
Des publications sur TikTok, Instagram et Facebook appellent à relancer le mouvement de 2018 le 17 octobre pour protester contre la hausse des prix.
De multiples appels sur TikTok, Instagram et Facebook invitent à manifester le 17 octobre en France pour protester contre la vie chère et les prix des carburants, un phénomène surtout amplifié par les réseaux et les médias.
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Le mouvement des "gilets jaunes" est né en France en novembre 2018 pour protester contre la hausse des taxes sur les carburants.
Bientôt le retour des "gilets jaunes" ? Sur Instagram, TikTok ou Facebook, de nombreuses publications lancent des appels à relancer le mouvement de 2018 et à manifester en France le 17 octobre, pour protester contre la hausse des prix des carburants. A un mois de l'échéance, jeudi 17 septembre, difficile de jauger l'ampleur de la dynamique en dehors des réseaux sociaux.
D'où vient cet appel ? L'une des premières vidéos à évoquer la date du 17 octobre provient d'un compte TikTok. Le jeune homme assis face à la caméra justifie ce choix en soulignant qu'il s'agit d'un samedi de vacances scolaires, et que "tout le monde peut être là" et disponible pour manifester. En revanche, il ne se propose pas d'être l'ordonnateur d'une quelconque manifestation : "Vous organisez le bail [le truc], moi je ne l'organise pas : il faut un mec dans les paperasses."
Sept jours après sa publication, le 8 septembre, la vidéo compte près de 300 000 "J'aime" et 30 000 partages. Le même jour, un autre internaute qui se filme depuis une voiture reprend la date du 17 octobre, y ajoutant des griefs plus généraux sur le prix de l'alimentation.
De nombreuses vidéos surfent sur la tendance
Les vidéos ont suscité de nombreuses réactions, et beaucoup d'autres internautes y sont allés de leur propre appel. Certains se mettent en scène devant des stations-service, souvent en portant un gilet fluorescent, et s'indignent des prix des carburants, qui s'approchent des 3 euros le litre dans certaines stations. Le ton est parfois vindicatif, parfois teinté d'humour, avec en fond sonore la chanson "Gilet jaune" de Kopp Johnson qui avait résonné en 2018. La plupart des internautes qui publient ces vidéos ne parlent pas de politique ou de pouvoir d'achat dans leurs précédentes publications et proposent plutôt des contenus humoristiques ou des tranches de vie quotidienne.
Dans les commentaires, on retrouve régulièrement des personnes jeunes, trop pour avoir pu participer au mouvement en 2018. "J'étais au collège et mon père m'y emmenait à chaque fois", "On a l'âge maintenant, avant on était trop petit yesss", "J'avais des étoiles plein les yeux", écrivent par exemple des internautes sous cette vidéo qui cumule 110 000 "J'aime" quatre jours après sa mise en ligne. Beaucoup appellent à une mobilisation de la "génération Z", à l'image des mouvements qui ont secoué le Maroc, Madagascar ou le Népal.
Il est souvent difficile de déterminer les véritables intentions des auteurs de ces vidéos. L'objectif est-il vraiment d'appeler à la mobilisation, d'exprimer une colère, ou de profiter des vues qu'apporte cette nouvelle "trend" ? Les comptes qui relaient ces appels gagnent souvent en visibilité personnelle, car les publications qui jouent sur la colère font réagir les internautes, et sont donc souvent mises en avant par les algorithmes de recommandation.
Des affirmations douteuses
Ces appels à manifester sont souvent accompagnés de visuels générés par intelligence artificielle (IA), pour exprimer des revendications et motiver les internautes. Certains sont d'une fiabilité douteuse : une publication partagée près de 6 000 fois (réalisée par un internaute qui laisse entendre dans une autre publication que l'humain n'a jamais marché sur la Lune) présente une carte de rassemblements soi-disant prévus dans toute la France, sans citer de sources.
L'idée d'une manifestation est largement relayée sur les réseaux sociaux par des comptes anonymes, qui se présentent comme des médias et en reprennent les codes visuels. Ils se bornent souvent à dire que les appels à manifester se multiplient, entretenant ainsi la dynamique. Certains relaient des informations non sourcées, voire fausses, allant parfois jusqu'à imiter les voix de véritables journalistes, comme dans cette vidéo vue près d'un million de fois. Auprès de franceinfo, le propriétaire du site web en lien dans la biographie du compte TikTok dément tout lien avec ce compte, qui se spécialise dans les images choc.
Un appel largement relayé par les médias eux-mêmes
Auprès de franceinfo, l'entreprise de veille sur les réseaux sociaux Visibrain affirme que les publications sur le sujet sont plus nombreuses qu'en octobre 2018, au début du mouvement des "gilets jaunes". Mais à l'heure actuelle, cet appel à la mobilisation est "largement porté par l'écosystème médiatique" qui s'en fait l'écho, selon l'entreprise.
Les canaux utilisés par les "gilets jaunes" historiques sont également peu impliqués dans ce regain de popularité, d'après Visibrain. "Quelques pages emblématiques liées aux 'gilets jaunes' refont surface, principalement sur Facebook", mais "leur activité demeure néanmoins marginale par rapport au volume global des échanges, qui sont aujourd'hui davantage alimentés par des réactions médiatiques et d'observation du mouvement".
Sur TikTok, plusieurs nouveaux comptes s'autoproclament "compte officiel" ou "représentant" du mouvement, ou des "gilets jaunes" en général, sans justifier de leur légitimité. Les gilets jaunes pourraient-ils renaître ? "Je parierais que potentiellement, les gilets jaunes ne reviendront pas en l’état, tel qu’on l’a connu en 2018", a répondu à France 2 Jérôme Rodrigues, figure du mouvement de 2018. "Par contre, une nouvelle révolte populaire, peut-être même beaucoup plus amplifiée qu’a pu être celle des gilets jaunes", prédit-il.
Aucune réelle tentative d'ingérence étrangère observée
Comme toute tendance politique sur les réseaux sociaux, les appels à manifester peuvent faire l'objet d'une récupération, d'une amplification voire d'un détournement par des campagnes d'ingérence étrangère visant à déstabiliser le pays. Selon les informations de franceinfo, aucune amplification significative par des acteurs étrangers connus n'a cependant été constatée pour le moment. Seules quelques reprises opportunistes, à l'audience très faible, appellent à participer au mouvement.
L'émergence de cet appel à manifester rappelle celui du mouvement "Bloquons tout" du 10 septembre 2025. Le mot d'ordre, initié par des anonymes sur les réseaux sociaux, avait gagné en audience, suscitant l'embarras des syndicats. La mobilisation avait réuni entre 197 000 et 250 000 personnes, avant une réplique le 18 septembre, qui n'avait pas été suivie d'annonces politiques particulières.
Quelques soutiens politiques
A gauche de l'échiquier, notamment, ces nouveaux appels à manifester sont soutenus par certains responsables politiques. Invité de France 2 le 11 septembre, le secrétaire national du Parti communiste, Fabien Roussel, a déclaré qu'il appelait "les Français à se mobiliser, comme nous avons su le faire en 2018 avec les 'gilets jaunes'", "sur les ronds-points" ou "devant tous les lieux de pouvoir (…) pour que ce gouvernement agisse". La présidente du groupe La France insoumise à l'Assemblée nationale, Mathilde Panot, a pour sa part assuré sur franceinfo, mardi, qu'elle soutenait les appels à manifester.
Du côté des organisations syndicales, la prudence semble de mise, comme en 2018. Interrogée mercredi sur un éventuel soutien de la CGT, la secrétaire générale Sophie Binet a insisté sur le caractère "récent" du "phénomène, qui a émergé depuis cinq jours". Cette tendance est pour le moment "difficile à caractériser et (…) évolue dans le temps", a-t-elle estimé, sans se prononcer à ce stade sur le soutien de la CGT. "En tout cas, ce qui est sûr, c'est que nous partageons les revendications sur la nécessité de bloquer les prix et d'augmenter les salaires", a-t-elle dit.
Comment les autorités voient-elles cette mobilisation ? Auprès de France 2, un préfet en zone rurale en zone rurale confie : "Je cogite fort depuis cette nuit. Les gens se disent que l’Etat et les grandes multinationales les arnaquent. Et ça, à mon avis, ça peut être explosif." Un autre, en zone urbaine, temporise : "Je ne vois pas encore de mobilisation particulière, mais évidemment, nous restons vigilants."
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Mobilisation potentielle le 17 octobre en France
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