Voiture brûlée, corps découpé et narcotrafic… Qui a exécuté le grand frère d’Amine Kessaci et ses alliés ?
Le procès s'ouvre ce lundi à Aix-en-Provence concernant l'exécution de trois hommes en décembre 2020, dont les corps avaient été retrouvés calcinés.
Quick Look
Cinq accusés comparaissent devant la cour d'assises des Bouches-du-Rhône pour le triple assassinat de Nassim Loubani, Réda Khaldi et Brahim Chabane, survenu en décembre 2020 à Marseille dans un contexte de guerre des réseaux de narcotrafic.
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Why It Matters
Les victimes étaient impliquées dans le milieu du narcotrafic marseillais et se savaient menacées. Le dossier s'appuie sur des preuves ADN, des données Sky ECC et des témoignages.
Des flammes au cœur de la nuit. Le 29 décembre 2020, peu avant 5 heures du matin, une Audi est retrouvée incendiée dans un tunnel de l’autoroute A55, au niveau des Pennes-Mirabeau, au nord de Marseille. A bord, deux corps : l’un dans le coffre, l’autre sur le siège passager. Ils sont calcinés, méconnaissables. Quelques jours plus tard, le 6 janvier 2021, un troisième corps démembré est découvert à l’intérieur d’une Renault Clio en feu dans une impasse des quartiers nord. Les trois victimes seront identifiées après quelques heures. Il s’agit de Nassim Loubani, 24 ans, de Réda Khaldi et de Brahim Chabane, 22 ans. Ce dernier est le grand frère d’Amine Kessaci (en réalité son demi-frère), partie civile dans le procès qui s’ouvre. Pour l’élu écologiste, ce drame sera le point de départ de son engagement contre le narcotrafic.
Ce lundi, donc, cinq accusés seront dans le box de la cour d’assises des Bouches-du-Rhône à Aix-en-Provence, jugés pour ce triple assassinat au mode opératoire glaçant. Nadjim Ahamada Mbae, surnommé « Rocky » ou « Roucky », Ahmed Zakaria Bensaci, dit « Zak », Malik Kariba, alias « Bagdad » ou encore « Le Boucher », Amine Oualane, présenté comme un cadre de la DZ Mafia, et enfin Karim Harrat, dit « Le Rant », poids lourd du trafic marseillais. Tous sont défavorablement connus des services de police et de justice.
Sous pression et sous surveillance
Les victimes nageaient elles aussi en eaux troubles. Brahim Chabane, alias « Bleh », et Réda Khaldi, dit « Le R », étaient actifs dans le milieu du narcotrafic. Selon les témoignages de leurs proches, ils revendiquaient à l’époque la gestion de plusieurs réseaux marseillais avec Nassim Loubani, aussi surnommé « Malaga ». Paranoïaques, armées, les victimes se savaient menacées. Quelques mois avant sa mort, Brahim Chabane avait même échappé à deux tentatives de meurtres. L’une d’elles, en juin, avait laissé sur le carreau Mohamed Abdel Noui, un Lyonnais descendu pour l’aider dans ses affaires.
La police avait fini par se pencher sur les activités des trois victimes avant leur exécution. L’Audi, louée par Nassim Loubani et immatriculée en Pologne, faisait l’objet de mesures de géolocalisation permettant de retracer les derniers déplacements des trois hommes durant l’enquête. En recoupant avec des caméras de vidéosurveillance, les enquêteurs remarquent que la puissante berline circule en convoi avec une Mercedes au cours de la soirée. Les deux voitures font notamment une halte dans le 9e arrondissement, dans l’appartement d’un quinquagénaire qui fait office de nourrice et de local de conditionnement pour les trafics supposés de « Bleh », du « R » et de « Malaga ». Sur place, des armes, de la drogue et des documents comptables seront retrouvés.
« Le plus gros boucher qui existe »
Puis le convoi s’arrête dans une rue de Châteauneuf-les-Martigues, commune au bord de l’étang de Berre, peu avant minuit. C’est ici que les victimes passent leurs dernières minutes. Une voisine entend des éclats de voix et des détonations. Du sang, de l’ADN et des étuis percutés viennent confirmer la scène de crime. Brahim Chabane et Réda Khaldi sont exécutés puis chargés dans l’Audi. Selon les investigations, Nassim Loubani est encore vivant lorsqu’il est transporté vers un box, sous-loué dans une résidence marseillaise. Son corps sera ensuite découpé « par un outil électrique » avant d’être incendié.
Dans des conversations captées par la sonorisation de son véhicule, Malik Kariba, Marseillais né en 1995, se vante de s’être occupé « personnellement » du « macabestre » et plaisante même sur la mort « des trois bâtards cramés ». Il assure avoir tué « tout Marseille » et s’autoproclame « le plus gros boucher qui existe ». Toujours d’après ses échanges, il aurait été aidé par son ami de la cité Air Bel, David Guilbert, dit « Dav Dav », tué à Marseille en octobre 2023, puis le box aurait été nettoyé « par des petits » du quartier. Des fanfaronnades, évacuera Kariba au cours de ses auditions, avant de reconnaître avoir découpé la victime sous la contrainte d’individus cagoulés.
Des traces ADN
Pour les enquêteurs, le scénario macabre est clair. Karim Harrat, exilé à Dubaï, a commandité l’élimination de Khaldi, Chabane et Loubani, dont les ambitions perturbaient l’équilibre local. Il aurait alors engagé une équipe de tueurs dirigée par Amine Oualane, en cavale au moment des faits. Pour corroborer cette version, les investigations s’appuient sur la Mercedes repérée sur les caméras de vidéosurveillance le jour des assassinats, retrouvée abandonnée le lendemain. A bord, des traces ADN et papillaires d’Amine Oualane, d’Ahmed Zakaria Bensaci et de Nadjim Ahamada Mbae, mais aussi de Brahim Chabane, de Réda Khaldi et de Nassim Loubani.
L’exploitation de la messagerie cryptée Sky ECC, l’étude de la téléphonie et les déclarations de certaines compagnes des suspects viennent encore alourdir le dossier. En janvier 2021, dans sa cellule sonorisée de la prison de Luynes, « Mamine » évoque d’ailleurs « les fils de putes récemment brûlés ». « Amine Oualane a hâte de s’expliquer et de démontrer son innocence dans cette affaire », défend son avocate, Me Inès Medioune, qui « n’envisage pas autre chose que l’acquittement ».
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Procès aux assises des Bouches-du-Rhône
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