M6 diffuse un faux prêtre qui prétend avoir confessé Xavier Dupont de Ligonnès
Mardi 2 juin, un inconnu se présente comme prêtre, affirme avoir confessé Xavier Dupont de Ligonnès, et passe en direct sur M6 devant 1,6 million de téléspectateurs. Et tout cela était entièrement faux.
M6 consacrait une partie d’« Appel à témoins » à l’affaire Dupont de Ligonnès, en promettant des « éléments exclusifs ». Un homme se présentant comme le « père Marc » a appelé en direct et affirmé avoir reçu la confession du fugitif dans un monastère de l’Aude en 2022. Il dit disposer d’une photo, d’un numéro de téléphone du suspect, et assure agir avec l’accord de son évêque. Mais le témoignage était entièrement inventé.
Comment les appels sont filtrés et pourquoi ça a raté
Ce soir-là, plus de 1 000 appels ont été reçus, dix fois plus que lors d’un épisode ordinaire de l’émission, explique M6. Le dispositif de contrôle est simple : les bénévoles de l’ARPD trient, posent quelques questions, et transfèrent les plus « cohérents » à Julien Courbet. Stan Vignon, rédacteur en chef de l’émission, l’admet au Parisien : « Lorsqu’un témoignage nous paraît à peu près sérieux, on décide de le passer à l’antenne. Ce monsieur se présente comme un prêtre, nous dit : “J’ai toutes les preuves”. Nous, derrière, on vous le passe. »
Le problème est que personne n’a appelé l’évêque que le faux prêtre citait comme garant. Mgr Valentin est formel, dans Le Parisien : « En me passant un coup de fil, ce qu’ils n’ont pas fait, vos confrères auraient pu dégonfler leur prétendu scoop. La course à l’audience les a perdus. »
Les doutes naissent après l’antenne
Dès la fin de l’émission, l’inquiétude monte. Stan Vignon raconte dans TV Magazine : « Une demi-heure après la fin, on est un petit peu chagrin en coulisses. » Après une nuit de discussions, le faux père Marc finit par avouer. M6 ne réagit pourtant que le lendemain après-midi, sans communiqué public.
Julien Courbet, sur RTL et M6, s’explique en toute transparence : « Le principe du direct, c’est de dire : on prend tous les appels, on prie pour qu’il y en ait un qui soit le bon. Hier, ça nous est revenu dans la gueule. » Il renvoie même la balle à la chaîne : « On peut remettre en cause le principe de l’émission, je n’ai pas de souci là-dessus. »
M6, elle, se retranche derrière l’usage du conditionnel en direct. Un argument mince : les vérifications sont arrivées après la diffusion.
L’Arcom saisie, une plainte envisagée
Mgr Valentin a saisi l’Arcom, estimant la séquence « gravement mensongère » et « gravement diffamatoire » à son égard. Son avocat réfléchit à déposer plainte. C’est désormais au régulateur de dire si le « risque du direct » peut justifier de donner l’antenne, sans contrôle, à un imposteur sur une affaire criminelle aussi sensible.





