Une semaine après les inondations meurtrières au Népal qui ont fait plus de 1.100 morts et laissé 4.500 personnes disparues, Mona Sherpa, directrice nationale de Care Népal, décrit les difficultés de secours, le traumatisme des survivants et la solidarité locale face à la dévastation.
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Le Népal est régulièrement confronté à des désastres naturels pendant la mousson. Deux semaines avant ces crues, Care avait déjà mobilisé 150 kits d'urgence en raison de pluies torrentielles à Kanchanpur. Le district de Rasuwa avait également été touché par le séisme de 2015, où l'organisation était intervenue.
Depuis une semaine, les secours se démènent pour retrouver des survivants après la terrible crue meurtrière qui a frappé le Népal. Plus de 1.100 corps ont été retirés des décombres, et près de 4.500 personnes sont toujours portées disparues.
Mona Sherpa est Népalaise et directrice nationale de la branche locale de l’association humanitaire Care. Elle a vécu la catastrophe depuis l’intérieur du pays et travaille, avec ses équipes, à venir en aide aux sinistrés depuis. Elle a accepté de raconter à 20 Minutes cette semaine irréelle, entre traumatisme et espoir.
Où étiez-vous lorsque la catastrophe s’est produite ?
Nous étions en réunion dans la province de Gandaki [à l’ouest des inondations]. Quand la nouvelle est tombée, nous avons dû tout suspendre. Nous avons immédiatement activé notre équipe de réponse d’urgence (ERT) et celle de coordination de crise afin de mobiliser au plus vite des fonds et nos stocks de matériel. Nous avons travaillé avec nos partenaires locaux comme le CSRC.
Nous étions préparés à une éventuelle catastrophe. Chaque année, nous faisons face à des désastres humanitaires pendant la mousson. Deux semaines avant ces crues, nous avions déjà mobilisé 150 kits d’urgence à cause de pluies torrentielles à Kanchanpur. Ces kits contiennent entre 40 et 60 articles essentiels, y compris des petits panneaux solaires pour rester connectés. Mais l’ampleur du désastre nous a pris par surprise.
Qu’avez-vous ressenti ?
Nous étions bien sûr incroyablement tristes et affectés. Nous avons un lien personnel avec cet endroit. Le district de Rasuwa [le plus touché] est une zone où Care est intervenu juste après le séisme de 2015, et nous y menons des programmes de santé sexuelle et de nutrition. Nous connaissons des gens ici. J’y étais moi-même l’année dernière pour faire du trek avec un ami, et nous avions déjà rencontré des problèmes avec une crue soudaine de la rivière causée par la pluie. Ça a fait remonter ces souvenirs.
A quel point est-il difficile d’atteindre les zones sinistrées ?
C’est extrêmement difficile. La crue a emporté 40 kilomètres de route. Les lignes électriques et les pylônes sont détruits. La province de Nuwakot a pu rétablir un peu de courant, mais celle de Rasuwa reste totalement coupée du monde. Sans électricité, il n’y a ni téléphone ni Internet.
Quels sont les retours du terrain ?
Mes équipes répètent combien « c’est inimaginable ». La coulée de boue a eu lieu tôt le matin, au moment où les enfants marchaient pour se rendre à l’école.
« Il n’y a pas un seul foyer qui ne cherche pas un membre de sa famille. »
Lors du séisme de 2015, des bâtiments s’effondraient, mais les gens arrivaient à s’échapper ou à se dégager. Là, des villages entiers sont ensevelis sous la boue et le limon. Quand on regarde les vidéos, c’est terrifiant. On dirait la fin du monde ou des scènes d’effets spéciaux dans un film. Trouver quelqu’un enfoui là-dessous, ou espérer qu’il soit vivant… C’est presque impossible.
Et pour ceux qui ont survécu ?
Les survivants ont tout perdu. En fuyant, nombre d’entre eux n’ont même pas pris leur téléphone, juste les vêtements qu’ils portaient. Ils doivent repartir de zéro. Ils n’ont pas seulement perdu leur bétail ou leur commerce : ils ont perdu simultanément l’investissement de toute leur vie, les membres de leur famille, leur lieu de vie et leur communauté.
Actuellement, les gens sont sous le choc ou attendent encore le retour d’un proche. Mais la semaine prochaine, quand l’espoir va s’éteindre, le traumatisme risque d’exploser sous forme de colère, de déni, ou de mutisme.
Qu’est-ce qui vous aide à tenir ?
Il y a des moments où nous sommes épuisés, vidés, c’est vrai. Mais nous sommes aussi témoins d’une telle humanité. Nos partenaires locaux nous ont immédiatement proposé leur aide et leur soutien sur le terrain. Je suis impressionnée de voir combien, au milieu de toute cette dévastation, les gens font preuve de courage et de solidarité.
Les bénévoles locaux ont été parmi les premiers à intervenir et leur résilience est remarquable. On voit des voisins ouvrir en grand les portes de leur maison. Dans l’aide que nous apportons, nous sommes parfois témoins de sourires, au milieu du drame. En donnant ce bref espoir aux gens, nous obtenons aussi d’eux un espoir pour l’avenir. C’est ça qui nous fait tenir.
Quel message que vous aimeriez faire passer à la communauté internationale ?
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