100 000 $ par mois pour lire Trump 50 ms avant tout le monde : Bloomberg et deux traders HFT signent
Bloomberg, Jump Trading et Susquehanna auraient souscrit à ce flux payant permettant d'anticiper les messages présidentiels sur les marchés financiers.
Quick Look
Selon Reuters, des firmes de trading à haute fréquence comme Jump Trading et Bloomberg paient jusqu'à 100 000 $ par mois pour accéder aux posts de Donald Trump sur Truth Social avec 50 ms d'avance, créant une polémique sur l'équité des marchés.
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Why It Matters
Trump Media a lancé son API en juillet 2026 pour vendre un accès rapide aux posts de Truth Social. La société est détenue en partie par le trust familial de Donald Trump.
Selon une exclusivité Reuters publiée le 28 octobre 2026, Bloomberg, Jump Trading et Susquehanna International Group ont souscrit au « Truth API » de Trump Media. Ce flux payant coûte jusqu’à 100 000 dollars par mois. En échange, il livre les publications Truth Social du président américain avec environ 50 millisecondes d’avance. Or ces 50 millisecondes valent cher, car un seul message de Donald Trump suffit parfois à renvoyer Bitcoin vers 82 000 dollars.
Truth API : le flux qui vend 50 millisecondes d’avance sur Trump
D’abord, le principe. Un logiciel de trading lit une information et passe un ordre en quelques millièmes de seconde. En revanche, un humain qui rafraîchit l’application Truth Social met plusieurs secondes à voir le message du président. Trump Media a dévoilé le Truth API le 16 juillet 2026 et l’a présenté aux sociétés de trading. Le service s’est ensuite ouvert aux clients entreprises en août. Son directeur général par intérim, Kevin McGurn, promettait alors un flux bien plus rapide que le scraping du site.
Reuters rapporte, de sources proches du dossier, que Bloomberg, Jump Trading et Susquehanna figurent parmi les abonnés. Les deux dernières maisons sont des spécialistes du trading à haute fréquence, ou HFT. Ces stratégies automatisées exploitent des écarts de prix pendant quelques millisecondes. Par ailleurs, Trump Media affirmait dès août avoir signé plus de dix contrats, facturés entre 60 000 et 100 000 dollars par mois. La société n’a nommé aucun client, et Reuters n’a pas pu confirmer ce chiffre. Enfin, les trois sociétés ont refusé de commenter.
41 % de Trump Media pour la famille Trump et des posts qui font bouger Bitcoin
Le vendeur de l’information et son auteur sont en effet presque la même personne. Le trust familial Trump détient 41 % de Trump Media, et Donald Trump en est l’unique bénéficiaire. C’est ce qu’indiquent les documents déposés auprès de la SEC et cités par Reuters. Donald Trump Jr. en est le fiduciaire, avec le pouvoir exclusif de vote et d’investissement. Toutefois, la Maison Blanche assure via son porte-parole Davis Ingle que ni le président ni sa famille ne décident directement des investissements. Selon lui, « le président Trump n’agit que dans l’intérêt du public américain ».
Pourtant, la Bourse ne suit pas. L’action Trump Media a perdu plus de 50 % depuis le 1er janvier. Sa capitalisation atteignait environ 8 milliards de dollars lors de l’introduction en Bourse, en mars 2024. Elle ne pèse plus que 1,8 milliard de dollars aujourd’hui. De plus, la société a cumulé 1,76 milliard de dollars de pertes depuis 2024, charges non monétaires comprises.
Les messages qui déplacent les marchés ne manquent pas. Ainsi, les contrats à terme sur le pétrole ont décroché en avril 2026 après l’annonce d’un cessez-le-feu en Iran sur Truth Social. Reuters cite elle-même ce cas. Le 8 octobre à 12h17, heure de New York, un autre message excluait toute frappe contre l’Iran avant les élections de mi-mandat du 3 novembre. Le WTI est alors retombé de 93,20 à 90,70 dollars. Bitcoin est ensuite remonté vers 82 000 dollars, après 1,19 milliard de dollars de liquidations en 24 heures. Le 4 septembre, une menace de suspendre les échanges commerciaux avec certains partenaires tombait le jour où Bitcoin repassait sous 80 000 dollars. Chacun de ces messages offre donc à un algorithme abonné une occasion d’agir avant le reste du marché.
Warren, Schiff et The Intercept attaquent le Truth API
Les sénateurs démocrates Elizabeth Warren et Adam Schiff ont saisi la SEC, le gendarme boursier américain, dès juillet. Ils lui demandent de vérifier si le service respecte le droit boursier. Selon eux, il s’agit d’un « abus choquant » de la fonction présidentielle. La SEC n’a pas souhaité commenter.
Par ailleurs, The Intercept et la Freedom of the Press Foundation ont porté plainte contre Donald Trump en août. Ils invoquent le Premier et le Cinquième amendement. Leur cible est la Maison Blanche. Elle ne devrait plus réserver ses annonces officielles à Truth Social tant qu’un flux payant existe. Ils qualifient le dispositif de « profondément corrompu ». La procédure était toujours en cours au 28 octobre.
Trump Media rétorque que Truth Social propose « un produit API standard dans le secteur, pour lequel il existe une forte demande dans de nombreuses industries ». La société juge aussi le reportage de Reuters trompeur, car fondé sur des sources anonymes. Un porte-parole accuse enfin les démocrates du Congrès de confondre information publique et non publique, ou de s’opposer aux marchés libres. Certes, les posts sont publics. Mais la marchandise vendue reste leur latence, et chaque milliseconde a un prix bien connu sur les marchés de données boursières.
What to Watch
AI outlook — possibilities, not facts
Poursuite des procédures judiciaires contre Trump Media.
Likely · Within months
Open Questions
- La SEC va-t-elle ouvrir une enquête formelle sur le Truth API ?
- Le tribunal donnera-t-il suite à la plainte de The Intercept ?







