Téléphone portable interdit dans les lycées : entre application de la loi et souplesse sur le terrain pour la rentrée
La loi bannissant les téléphones dans les lycées est entrée en vigueur pour la rentrée 2026. Au lycée Georges-Frêche de Montpellier, une application mesurée est privilégiée.
Quick Look
- À l'occasion de la rentrée scolaire 2026, la loi interdisant le téléphone portable dans les lycées entre en vigueur.
- Au lycée Georges-Frêche de Montpellier, les établissements s'organisent entre interdiction en classe et tolérance mesurée dans les cours.
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Why It Matters
La loi bannissant les téléphones dans les lycées a été promulguée fin août 2026, suite à une interdiction déjà en vigueur au collège depuis 2018.
"Ah bon, c'est interdit ? Sympa, dis donc !" Devant le lycée hôtelier Georges-Frêche de Montpellier (Hérault), mardi 1er septembre, Maud, 18 ans, s'apprête à entrer en BTS tourisme. Foulard parfaitement noué autour du cou, elle pensait, du fait de son statut d'étudiante, passer au travers de l'interdiction du téléphone portable, nouvelle mesure appliquée dans tous les lycées à compter de cette rentrée 2026. En vain. Son visage se détend lorsqu'elle comprend qu'une souplesse est pratiquée pour tous : dans l'établissement, le téléphone reste toléré à la cantine et dans la cour. Maud trouve quand même dommage que l'objet soit diabolisé en cours : "En cas d'urgence, c'est bien de l'avoir."
La mesure a été défendue par Emmanuel Macron lui-même, qui a fait de la lutte contre les effets néfastes des écrans sur les jeunes une priorité de la fin de son deuxième quinquennat. Le chef de l'Etat a annoncé le 24 août la promulgation de la loi bannissant les téléphones dans les lycées, malgré la censure par le Conseil constitutionnel du volet principal concernant l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. L'objet est déjà interdit au collège depuis 2018, avec un cadre durci en 2025 via le dispositif "Portable en pause".
En déplacement dans un lycée de Mende (Lozère) mardi, le président de la République a une nouvelle fois justifié son combat face aux élèves : "Ce n'est pas bon d'avoir son téléphone. Ce n'est pas compatible avec être attentif en cours et on ne sociabilise pas de la même manière."
Une invitation à déconnecter
La loi a donc été promulguée. Mais dans les faits, chaque établissement garde une autonomie quant à cette interdiction. Le proviseur peut ainsi mentionner des dérogations, dans le règlement intérieur, sur l'usage du smartphone dans certains cas. Au lycée Georges-Frêche, les règles sont les suivantes : il est prohibé en classe (sauf intérêt pédagogique), le chargement de l'objet, les appels ou la prise de vidéos sont interdits dans les couloirs et l'utilisation du téléphone à la cantine ou durant la récréation reste fortement déconseillée.
En salle polyvalente, la proviseure, Catherine Reboul, accueille successivement les différentes promotions de son lycée. Devant chacune, elle tente de faire adhérer les lycéens comme les étudiants à une scolarité déconnectée. "On vous a laissé des espaces dans la cour et le restaurant scolaire, mais on vous invite fortement à vous réguler sur l'utilisation de cet instrument." Des murmures, bien que discrets et polis, se font entendre dans certains rangs.
"Ce n'est pas parce qu'on a 50 000 followers qu'on est bien entourés dans la vie. Quand vous mangez ensemble, au lieu de scroller au-dessus de votre plateau, discutez entre vous. (...) Les réseaux tournent sans vous."
Catherine Reboul, proviseure
lor d'une réunion de rentrée
Maud, qui reconnaît passer au minimum quatre heures par jour sur son téléphone, est consciente des effets du "scrolling" (faire défiler sans fin des contenus sur les réseaux sociaux), notamment sur sa capacité à se concentrer : "Quand les vidéos en accéléré sont arrivées sur TikTok et YouTube, j'ai commencé à m'impatienter. Tu en viens à te dire que les gens, dans la vraie vie, parlent trop lentement. J'ai arrêté de faire ça."
Des difficultés à communiquer
Plusieurs élèves, qui se décrivent comme anxieux et solitaires, auraient eu du mal à ne plus du tout sortir le téléphone de leur poche en dehors des cours. Brittany l'utilise souvent pour écouter de la musique. "C'est ma principale occupation et un confort dans lequel je me réfugie", explique l'étudiante de 17 ans, qui fait elle aussi sa rentrée en première année de BTS tourisme, habillée d'un pantalon de costume et d'un blazer pourpre.
"Il y a une interdiction, mais on reste quand même un peu libres", se satisfait Tony, 15 ans, élève en première année de CAP cuisine. Assis sur un banc, il a les yeux rivés sur son écran et tente de gagner des points sur son jeu en ligne. A côté de lui, ses camarades ont aussi un téléphone à la main. Tous attendent leur première heure de cours. "C'est le jour de la rentrée, on se connaît depuis même pas deux heures, pas évident de se parler", glisse l'adolescent.
"C'est moins gênant de regarder son téléphone que d'avoir le regard dans le vide."
Tony, 15 ans, élève en CAP cuisine
à franceinfo
Lisa, une surveillante du lycée, constate que les élèves ont de plus en plus du mal à communiquer. "Ils ont l'impression que le téléphone est une barrière, mais c'est surtout un engrenage duquel ils n'arrivent pas à se sortir", remarque-t-elle. Au bureau de la vie scolaire, sa collègue Anaïs remarque qu'ils sont nombreux à garder leur casque sur la tête pour dialoguer, et quelques-uns à ne même pas dire bonjour. Pour autant, elle juge souhaitable que l'interdiction pure et simple ne soit pas appliquée dans son lycée : "Les jeunes se braqueraient énormément, ce serait contre-productif."
C'est aussi la philosophie de Catherine Reboul : "On fait appel à leur maturité naissante et à leur sens des responsabilités, cela me semble plus éducatif." Selon elle, un bannissement du smartphone aurait été "trop contraignant" à faire respecter. Le délai était par ailleurs très court pour modifier le règlement intérieur, juste avant les vacances d'été. Une circulaire publiée le 2 juillet, assortie d'un vade-mecum, demandait aux lycées de se préparer à l'entrée en vigueur dès septembre de la mesure adoptée fin juillet par le Parlement. Si Catherine Reboul a réussi à faire voter son texte lors du dernier conseil d'administration, tous les proviseurs n'y sont pas parvenus. Les syndicats ont largement critiqué ce manque d'anticipation de la part de l'Education nationale.
Un règlement facile à accepter
Dans la classe de Laurent Bertolino, professeur principal en CAP cuisine, les élèves défilent un à un devant le bureau et déposent leur téléphone éteint (ou en mode avion) dans une boîte en bois compartimentée. L'établissement a investi, sur ses fonds propres, environ 1 200 euros pour une centaine de ces boîtes.
"Nous avons des besoins pédagogiques différents d'un lycée général, et donc il arrivera parfois que vous soyez autorisés à revenir prendre le téléphone", explique le professeur à ses élèves. Lors des travaux pratiques, il leur sera ainsi toujours possible de prendre en photo leur plat, trace visuelle qui leur permet de mieux se rendre compte de leurs progrès. Pour l'enseignant, nul doute que les élèves vont facilement accepter le nouveau règlement.
"Dans notre lycée, nous avons déjà un cadre très strict : ils sont habitués à se plier à certaines règles, comme celle d'une tenue très habillée."
Laurent Bertolino, professeur en CAP cuisine
à franceinfo
A l'extérieur, plusieurs élèves de terminale STHR (Sciences et technologies de l'hôtellerie et de la restauration), les derniers à faire leur rentrée mardi, poussent un cri de joie lorsqu'ils comprennent que le téléphone demeurera autorisé entre les cours. "On s'est posé la question tout l'été", rapporte Madhi*. Il reconnaît qu'en classe, l'année dernière, il lui arrivait d'envoyer des messages : "Quand t'as trois heures de français, la dernière heure, c'est assez tentant." Son amie Marie* assume le fait qu'elle écoutait parfois de la musique grâce à un écouteur sans fil.
S'ils réitèrent cette année, et qu'ils se font prendre à plusieurs reprises, les sanctions seront graduées : appel aux parents, avertissement, heure de retenue, puis exclusion temporaire. Adossé à un grillage, Baptiste, 19 ans, élève en BTS management, n'est pas convaincu de l'intérêt de dépenser tant d'énergie dans cette mesure : "Les gens pourront toujours contourner les règles en se cachant ou trouver des prétextes d'urgence pour récupérer leur téléphone."
L'étudiant s'interroge aussi sur "les priorités" de l'Education nationale : "Que comptent-ils faire pour régler la problématique des profs absents ?" Pour Lison, 15 ans, en seconde STHR, l'essentiel reste préservé concernant le téléphone. Elle pourra bel et bien "envoyer des messages à ses amies" pour les retrouver durant les pauses.
Open Questions
- Comment les lycées sans autonomie suffisante appliqueront-ils la mesure ?
- Quel sera le bilan des sanctions graduées ?







