À l'occasion du Pasteurdon, l'Institut Pasteur ouvre ses portes et dévoile des recherches innovantes sur le lien entre microbiote (intestinal et nasal) et les maladies neurodégénératives ou la dépression.
Des chercheurs de l'Institut Pasteur étudient le rôle du microbiote intestinal et nasal dans le déclin cognitif, la maladie d'Alzheimer, de Parkinson et la résistance aux antidépresseurs.
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L'Institut Pasteur mène des recherches sur les liens entre le microbiote et les pathologies cérébrales dans le cadre de ses travaux en neurosciences.
«Les maladies du cerveau sont parmi celles où l’on progresse le moins en matière de traitements alors que leur nombre progresse fortement », regrette, depuis les locaux de l’Institut Pasteur, le neuroscientifique Pierre-Marie Lledo. Aucun traitement ne permet pour l’instant de guérir la maladie de Parkinson ni celle d’Alzheimer. Pour la dépression, une personne sur trois est résistante aux antidépresseurs. « Pendant longtemps, on pensait que tout se passait dans le cerveau. Mais l’origine des maladies vient peut-être d’ailleurs, d’un organe qui commencerait à défaillir des années plus tôt », poursuit le directeur du département de Neuroscience.
A l’occasion des 20 ans du Pasteurdon, le responsable de l’unité Perception et action de l’Institut Pasteur nous a ouvert les portes de son laboratoire de recherches parisien. Dans ces larges bâtiments en briques, les scientifiques travaillent notamment sur le lien entre microbiote et maladies du cerveau. « Vous allez voir du cerveau en tranche, bon appétit ! », prévient, rieur, le docteur Lledo. A côté de microscopes XXL, sur les écrans, des neurones fluorescents en 3D.
Un déclin cognitif lié à des bactéries intestinales
Pour comprendre si le microbiote intestinal peut influencer le déclin cognitif lié à l’âge, une équipe du laboratoire a réalisé une étude à partir de deux groupes de jeunes souris. Les premières se sont vues transplanter du microbiote de personnes âgées saines et les secondes, du microbiote de personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer. Résultat : si dans le premier groupe, la mémoire se détériore en huit semaines, dans le second, elle se dégrade en seulement trois semaines.
« Nous pouvons comparer le nombre de neurones dans un échantillon sain par rapport à un échantillon malade qui a un problème de mémoire, c’est complètement génial, s’extasie la doctorante Venera Khachatryan, zoomant sur le cerveau rouge en 3D affiché sur l’écran de son ordinateur. On peut vraiment voir tous les neurones un par un. » A ses côtés, le directeur du département de Neuroscience Pierre-Marie Lledo se félicite : « Nous avons pu mettre en évidence quelques bactéries intestinales qui concourent à un vieillissement prématuré et à déclin cognitif. »
Le microbiote nasal
Pour autant, rien ne prouve en l’état actuel de leurs recherches que ces seules bactéries donnent lieu à la maladie d’Alzheimer chez l’humain. Une société accompagnée par l’Institut Pasteur a été créée à Montpellier afin de poursuivre les recherches et de mettre au point, à terme, un médicament visant à ralentir le déclin de la mémoire.
Les intestins ne sont pas les seuls organes à faire l’objet d’un intérêt grandissant. Une autre équipe du laboratoire, dirigée par Françoise Lazarini, travaille sur l’implication du microbiote nasal dans la maladie de Parkinson. Leur résultat est tout aussi prometteur : si le transfert de flore nasale de souris saines vers des souris malades ne produit aucun effet, celui de souris malades vers des souris saines conduit au développement de symptômes de la maladie de Parkinson.
Rendre les antidépresseurs plus efficaces
« Nous avons identifié une dizaine de familles bactériennes susceptibles de jouer un rôle », avance Pierre-Marie Lledo. Cela ne signifie pas pour autant que des bactéries nasales sont nécessairement à l’origine de la maladie, ni que leur modification permettrait de la prévenir. Mais les travaux du laboratoire visent justement à préciser ces mécanismes et à les confirmer chez l’humain.
Au bout du même couloir, derrière une porte bleu marine, plusieurs chercheurs s’intéressent à une autre maladie extrêmement répandue : la dépression. La plupart des antidépresseurs, comme le Prozac, consistent à prolonger la durée de vie de la sérotonine dans le cerveau. Or, leurs travaux ont permis de montrer qu’en cas de déséquilibre du microbiote intestinal, la composition sanguine en acides aminés diminue et la synthèse de la sérotonine est réduite. En rétablissant le microbiote des souris « dépressives », elles retrouvent une sensibilité aux antidépresseurs.

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