Digital sans effondrement du cours.
Mais le transfert lui-même ne dit rien des intentions du détenteur. Le propriétaire a pu migrer vers une garde plus moderne, passer en multisignature, remplacer un support de stockage vieillissant ou simplement organiser sa succession. Tant que les fonds n’atterrissent pas sur les adresses de dépôt d’une plateforme d’échange, aucune pression vendeuse ne s’exerce.
Un autre facteur pousse ces vétérans à déménager. Les pièces minées en 2010 dorment le plus souvent dans des sorties P2PK (pay-to-public-key), un format primitif où la clé publique est inscrite en clair dans la blockchain, là où les adresses modernes n’en exposent qu’une empreinte cryptographique. Un ordinateur quantique suffisamment puissant s’attaquerait en priorité à ces pièces-là. Rien d’imminent. Mais le simple risque théorique suffit à faire bouger les prudents. Le sujet occupe les développeurs Bitcoin depuis plusieurs mois, avec des propositions d’amélioration du protocole (BIP) allant jusqu’à envisager de rendre inutilisables les fonds restés sur ces formats vulnérables.

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