
Après la proposition de Jean-Philippe Tanguy d'interdire le voile, le Rassemblement national tente de préciser sa position pour éviter un procès en brutalité.
Invité sur franceinfo, le député RN Jean-Philippe Tanguy est revenu sur la proposition d'interdire le voile dans l'espace public, affirmant que personne ne mènera la chasse aux femmes voilées, alors que le parti tente de resserrer ses rangs.
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Le Rassemblement national propose d'instaurer par référendum l'interdiction du port du voile islamique dans l'espace public en cas d'accès au pouvoir en 2027.
Ce n'est pas encore un rétropédalage, mais déjà une prise de distance. Invité de franceinfo, mardi 1er septembre, Jean-Philippe Tanguy est revenu sur l'interdiction du port du voile islamique dans l'espace public qu'il avait évoquée dimanche sur l'antenne de BFM, et que le Rassemblement national propose de mettre en œuvre s'il accède au pouvoir en 2027. "Personne ne va mener la chasse aux femmes voilées", a déclaré le député RN de la Somme, répétant néanmoins que, dans le cadre de la campagne présidentielle, Marine Le Pen défendrait un référendum sur le sujet. "Nous n'avons jamais stigmatisé les femmes qui portent le voile, s'est-il défendu. Nous attaquons le symbole d'une idéologie qui n'a rien de religieux."
Face à la polémique suscitée par cette proposition et sa faisabilité, le RN semble contraint de repréciser les choses pour éviter un procès en brutalité. "Comme d'habitude avec le RN, c'est brouillon", ironise un adversaire, issu du bloc central. Si cette idée n'est pas nouvelle dans le programme du parti d'extrême droite, c'est le calendrier qui interroge. Alors qu'aucune actualité saillante n'est liée au port du voile en France, pourquoi le RN choisit-il de porter ce débat dans la campagne électorale ? S'agit-il d'une stratégie de communication établie ou d'une péripétie due à une interview mal maîtrisée ?
Un signal au noyau dur électoral
Un cadre du parti estime auprès du service politique de France Télévisions qu'il n'était pas prévu d'évoquer ce "sujet à ce moment-là, mais que face aux questions insistantes de Marc Fauvelle [le journaliste qui l'interroge sur BFM], Jean-Philippe Tanguy a dû apporter une réponse". "Il y a un emballement médiatique derrière, mais c'est une proposition du programme parmi tant d'autres", fait valoir le député RN des Vosges, Gaëtan Dussausaye.
Le RN est obligé dès lors d'assumer, mais pense qu'il peut tirer des avantages de cette séquence. "Ça montre que nous imprimons le tempo de la campagne. Chacun est obligé de se positionner par rapport à nous", analyse ce cadre interrogé. Si les réactions à gauche ont été sans surprise très critiques, ce sont celles venues de la droite et du centre dont se félicite le RN. Invitée de franceinfo, Valérie Pécresse, présidente Les Républicains de la région Ile-de-France, dénonce "une mesure démagogique et impraticable". Et c'est en citant une déclaration d'Edouard Philippe estimant qu'il faut "respecter la loi telle qu'elle existe aujourd'hui" que Marine Le Pen a repris à son compte la proposition de Jean-Philippe Tanguy et l'a donc officialisée.
"Elle ne pouvait pas être moins-disante sur ces sujets-là", juge un partisan de Bruno Retailleau, patron de LR, alors que le candidat de la droite, tout comme Edouard Philippe ou Gabriel Attal, évoque en cette rentrée la question de l'immigration et du communautarisme. Il s'agit pour Marine Le Pen d'envoyer un signal à son noyau dur. "Si on ne bouge pas sur ce sujet, on envoie le signal qu'on ne bougera sur rien, nos électeurs se diront qu'on est comme les autres", confie un autre cadre du parti. "Nous défendons ces positions parce que nous les considérons comme nécessaires pour le pays. Si d'autres formations reprennent aujourd'hui certains de ces thèmes, c'est plutôt le signe que les constats que nous formulons depuis des années se sont imposés dans le débat public", tempère de son côté le député RN de Seine-et-Marne Julien Limongi.
"Taper fort pour rappeler qui on est"
Cela permet aussi au RN de revenir à ses fondamentaux, alors que sa rentrée s'est focalisée sur les questions économiques à l'occasion du débat entre les candidats organisé par le Medef. Les différences de sensibilité entre Marine Le Pen et Jordan Bardella sur ces sujets ont une nouvelle fois été avivées par le départ de François Durvye, conseiller spécial du président du parti, libéral de conviction. Il ne souhaitait pas défendre le programme présidentiel de Marine Le Pen, notamment sur la question des retraites. "On ne comprend pas la ligne économique du RN. Il faut taper fort pour rappeler qui on est", analyse Ariane Ahmadi, experte en communication politique.
Le débat autour du port du voile permettrait d'unir tout le monde au sein du parti. Sauf que le président du RN, interrogé lundi en marge d'une réunion au siège de son parti, a apporté une nuance. Il estime qu'"il ne s'agit pas de mettre en place une police du vêtement" même s'il soutient l'organisation d'un référendum "au cours du quinquennat sur la question de l'idéologie islamiste". Jordan Bardella a toujours pris des distances avec cette mesure. Julien Limongi minore toutefois toute division interne. "Il n'y a pas de divergence au sein du RN sur cette question. Nous sommes tous favorables au principe d'un référendum permettant aux Français de se prononcer directement", assure-t-il.
"C'est typiquement le sujet clivant"
Néanmoins, Marine Le Pen elle-même a pu donner l'impression d'être moins ferme sur ce sujet. C'était lors de la présidentielle 2022, alors que l'interdiction du voile figurait dans son programme. Interpellée par une personne âgée voilée lors d'un déplacement dans le Vaucluse, elle avait semblé ébranlée dans ses convictions et avait adouci sa position le lendemain. Mais elle avait défendu sa proposition lors du débat télévisé dans l'entre-deux-tours face à Emmanuel Macron. Le port du voile avait été l'un des sujets de cette campagne comme symbole de la radicalité du RN.
"En 2022, Marine Le Pen avait été confrontée à l'effet réel de sa mesure, en étant interpellée par une femme âgée voilée dans la rue. Ce qui l'avait obligée à rétropédaler", rappelle Philippe Moreau-Chevrolet, professeur de communication politique à Sciences Po. Mais le communicant estime "que le barycentre politique du pays s'est déplacé fortement vers la droite". "Après des mois de normalisation, Marine Le Pen réactive un marqueur, qui lui permet de se rappeler au bon souvenir de son électorat de base", constate-t-il. "Stratégiquement, elle pourra toujours revenir en arrière, pour négocier une image plus rassembleuse de second tour", juge Erwan Lecœur, politologue spécialiste de l'extrême droite.
Pour l'entourage de Bruno Retailleau, cette stratégie de "radicalité" vise à affronter Jean-Luc Mélenchon au second tour, ce qui, selon les sondages, est le scénario le plus favorable pour Marine Le Pen, à huit mois de l'échéance. "C'est typiquement le sujet clivant qui peut pousser des personnes musulmanes à voter pour Jean-Luc Mélenchon", estime un proche du candidat LR à l'élection présidentielle. Une stratégie dont se défend le RN. "Ça envoie au contraire un signal électoral à l'électorat musulman qui n'adhère pas à ces idéologies islamistes", répond un cadre du parti. "Quand je vois les enquêtes d'opinion, je trouve que l'interdiction du port du voile n'est pas si clivante et que c'est même un sujet plutôt consensuel", conclut Gaëtan Dussausaye.
Au fil des années et des sondages, l'idée semble en effet faire son chemin dans l'opinion. En novembre 2025, un sondage CSA pour CNews, Europe 1 et Le Journal du dimanche relevait que 69% des personnes interrogées souhaitaient l’interdiction du port du voile islamique dans l’espace public. Les électeurs de droite et d'extrême droite y étant nettement plus favorables que ceux de gauche. Une tendance que confirme Jean-Yves Dormagen, politologue au laboratoire d'études d'opinions Cluster 17 : "Cela fait consensus dans l'électorat RN/Reconquête et l'électorat LR, c'est très partagé aussi dans l'électorat centriste. Une partie minoritaire mais significative des électeurs de gauche y est favorable, y compris au sein de l'électorat LFI."
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