Gaël Monfils fait ses adieux à Roland-Garros après une défaite émouvante contre Hugo Gaston
Des adieux à son image. À l’issue d’une nouvelle soirée renversante sur le court Philippe-Chatrier, Gaël Monfils a tiré sa révérence à Roland-Garros, battu en cinq sets par son compatriote Hugo Gaston (2-6, 3-6, 6-3, 6-2, 6-0) en 3h25 de jeu. Sous les yeux de Yannick Noah et des fidèles Mousquetaires - Jo-Wilfried Tsonga, Richard Gasquet et Gilles Simon - le vétéran français, 39 ans, a offert un dernier lot d’émotions à son public. Mais cela n’a pas suffi pour prolonger le plaisir, la faute à son compatriote, «désolé» de refermer le chapitre de son aîné sur la terre battue parisienne.
«Fais nous rêver Gaël !». Le message hurlé par un fan ne pouvait pas être plus clair juste avant le premier point du match. Et «la Monf’» donnait le ton d’entrée de jeu avec un surpuissant coup droit comme il les aime. Le bras de fer s’annonçait entre les deux Français qui restaient impassibles dans une atmosphère singulière. Si les «Allez Gaël !» dominaient les tribunes, quelques «Hugo ! Hugo ! Hugo !» montaient en réponse. Il y avait de quoi puisque sur le court, Gaston dominait largement les débats. Avec sa main de gaucher et son jeu offensif tout en variations, le Toulousain déplaçait et usait Monfils, coupable de sa dixième faute directe au moment de céder la première manche. 6-2 en 37 minutes, Hugo Gaston, très inspiré, endossait son costume de trouble-fête.
Un scénario déjà vu
Au changement de côté, le Philippe-Chatrier redonnait du baume au cœur à son idole : «T’es le meilleur joueur du monde Gaël !». Le moindre point glané semblait alors une libération pour les gradins, et pour le Parisien qui, on le sait, pouvait renverser la situation sur un rien. Problème, à 1-1/15-30, il ratait un smash facile qu’il a tant réussi par le passé. Le tournant du match ? Pas si vite. Bien que breaké dans la foulée (1-3), Monfils réagissait en allant enfin chercher le public lors de première balle de break convertie après six échecs. Les décibels grimpaient d’un cran.
Et, comme par magie, le match changeait de dimension l’espace de cinq minutes. À coups de combats au filet et de «tweeners» savoureux (coup entre les jambes), le futur quarantenaire, bien qu’irrégulier et émoussé par le rythme, tenait l’échange. La ola débutait en tribunes. Gaston appelait pendant ce temps-là le médecin… puis réalisait le break décisif du deuxième set remporté finalement 6-3. Avec le sang très froid dans les moments chauds. Les spectateurs, murmurant, semblaient admirer son efficacité du soir à défaut de le soutenir.
Monfils revient (encore) de nulle part
Deux manches à zéro, l’ex-numéro 6 mondial entamait son baroud d’honneur (ou sa remontée fantastique…). Et lâchait ses coups (droits) pour faire vaciller Gaston et mener 1-3. Avantage de très courte durée, le natif de Toulouse, à peine moins fringant malgré l’alerte médicale, recollait au score. Les «Gaël ! Gaël ! Gaël !» redoublaient alors et Monfils le «showman» en profitait pour pousser ses frappes avec de la voix. Des scénarios de la sorte, où son sort semble scellé, il en a vu d’autres en Grand Chelem, notamment sur son court en «night session». La nuit était justement tombée. Moment choisi par «la Monf’»- «éternelle» selon des banderoles brandies ici et là - pour renaître de ses cendres. 6-3 dans le troisième set, on était reparti pour un tour pour le plus grand bonheur du central.
Le vent se levait et semblait avoir tourné sur le court. Gaston, emprunté physiquement, ne répondait plus à la cadence. Son aîné, lui, retrouvait une seconde jeunesse, en ne brillant toutefois que par intermittence. Suffisant toutefois pour remporter une quatrième manche (6-2) à sens unique. Le Philippe-Chatrier en rêvait : un cinquième set décisif après quasiment trois heures de jeu. Au bon souvenir du Monfils-Baez de 2023, l’un des matchs qui ont fait la légende du Parisien sur ses terres.
Ultimes sensations fortes
Les deux Français s’expliquaient donc dans la cinquième manche. Comme si c’était écrit. À l’applaudimètre, Monfils avait déjà gagné. Mais, sur le court, Gaston repartait tambour battant suite à la pause. Le 8e de finaliste de l’édition 2020 s’échappait en profitant d’une vilaine faute en coup droit de son vis-à-vis. 3-0, Gaston refroidissait encore l’ambiance. Dos au mur, Monfils allait-il nous refaire le coup ? Malgré toute la bonne volonté du monde, l’usure physique rattrapait le Parisien, qui n’avait plus rien dans les chaussettes.
L’émotion, elle, montait dans ses yeux lorsqu’il allait servir ses dernières balles, sous une clameur assourdissante. Discret, laissant les hommages à son aîné, Gaston s’imposait 6-0 sur une ultime faute de «la Monf’» puis remerciait aussitôt celui qui «l’a fait rêver» dans son enfance. À l’issue de 19 participations, Gaël Monfils dit adieu à Roland-Garros. Avec au compteur une demi-finale en 2008, trois quarts de finale (2009, 2011, 2014) et, surtout, des souvenirs à la pelle.



