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La fracture littéraire entre hommes et femmes s'accentue
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France Info·20h ago·🇫🇷France·Culture

La fracture littéraire entre hommes et femmes s'accentue

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#lecture#roman#bacheliers#BookTok#TikTok#YouTube#développementpersonnel#empathie
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Au programme de l'épreuve anticipée de français 2026, mercredi 10, jeudi 11 et vendredi 12 juin : La Peau de chagrin de Balzac. Peut-être l'un des rares romans que liront cette année les bacheliers masculins. Selon le Centre National du livre : parmi les lecteurs loisirs, les romans arrivent en 3e position chez les garçons (39%, +6 pts par rapport à 2024), loin derrière BD (62%) et mangas (57%). Chez les filles, le roman est numéro 1 (55%).

Une fracture qui s'accentue avec l'âge. Le média britannique Dazzed s'inquiète : "SOS, mon petit-ami ne lit pas", tandis qu'Outre-Atlantique, le New York Times se demandait dès l'été 2025 "Pourquoi l'homme qui lit des romans a-t-il disparu ?"

Sur TikTok, le BookTok - la communauté littéraire de la plateforme est massivement féminin. Romance, dark romance, romantasy : des héroïnes fortes, des passions intenses, des fins bouleversantes et parfois, des relations violentes glamorisées. Couvertures colorées, éditions limitées... Des maisons d'édition capitalisent sérieusement sur ce segment en publiant à la chaîne.

Pour conseiller leurs lectures, ces lectrices laissent couler leurs émotions face à leur smartphone depuis leur chambre.

La lecture de roman comme une activité de la chambre, du foyer.

De l'autre côté, quand un jeune homme parle de livres sur TikTok ou YouTube, c'est quasi exclusivement dans le registre du développement personnel et de la performance : Gestion du temps, stoïcisme, finance. Les 48 lois du pouvoir, Réfléchissez et devenez riche.

Deux espaces culturels étanches, que les algorithmes maintiennent hermétiquement séparés : plus une jeune femme regarde des vidéos de romance, plus TikTok lui en propose. Plus un jeune homme regarde des vidéos de productivité, plus YouTube lui en sert. Les deux mondes ne se croisent pas.

Dans les librairies, cette tendance s'observe physiquement. Des libraires français constatent que les femmes arrivent, se font des recommandations, repartent avec des livres. Les hommes arrivent seuls, se dispersent dans les rayons essais et biographies - quand ils entrent. L'imagerie BookTok fait le reste : le roman devient, dans l'imaginaire masculin, un truc de filles. Quelque chose qui ne leur est pas destiné.

Attention à ne pas tomber dans la caricature, sur Booktok, des hommes lisent aussi des romans et font leurs propres recommandations. Le streamer ultra suivi, Maxime Biaggi a lui-même créé son bookclub pour encourager ses abonnés à lire de la fiction.

Le roman demande de se glisser dans la tête d'un autre, d'éprouver des émotions à distance, de comprendre des vies qui ne sont pas les siennes. C'est un exercice d'empathie et d'imagination que le développement personnel ne propose pas : il optimise, il ne déroute pas. Il rend efficace, pas curieux.

La résistance des jeunes hommes pour la fiction raconte donc quelque chose de plus profond qu'une guerre des genres dans les rayons des librairies. Elle raconte un rapport à l'imaginaire qui se referme, et à l'expression des émotions qui se bloque. Comme le disait Aragon : "Le roman, c'est la clef des chambres interdites de notre maison." Encore faut-il vouloir entrer.

This article was originally published by France Info.

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