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Ukraine et Russie rivalisent dans les attaques de drones transfrontaliers
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France Info·5h ago·🇫🇷France·World

Ukraine et Russie rivalisent dans les attaques de drones transfrontaliers

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L'Ukraine rivalise désormais avec la Russie dans le volume de drones transfrontaliers lancés tous les jours. Cette pression est notamment ressentie autour des infrastructures énergétiques, mais elle inquiète également les principaux acteurs économiques dans les grandes métropoles, comme Moscou et Saint-Pétersbourg. Des engins ont touché des cibles pétrolières et militaires dans la seconde ville du pays, mercredi 3 juin, quelques heures avant l'ouverture du Forum économique annuel. C'est dans ce contexte tendu que certains groupes ont obtenu l'autorisation d'acquérir des équipements lourds militaires afin d'assurer leur propre défense.

La question avait été soulevée le 26 mai par Alexandre Chokhin, président de l'Union russe des industriels et des entrepreneurs, lors d'une réunion à huis clos avec Vladimir Poutine. Cette idée a été validée deux jours plus tard, écrit le média russe RBK, citant deux sources, dont une au sein du ministère de la Défense. Elles pourront désormais financer des tourelles d'artillerie antiaérienne ainsi que des systèmes radar, des véhicules dédiés et des systèmes de guerre électronique. Des équipes mobiles complèteront le dispositif, composées de réservistes en formation et de mercenaires des compagnies privées.

Jusqu'ici, les entreprises privées avaient simplement la possibilité d'acquérir des armes légères pour leur personnel de sécurité, en coordination avec la Garde nationale. Elles pouvaient également acheter des équipements de défense passive, comme des systèmes de brouillage électronique. L'acquisition d'équipements lourds marque un tournant, même si ces armes seront en réalité transférées à des unités militaires. Les dépenses du secteur privé, dans les faits, alimenteront un système de défense aérienne régional, souligne ainsi RBK.

Une accélération des frappes de drones sur des centres critiques

Le lendemain, par ailleurs, une loi a été adoptée afin d'autoriser la Banque centrale et le groupe privé Sberbank à repousser une attaque par leurs propres moyens, sans attendre l'intervention des forces armées. "Si [la défense antidrones est à] la Banque centrale, alors c'est elle qui paiera, si c'est Sberbank, alors c'est Sberbank qui paiera", a expliqué le député Anatoli Aksakov, l'un des co-auteurs du texte. La semaine passée, les bureaux de la Banque centrale en Crimée annexée avaient été touchés par un missile tiré par les forces ukrainiennes.

L'attaque spectaculaire contre le terminal pétrolier de Saint-Pétersbourg, au premier jour du Forum économique, illustre de nouveau la capacité de l'Ukraine à cibler les infrastructures sensibles. En sus des infrastructures électriques et agro-industrielles, les installations pétrolières de Rosneft, Lukoil et Transneft ont déjà été frappées à 127 reprises depuis le début de la guerre, selon un décompte de Novaïa Gazeta Europe, avec une reprise plus marquée depuis mars. Ces attaques provoquent une hausse du prix à la pompe dans plusieurs régions, et même des restrictions en Crimée annexée.

"La Russie est de plus en plus désespérée", a commenté mercredi le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, lors d'une visite à Kiev. La Russie, observe-t-il, subit des "pertes considérables" et son économie est "soumise à de graves tensions" malgré l'assouplissement des sanctions occidentales sur ses exportations d'hydrocarbures.

Ces derniers jours, un hélicoptère militaire a été vu en train de déposer un système de défense Pantsir sur le toit d'un immeuble de bureaux Nordstar, dans la rue Begovaïa à Moscou. Ce bâtiment, d'une surface totale de 147 500 m2, est lié au groupe pétrolier Rosneft. La scène a été largement partagée et commentée. Plusieurs experts ont identifié une version SMD-E, sans canon automatique, mais dans une configuration plus adaptée à la menace des drones. Il est impossible de savoir si cet événement est directement lié à la réunion du 26 mai.

En 2024, les entreprises russes ont déjà dépensé 100 milliards de roubles (1,17 milliard d'euros) en défense antidrone, selon l'Initiative nationale pour la technologie, qui estimait que ce montant allait doubler en 2025. Boulat Khabriev, l'un des responsables de la Banque de développement VEB.RF, a évoqué les conséquences très concrètes des attaques de drones sur les investissements dans l'économie russe. "A l'avenir, pour financer les grands projets industriels et d'infrastructures, VEB.RF et les banques commerciales devront évaluer les risques liés à ces menaces", a-t-il déclaré à l'agence Tass, évaluant le marché russe des technologies antidrones autour de 200 milliards de dollars d'ici à la fin de l'année.

"Une forme d'impôt non déclaré"

La menace aérienne entraîne également des surcoûts indirects. En 2025, la Cour suprême avait contraint les assureurs à indemniser les dommages directs causés par les drones. Mais les compagnies avaient ensuite relevé les prix et relégué l'indemnisation des frappes dans des contrats séparés, aux montants plus élevés. Le quotidien économique Kommersant rapporte que la Compagnie nationale de réassurance russe envisage de ne plus garantir l'indemnisation des pertes d'exploitation provoquées par les frappes de drones. Ce qui pourrait faire encore augmenter le prix des contrats dédiés entre les assureurs et leurs clients.

"Les dépenses des entreprises en matière de défense aérienne, de guerre électronique et de sécurité périmétrique sont de facto devenues une nouvelle forme d'impôt non déclaré sur le chiffre d'affaires", analyse l'économiste Alexandra Prokopenko, ancienne conseillère à la Banque centrale russe. La dette des cinq plus grandes entreprises technologiques russes a augmenté de 53% en 2025, dans un contexte économique morose. L'été dernier, Alexandre Chokhin avait demandé à Vladimir Poutine le remboursement de 50% de ces coûts et de mettre en place des facilités fiscales. En vain.

L'Etat, bien au contraire, souhaite mettre à contribution le secteur privé afin de financer sa guerre en Ukraine. Au début du printemps, Vladimir Poutine a convié les grands hommes d'affaires pour leur demander une participation financière extraordinaire, sur la base du volontariat. Confronté à de vives tensions budgétaires, le Kremlin cherche à se donner un peu d'air, sous un ciel de plus en plus menaçant. Au risque de rompre le pacte social qui lui impose de garantir la sécurité des personnes et des biens.

This article was originally published by France Info.

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